L'ORPHELIN
Un tombeau inconnu, trouvé à Ermenonville, et la découverte d*un prétendu fils de Rousseau , ont attiré quelques instants Tattention. En rattachant Tune à Tautre ces deux circonstances, j'ai cherché à les rendre plus intéressantes.
Un printemps, dans Ermenonville, Près de la tombe où fut Rousseau,
^ers les bords du lac immobile, 'aperçus un autre tombeau, ur la pierre attachant ma vue, L Tombre du vert peuplier, e lus cette histoire inconnue, \uQ mon cœur ne peut oublier :
Alors que du sein de sa mère /enfant de Rousseau fut ravi, Fn billet, scellé par un père, )e ces tristes mots fut suivi :
Sa naissance est infortunée ;
Ce billet doit la découvrir
Le jour de sa vingtième année ;
Et puisse-t-on ne pas l'ouvrir ! »
Afin d'échapper à lui-même, lousseau cherche à tromper son cœur; ^ar cet ingénieux blasphème, l s'applaudit de son erreur :
Enfant ! j'ai dû te méconnaître.
Ils sont nombreux, les fils ingrats!
le t'épargne un crime peut-être,
En te rejetant de mes bras. •
Tout ce que j'aimais m'abandonne ; Toi-même aurais pu me trahir.
Pour prix du jour que je te donne, Ils te diraient de me haïr. Tu ne maudiras que ma cendre. »
Lt lorsque l'éternel sommeil
Sur sa paupière allait descendre, Il ne chercha que le soleil.
<r Mais enfin du billet sinistre Quand le temps vint briser le sceau, Des autels le pieux ministre Lut « : Emile, fils de Rousseau. »
De son sort il fallut instruire L'orphelin, que depuis, dit-on.
Jamais on ne revit sourire...
Malheureux t il savait son nom.
« De la demeure hospitalière Gardant le simple habit de lin, U dit : a J*irai chercher mon père ; « Trop longtemps je fus orphelin. »
Et sous les peupliers paisibles Cherchant qui put l'abandonner.
Sur ces dépouilles insensibles Il pleura : c'était pardonner !
« Je Tentrevis, ce jeune Emile I Parcourant d'un pas inquiet Cette solitude tranquille ; Devant les hommes il fuyait.
Une longue mélancolie Consuma lentement son cœur ; Souvent il relisait Julie ; Souvent il la nommait sa sœur.
« Si la pervenche solitaire
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> présentait sur son chemin, disait : « fleur de mon père!
Viens repeser contre mon sein. »
; levant, sitôt que dans Tombre iraissait l*aube au front vermeil, répétait d'une voix sombre :
Et moi, j'aime aussi le soleil. »
Un jour, plus matinal encore, es de son père il vint s'asseoir*:
il il s'assit avant l'aurore, il on le retrouva le soir, ir la tombe où dorment ses cendres I lit ces mots presque effacés :
Ajrètez-vous ici, cœurs tendres I Mortels indifférents, passez. »