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LA FIANCÉE

Le soir brunissait la clairière ; L'oiseau se taisait dans les bois; Et la cloche de la prière Tintait pour la dernière fois.

Au sein de la forêt obscure, Seul et perdu loin du sentier, J'errais encore à Taventure,

N'entendant plus dans la nature Que le pas de mon destrier,

Quand soudain s'ofiFrit à ma vue Une bergère du coteau :

« Quelle est, lui dis-je, Tavenue Qui peut ramener au château ?

— Suivez te long de la fougère, A la gauche du coudrier. »

Elle éîait jeune , la bergère ;

Sa voix était douce et légère; Et j'arrêtai mon destrier.

« Mais toi, pastourelle, à cette heure Où vas-tu ? Le ciel est si noir !

Reste un moment ; vers ta demeure Je te reconduirai ce soir.

A mes côtés, viens prendre place Sous la feuille du coudrier.

Qu'auprès de toi je m'y délasse, Et qu'à ses rameaux j'entrelace Les rênes de mon destrier.

— Oh ! non pas, je suis fiancée :

Dans huit jours Roch m'épousera. »

Et sa main dans ma main pressée Tout doucement se retira.

« Pauvre Lise! poursuivit-elle.

— Je veux, lui dis-je, me prier Aux noces de la pastourelle.

Et diriger vers la chapelle

La course de mon destrier.

— Venez, repartit la bergère;

Mais vous me plaindrez. — Et pourquoi?

— J'avais un tendre ami... Son père Lui défend de Songer à moi.

De tes jours, triste pastourelle, Que ce jour n'est-il le dernier I »

Je plaignais sa peine cruelle, Et, pensif, je m'éloignai d'elle, Ralentissant mon destrier.

Au chaste rendez-vous fidèle, Je revins le huitième jour, Portant à l'épouse nouvelle La croix d'or, présent du retour.

« Où trouver Lise la bergère?

Dis-je à l'ermite hospitalier.

— Pas bien loin j dîl le solitaire,

Pas bieii loin. — Où donc ? — Sous la terro Que foule votre destrier. »v

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