‹ Œuvres précédées d'une noticeChapitre 98 sur 117 · LA BACHELETTE · texte numérisé non relu

LA BACHELETTE

Au temps passé, rinnocente Loïse Du beau Vindal s'enamoufa, dît-on.

Vindal en guerre était plein de franchise, Mais en amour cauteleux et félon.

Heureux à peine, il lui dit : « Bachelette^ Vais dans Beaucaire à superbe tournoi; Tôt reviendrai te rapporter aigrette De chevaliers désarçonnés par moi. »

II dit, revêt son armure luisante.

Prend soti épée, et sa lance, et son cor :

Loïse en pleurs pour gage lui présente L'écharpe blanche et les bracelets d'or.

Il part. Bientôt dans le bois solitaire Il rencontra, sur un blanc palefroi, La belle Irène, en chemin pour Beaucaire; Et dans son cœur il sentit doux émoi.

« Heur vous advienne , aimable voyageuse !

Dit-il alors, retenant son coursier.

Feuillage est sombre, et nuée orageuse; S'il vous complaît, serai votre écuyer.

yGoogk

— Oui bien,^^pond la cavalière émue; Mais vais sans doute a\tec trop de lenteur.

— Vais lentement aussi, belle inconnue, Car, depuis peu , suis blessé vers le cœur.

— Blessé! répond Taventureuse dame :

Ciel m'est témoin , voudrais vous secourir.

— Ne tient qu'à vous ; possédez vrai dictame : Qui m'a blessé bien saurait me guérir. »

A ce propos, détournant son visage, Bougit la dame, ou feignit de rougir; Et du parler tous deux perdant l'usage, De temps en temps étouffaient un soupir.

A quelques pas, la jeune Violette Suivait sa dame, et rêvant s'en allait.

Non sans redire, en chevauchant seulette :

« Que l'étranger n*a-t-il page ou varlet ! »

Nuit déjà close, à Beaucaire ils entrèrent; Mais , ne logeant dans le même manoir, Bien à regret, las! ils se séparèrent, Et tendrement se dirent : « Au révoir ! »

Le lendemain, quand s'ouvrit la carrière, Irène, auprès de ses nobles parents, lîiche d'atours, non loin de la barrière, Pour le tournoi prit place aux premiers rangs

Du fier Vindal le triomphe s'apprête ; De l'espérance il a pris la couleur :

%•»- iij.!>|ii|i||f

)rieux , aux pieds de sa cAïquète mt poser le prix de la valeur.

, à voix basse, il dit : « Vindal réclame plus charmant, couronne de vainqueur, ne saurai-je où fleurit vrai dictame réservez à blessure du cœur !

3au paladin, tôt le saurez, .>> dit-elle; jvenant , le soir au vieux château , 3on passage, au pied de la tourelle, aperçut modeste jouvenceau.

ble beauté , dit-il avec simplesse, vez-moi comme page ou varlet ; vous servir aurai zèle et prestesse, 3 grand cœur aimerai qui vous plaît.

B soir, ami, porteras ma livrée, libérale à qui bien m*a servi. »

►uvenceau fait dès lors son entrée, iolette en a le cœur ravi.

ijuslant, tout bas elle répète :

j1 est propice à dévote oraison, evenir plus ne serai seulette, ge est court avec beau compagnon.

1, dit Irène, es-tu discret, mon page?

est loi d'honneur, et devoir de féal, eux bien t'en croire, et te donne message chevalier qui porte nom Vindal.

Dire lui faut qu*à minuit vrai dictame Devers la tour doit fleurir ; puis encor Que, de sa part, Irène lui réclame Écharpe blanche avec bracelets d*or. »

Le page alors va remplir son message.

Vindal troublé ne le reconnut pas.

Morne et pensif s*en retournait le page, Quand une fleur s'offrit devant ses pas.

Pauvre Loïsel hélas! la fleur fatale Dans ta pensée a déjà son emploi; Et cependant ton altière rivale Attend le page, et ce page, c'est toi.

Pour abréger sa trop longue veillée, L'heureux Vindal monta son coursier noir, Et parcourut la lande dépouillée, En écoutant l'horloge du manoir.

La blanche lune argentait la fougère, Quand douze fois le sombre airain sonna.

Vindal, plus prompt que la flèche légère, Volait... Soudain son coursier frissonna.

Sous l'éperon qui l'attaque et le presse Il se défend; l'œil et l'oreille au guet.

Les crins au vent, il recule, il se dresse, Et l'air frémit de son souffle inquiet.

« Quoi ! dit son maître; ô mon fidèle Ébènel Qu'ai vu cent fois dans le sentier d'honneur

essaillir braver lance inhumaine, sonnant me conduis au bonheur! »

aut léger Vindal touche l'arène, la tour, regarde fixement...

ant Jui voit le page dlrène, gazon, couché sans mouvement.

-toi vers sa bouche muette, d'Irène î approche, approche encor.

)ais-tu la douce bachelette, rpe blanche et les bracelets d'or?

ndit sur la terre sauvage,

[1 frisson tout son corps fut transi»

ois fois : « Tu dors longtemps, beau pagel »

nt du jour, Vindal dormait aussi.

ROMANCES

yGoogk

ROMANCES

Page 1