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LE FESTIN

DE LA CHATELAINE.

« Pâtre, dis-moi qui réside en l'enceinte De ce manoir dont si haute est la tour? b

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8Si BALLADES.

Parlait ainsi, venant de Terre-Sainte Le bel Yvain, chevalier troubadour, a Est-ce manoir à sire de Bavenne ?

— Bien vous échoit, dit le pâtre en riant, Car au chàtel n'est que la châtelaine; Le châtelain voyage en Orient. »

Yvain répond : « N'ai qu'Hermose en idée.

Foi fut promis, et foi sera gardée :

Belle à miracle aurait de moi souci, Que, refusant, lui dirais : Grand merci I »

Cor va sonnant; haut pont-Ievis s'abaisse;

Yvain d'abord, introduit par le nain.

Présenté fut à la belle maltresse.

« Hermose ! ô ciel ! — Yvain ! mon cher Yvain ?

De ton trépas nouvelle trop certaine

Conclut hymen qui fut pour moi tourment ; •

Mais, doux ami, du sire de Bavenne

Femme ne suis que de nom seulement.

A ton penser fidèle suis restée :

Vierge candide étais quand m'as quittée ;

Ciel m'est témoin que suis encore ainsi. »

Pour lors Yvain s'écria : « Grand merci I »

Heure s'écoule, et festin se dispose ;

Pompeux était comme festin royal.

Sur siège d'or, établi près d'Hermose,

D'amour brûlait désireux commensal.

€ Temps n'est venu, dit tendrement la dame :

Dès que beffroi va tinter Angélus,

A toi serai, chère âme de mon âme;

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BALLADES. 2SZ

 toi serai, ne m'en défendrai plus.

Yeux boire avant coupe dont le breuvage Prévient remords, et tristesse soulage... »

Yvain répond : a J'entends. .. Vais boire aussi, Vais boire à toi ; me diras : Grand merci î »

Et, de ses mains prenant coupe odorante.

Gomme elle Yvain but vermeille liqueur ;

Puis noir brouillard couvrit sa vue errante.

Puis tout à coup froid passa dans son cœur.

De son Hermose ainsi défaillait l'âme ;

Elle sourit, et dit non sans effort :

€ T'avisais bien, Yvain, que tel dictame

Calmait douleur, et prévenait remord.

A mon époux, à toi mourrai ûdèle. »

Chaste baiser lors est donné par elle ;

Fut le premier, fut le dernier aussi.

Mort leur advint, et dirent : a Grand merci ! »

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