J8 SUR L'EXPLICATION
de prouver, par diverses raisons, que cette théorie n'est pas l'expression exacte des phénomènes.
Premièrement, il n'est guère possible de concevoir l'existence d'une distribution régulière des globules de vapeur qui flottent dans l'atmosphère ou des grains de poussière qu'on projette tout a fait au hasard sur unie lame transparente.
En second lieu, dans son mémoire inséré au tome 111 des Astronomische Abhandlungen de Schumacher, Frauenhofer a déterminé, avec son habileté ordinaire, les lois exactes des apparences colorées produites par un système de disques circulaires opaques égaux entre eux, mais distribués d'une manière quelconque au devant de l'œil. Il introduisait entre deux lames de verre un grand nombre de petits disques métalliques égaux, dont le diamètre lui était connu, et, plaçant ce système au devant de la lunette de son appareil, il mesurait les diamètres des anneaux colorés. Il a reconnu ainsi que les diamètres des anneaux brillants étaient en raison directe des longueurs d'ondulation, et en raison inverse des diamètres des disques, et nullement de la somme d'un intervalle opaque et d'un intervalle transparent. Ces lois ont été confirmées plus tard par les expériences de M. Babinet (I) .
La question est donc d'expliquer comment des disques ou des globules circulaires égaux entre eux, mais distribués sans aucune régularité, produisent un système. d'anneaux colorés aussi réguliers et soumis à des lois aussi simples. Frauenhofer pense que chaque globule produit individuellement un système d'anneaux, et que la superposition de ces systèmes identiques constitue l'apparence observée. Tous les globules envoyant par diffraction la même couleur dans une direction donnée, l'œil ne doit voir que cette couleur dans cette direction ; il voit une autre couleur dans une direction différente, et la succession des couleurs présente les mêmes alternatives que dans le cas d'un seul globule. Il est facile de voir combien cette application est imparfaite : elle suppose d'abord, ce qui n'est pas
couronnes (Mémoires de la Société royale de Lille, 1837), et admise par divers auteurs de traités de physique. Dans un second mémoire publié en i838 dans la même collection, M. Delezenne a réfuté lui-mfane les expériences qui l'avaient conduit à cette théorie. Nous croyons donc inutile de les discuter.
'•) Comptée rendus des séances de l'Académie des sciences, t. VI.
admissible, qu'autour de chaque globule la lumière est diffractée comme s'il n'y avait pas d'autres globules dans le voisinage ; elle ne ne tient aucun compte de l'interférence possible des rayons diffractés par des globules différents; enfin, elle ne considère pas même exactement l'action exercée par un globule unique placé à la surface d'une onde lumineuse.
M. Babinet a donné le véritable principe de la théorie dans son mémoire d'optique météorologique inséré au tome VI des Comptes rendus de ï Académie des sciences : «Un point lumineux, dit M. Ba- «binet, produisant son image ordinaire au fond de l'œil, si, hors «de la ligne qui joint le point à l'œil, mais assez près de cette «ligne, on place un petit obstacle opaque, l'effet de ce petit corps «opaque sera exactement le même que celui d'une ouverture toute «pareille illuminée par la lumière incidente, en sorte que, autant le «globule semble devoir produire d'opacité, autant, en réalité, il «produit d'illumination. Ce paradoxe trouve son explication très- « facile dans la théorie des ondes. En effet, il résulte des interfé- «rences que la partie efficace d'une onde se réduit à un petit cercle «tel, qu'entre le rayon direct venu du centre du cercle et celui qui «vient de la circonférence de ce cercle il y ait un quart d'onde de «différence. Tout le reste de l'onde peut être considéré comme «s'entre-détruisant mutuellement par l'effet des interférences; mais, «par l'interposition d'un globule, vous supprimez une partie de «cette onde nécessaire a la destruction des ondes élémentaires qui «existent dans son voisinage, vous faites renaître celles-ci que la «partie supprimée ne détruit plus, et vous revenez au théorème cite dessus, savoir : que le globule interposé produit autant d'illumi- « nation qu'il semble devoir en éteindre. Ensuite le carré de l'inté- «grale des petits mouvements dérivés vous dira à quelle position, «à quelle distance angulaire cette illumination sera efficace, et «quelle sera l'intensité de cette lumière à toute distance angulaire «des particules considérées. »
On peut opposer à cette théorie la même difficulté qu'à celle de Frauenhofer. Elle serait exacte s'il n'y avait qu'un seul globule entre l'œil de l'observateur et le corps lumineux, ou si du moins les globules étaient séparés par des intervalles très-grands relatiyement à