‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 95 sur 117 · L'ORPHELIN · texte numérisé non relu

L'ORPHELIN

Un tombeau inconnu, trouvé à Ermenonville, et la découverte d*un prétendu fils de Rousseau , ont attiré quelques instants Tattention. En rattachant Tune à Tautre ces deux circonstances, j'ai cherché à les rendre plus intéressantes.

Un printemps, dans Ermenonville, Près de la tombe où fut Rousseau,

^ers les bords du lac immobile, 'aperçus un autre tombeau, ur la pierre attachant ma vue, L Tombre du vert peuplier, e lus cette histoire inconnue, \uQ mon cœur ne peut oublier :

Alors que du sein de sa mère /enfant de Rousseau fut ravi, Fn billet, scellé par un père, )e ces tristes mots fut suivi :

Sa naissance est infortunée ;

Ce billet doit la découvrir

Le jour de sa vingtième année ;

Et puisse-t-on ne pas l'ouvrir ! »

Afin d'échapper à lui-même, lousseau cherche à tromper son cœur; ^ar cet ingénieux blasphème, l s'applaudit de son erreur :

Enfant ! j'ai dû te méconnaître.

Ils sont nombreux, les fils ingrats!

le t'épargne un crime peut-être,

En te rejetant de mes bras. •

Tout ce que j'aimais m'abandonne ; Toi-même aurais pu me trahir.

Pour prix du jour que je te donne, Ils te diraient de me haïr. Tu ne maudiras que ma cendre. »

Lt lorsque l'éternel sommeil

Sur sa paupière allait descendre, Il ne chercha que le soleil.

<r Mais enfin du billet sinistre Quand le temps vint briser le sceau, Des autels le pieux ministre Lut « : Emile, fils de Rousseau. »

De son sort il fallut instruire L'orphelin, que depuis, dit-on.

Jamais on ne revit sourire...

Malheureux t il savait son nom.

« De la demeure hospitalière Gardant le simple habit de lin, U dit : a J*irai chercher mon père ; « Trop longtemps je fus orphelin. »

Et sous les peupliers paisibles Cherchant qui put l'abandonner.

Sur ces dépouilles insensibles Il pleura : c'était pardonner !

« Je Tentrevis, ce jeune Emile I Parcourant d'un pas inquiet Cette solitude tranquille ; Devant les hommes il fuyait.

Une longue mélancolie Consuma lentement son cœur ; Souvent il relisait Julie ; Souvent il la nommait sa sœur.

« Si la pervenche solitaire

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> présentait sur son chemin, disait : « fleur de mon père!

Viens repeser contre mon sein. »

; levant, sitôt que dans Tombre iraissait l*aube au front vermeil, répétait d'une voix sombre :

Et moi, j'aime aussi le soleil. »

Un jour, plus matinal encore, es de son père il vint s'asseoir*:

il il s'assit avant l'aurore, il on le retrouva le soir, ir la tombe où dorment ses cendres I lit ces mots presque effacés :

Ajrètez-vous ici, cœurs tendres I Mortels indifférents, passez. »

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