MÉDAILLON DE SMYRNE
tume de cette dernière, Tattitude du vu^l^Coç qui lui donne la main ne peuvent pas nous laisser d'hésitation ; le caractère nuptial de la composition est évident. C'est là ce qui avait entraîné Sestini à chercher sur la monnaie d'Antonin Timage de Faustine la mère.
Il faut remarquer que Theudianus était préteur à Smyme à Tépoque du mariage de Marc-Aurèle et de Faustine la jeune. Son nom se trouve au revers de grands bronzes sur lesquels la léironde AYPHAIOC KAICAP accompagne la tête nue du fils adoptif d'Antonin y et sur des petits bronzes à la légende OAYCT€INA C€BACTH (1). Eckhel a fait remarquer que la jeune Faustine portait le titre d'Auguste alors que son mari nélait encore que César (2). Les pièces qui viennent d'être mentionnées sont certainement frappées dans le temps où fut émis le médaillon au type de Pélops. Doit-on en conclure que le préteur Theudianus a voulu, par ce type, faire allusion aux noces impériales? Cela semble difficile, car la comparaison établie entre le bon Antonin et le cruel Œnomaûs aurait paru bien étrange. A coup sur, Pélops, Téponyme du Péloponnèse, était pour toute la Grèce une figure très révérée. Mais la tricherie à laquelle il avait eu recours pour obtenir Hippodamie nt* pouvait, sans injure, être rappelée au moment du mariage de Marc-Aurèle.
D'un autre c6té, il serait sans doute trop hardi d'attribuer un caractère satirique au type que nous étudions. Theudianus était un Levantin, et ne pouvait pas avoir eu de prétentions à la main de la jeune princesse, comme s'il eut appartenu à quoique grande famille de Rome. Le temps des Avidius Cassius et des Pescennius Niger n'était pas encore venu.
[\) Mionnet, Descriptioti, t. lll, p. 231, n" 1296, 1297, et p. 233, noi 1309 et 1310. — Stt/3p/., t. Vl> p. 343, n» 1707. Celte dernière pièce ne diffère pas de 'v:ie qai, dans le corps d'ouvrage, est classée sous le n« 1296. Le rédacteur du T-italo^e de la collectioD Tiepolo, qui a induit Mionnet eu erreur, atait lu •lu U»'u du nom un peu insolite du préteur G€TAlANOC, le nom plus comnmn AOYKIANOC qu'il faut, je crois, rayer de la liste des magistrats de Suiyme. Voy. Mus. TheupoU aniiq, num., Venise, 1736, p. 906.
[l] Doctrina, l. VII, p. 77.
288 PÉLOPS ET HIPPODÀMIE.
Le monument dont j'ai précédemment dit un mot, et guil me reste à indiquer d une manière plus précise, est une pièce d'argent (probablement un didrachme à en juger par son module), frappée dans la ville d'Himéra de Sicile, et que Torremuzza avait vu entre les mains de Pietro Panepinto, à Camarata (1). Elle représente, sur lune de ses faces, un bige conduit par un personnage devant lequel est inscrit un mot que le savant Sicilien avait lu FEAON ; ce qui lui faisait croire que la monnaie avait été fabriquée en mémoire de Gélon de Syracuse. Mais Eckhel a trouvé dans la collection du prince de Waldeck un exemplaire de la même monnaie, « in quo pro praetensa illa e^igvBLphe planissime legitur PEAOy, haud dobie urbis magistratus (2). » Cavedoni n'admet pas que ce nom soit celui d'un magistrat ; il pense que le bige conduit par le héros Pélops fait allusion aux jeux olympiques pour lesquels les villes de la Sicile, et en particulier Himéra, montraient tant d'ardeur (Pind., Olymp. XII, v. 2) (3), et auxquels le nom de Pélops se trouvait rattaché. En effet, nous lisons dans là première Olympique :
xh ùï xXioc tqXoOsv Sêâopxe xav 'OXujiTciâScdv èv 6p6{&oi; IléXonoc (4}.
M. Julius Friedlsender, avait, il y a quelques années, étudié la monnaie d'Himéra dans la collection Waldeck, à Arolsen. et se proposait d'en donner la figure dans la seconde partie des Beitraege zur œlteren Mûnzkunde qu'il publiait avec M. Max Pinder (S). Le savant conservateur du médaillier de Berlin avait, à son tour, constaté la vérité du nom de TTEAOy qui ne saurait plus faire de doute. On sera certainement d'avis que le médaillon de M. Margaritis apporte un nouvel argument à l'appui de l'explication proposée par Cavedoni. Au temps
(1) SiciL vet. nummi, 1781. p. 34, et pi. XXXV, no 7.
(2) Doctrina, t. 1, p. 213.
(3) Spicilegio numismatico, Modène, 1838, p. 27.
(4) Pind., Carm.y édit. Bœkh, 1. 1, p. 7. Olymp,^ I, v. 93-93.
(5) Voir rarticle de M. Papasliotis, Pélops auf Kunstdenkmxlem daos le* Denkm, und Forsch.^ de Gerhard, 1853, col. 62.
MÉDAILLON DK SMVRNK. 289
d'Eckhcl, de Scstini, de Mionnel, les numismalistcs dcmcuraicDl étrangers à l'étude de la céramographic, et se trouvaient privés de rcnseignemeats précieux pour l'intelligoncc lies types qu'ils avaient à décrire. Il est vrai qu'alors la céramographie n'avait pas atteint le degré de richesse auquel elle est parvenue de nos jours. La paléographie aussi a fait de i,'rand5 progrès, et il n'est plus permis de prendre pour un ijttmma le pi antique à la haste courte.
Les monnaies antiques doivent être maintenant rapprochées ilos monuments figurés de toutes les classes. Il faut montrer la voie aus archéologues que leur défaut de connaissances oumismatiques condamne à n'appliquer ii l'intelligence des compositions antiques que des notions chronologiques extrêmement vagues, et tt n'entrevoir les questions d'iconographie qu'à travers un brouillard épais.
MANTINEA DARCADIE
(Extrait du tome XV (nouvelle série) de la Revue numismatique,
1874-1877, pp. 166-168.)
Mionnet, dans le tome VI de sa Description (1813), donne une petite monnaie d'argent du troisième module, qui a pour types un ours marchant à gauche et, au revers, un dauphin accompagné de deux caractères dans lesquels il voyait SA. En conséquence, il avait ajouté cette note : « forte Same Cephalleniae » (p. 631, n° 130). En 1828, Cadalvène inséra dans son Recueil de médailles grecques la description d'une pièce de même module représentant, à ce qu'il croyait, une truie marchant à gauche, et, au revers, trois glands dans un carré creux (p. 206). Il attribuait cette monnaie à Mantinea d'Arcadie. « Elle serait, ajoute-t-il, demeurée encore longtemps classée parmi les incertaines, si une médaille absolument semblable du Cabinet de M. Burgon, avec la légende MAN, n'en eût indiqué l'origine. » Les trois glands, disait encore notre savant ami, font allusion à la dévotion des Mantinéens pour Neptune, auquel ils avaient élevé un temple magnifique près d'un bois fort épais, planté de chênes, qu'ils nommaient Pelagiis (Pausanias, 1. VIII, c.xi, 1, 5).
En 1845 [AnnaL de l'Inst. ardu, t. XVII, p. 102) et en 1860 {Revue num., t. V, p. 99), M. de la Saussaye s'est occupé de la
MANTINEA D'ARCADIE. 291
première de ces deux monnaies dont il a donné la figure en
la rapprochant d'une autre pièce au type de Tours publiée par M, le général Fox [Engravings of iinedited Greek cohis, p. 26, n« i02, pi. IX) avec attribution à Mantinea. M. de la Saussaye
faisait remarquer que la première de ces monnaies porte en réalité les «caractères MA qui conviennent à Mantinée aussi bien que le dauphin. Le général Fox n'avait ajouté aucune note à sa description ; mais il est évident que le type du trident avait, dans son esprit, complètement tranché la question en faveur de Mantinée, et avait dû lui montrer combien était ingénieuse la conjecture de Cadalvène touchant la signification des glands de chêne. Tout récemment M. le lieutenant •rartillerie E. Petmesas, de Tarmée hellénique, a bien voulu me faire voir un groupe de monnaies d'argent trouvées près fie Tégée d'Arcadie, et qui comprenait, outre un assez grand nombre de jolies monnaies à la légende ARKAAIKON, quelques pièces qui attirèrent particulièrement mon attention.
C'était d'abord, une monnaie au type de Tourse à gauche, offrant au revers un dauphin accompagné des lettres MA, conforme à la vignette ci-dessus. Puis une pièce, de plus grand module, encore au type de l'ourse à gauche, et présentant, au revers, trois glands de chêne accompagnés des caractères MA ; le tout renfermé dans un creux triangulaire. Enfin un certain nombre de petites monnaies ayant pour type, au droit un gland ; au revers un grand M accompagné des caractères MAN ; type que M. le colonel Leake [Numismata hellenka.
M2 MANT[.NEA DARCADIE.
18S6, p. 69, Eta: Gr.) a déjà indiqué d'après un exemplaire appartenant au Brllish Muséum.
Il résulte de l'examen de la trouvaille recueillie par M. K. Pelmesas, que la pièce d'argent aux types de l'ourse ei du dauphin doit cerluinemcnt être d'origine arcadienue, comme l'a conjecturé M. de la Saussaye, et que les pièces au revers desquelles figurent trois glands représentent aussi une ourse et non une truie. Toutes les pièces qui composent le groupe »ont inséparables. Pour ce qui est doj'oursc, c'est bien à Callisto,' ainsi que, dès i84S, M. de la Saussaye l'avait indiqué, que ce type fait allusion. La métamorphose de la mère d'Arcas, le héros éponyme de l'Arcadie, se montre ainsi commu lin mythe fort anciennement accrédité; car la forme très aii- LÎque des caractères qui se Usent sur les pièces portant au revers le dauphin et les glands, nous conduit au temps d'.i^schyle.
ICHN/E DE MACÉDOINE
(Extrait du lome XV (nouvelle série) de la Revue numismatique ^
187M877, pp. 168-169.)
M. le baron de Prokesch-Ostcn a publié dans la Revue (1860, pi. XII, n<>3, p. 268), une monnaie d'argent qu'il attribue à Thernié de Macédoine en raison du © qui est placé devant le cheval que conduit par la bride un guerrier casqué et à pied. Il est fort possible, en effet, que le © soit un caractère, et Tinitiale du nom de la ville. Dans tous les cas, celte monnaie doit ^tre rapprochée d*une pièce de même module, offrant les mêmes types, qui a été récemment découverte par M. Paul Lambros, et a été cédée par lui au musée Britannique. Cette monnaie offre la légende MOA[ ] XI. Devant le casque du guerrier, un trou a été pratiqué pour suspendre la pièce, employée comme ornement. Ce trou occupe la place d'une lettre que M. Lambros suppose être un N ; en conséquence, il pense que la légende complète était IXNAON, et qu'elle appartient h Ichnae de Macédoine.
Hérodote (liv. VU, 123) raconte que la flotte de Xerxès se rendit à Thermé, à Syndus et à Chalestré sur le fleuve Axius qui sépare la Mygdonie de la Bottiéide, et il ajoute que les villes d'Ichnae et de Pella sont situées dans la partie étroite de ce pays qui borde la mer. Pline (lib. IV, 10) donne le même renseignement dans son style concis : « Mox in ora Ichnae, fluvius Axius ». Etienne de Byzance enregistre une fable étymo-
294 TCHN.E DE MACÉDOINE.
logique fondée sur le sens d^'lyyoi; (trace, pas) et nous fournit l'ethnique qui était 'lyyxtoq, ethnique dont la médaille donnerait une forme antique ou empruntée au dialecte attique. En définitive, Ichnœ était située fort près de Thermé, et la communauté de type qui paraît avoir existé entre ces deux villes n'aurait rien d'extraordinaire. On voit donc que la conjecture de M. Paul Lambros se présente dans les conditions les plus sérieuses.