INSCRIPTION TRACÉE A LA POINTE
Ces vases devaient-ils être semblables à celui qui porte Tinscription? L'espérience nous prouve que les notes gravées à la pointe sous le pied d'autres vases ne se rapportent pas à leur forme. On trouve même parfois dans une seule note Tindication de plusieurs vases tout à fait différents les uns des autres. Rappelons-nous que le vase de M. Carabella est une œnochoé, ohoyér^; son nom est donc féminin; et dans Tinscription, on no voit que des adjectifs neutres, jxfxpa, XeTa, p2Îi<ùzi, Dira-t-on que Vœnochoé avait pu être désignée par un équivalent, tel que cWofcp^cv piCxpov, par exemple? Cela ne nous parait pas fort probable, car Vœnophorion était ce que nous appelons un broc. destiné à transporter le vin, tandis que Tœnochoé servait à le verser délicatement, ainsi que nous le voyons dans tant de belles peintures représentant des libations. Au reste, je ne dois pas sortir de mes attributions ; c'est aux hellénistes qu'appartient Texamen d'une pareille question. Le modeste antiquaire ne peut que leur livrer, soigneusement transcrit, un document dont ils sauront tirer parti, ne fût-ce que pour insérer dans les lexiques un nouvel exemple des adjectifs Xî:^^ et ^aCSwToç appliqués à des œuvres d'art.
Parmi les vases commentés par Letronne était une amphore sous le pied de laquelle on lisait MAKPA IIII (1). « Ce mot [jL2xpdt, dit notre savant maître, indique certainement une espèce de vase dont on devait fabriquer ou vendre quatre exemplaires. Quel était ce vase? on ne peut guère le savoir au juste; pour nous p.xxpi [yr(^€\x) ne signifie rien autre chose que vcises longs, c'est-à-dire étroits et hauts, comme seraient par exemple des lécythus; mais il est clair que c'est ici un de ces adjectifs dont le sens complet dépend entièrement de l'usage. A coup sûr, le potier qui écrivait quatre vases longs savait parfaitement ce qu'il voulait dire. Mais nous ne pouvons maintenant le deviner, ni aller au delà de l'idée générale
qu'exprime l'adjectif [jLaxpa Tout ce qu'on peut affirmer,
c'est qu'en aucun cas l'espèce d'amphore sous le pied de
(1) La forme de cette amphore est celle que Ton rencontre ordinairemeni a Nola. Voir J. de Witte, Desn'iption de la collection Durand, pi. IV, n« 66.
sous LE PIED DLN VASE GREC. 333
laquelle se lit le mol jxxxpi ne peut être désignée par cet adjectif. Ce mot se rapporte à des vases d'une autre forme (i). » Od voit donc que nous pouvons enregistrer les mots fournis par les notes de commandes sous plusieurs titres :
Les noms, comme T5p{a, '0$'J6a9cv, se rapportant à Tusage; La forme relative, Mxxpsç ; La dimension, M{xps;;
L*" aspect extérieur, AeTs^, l^aôîwxsç, résultant du mode de décoration.
On a pu remarquer que dans notre inscription le nombre 90 est écrit, non pas à Taide d'une lettre numérale par position, qui serait dans ce cas un Q, mais au moyen de lettres initiales des nombres, suivant le mode épigraphique dont les marbres d^Athènes et de Paros nous ont conservé de si nombreux exemples. Le P contenant un A représente ^sv-raxi; îéxa, c'esl-à-dire L (50). Ici le delta n'a pas été tracé comme on le voit communément sur les marbres, [?; mais il est formé par deux lignes du P réunies pai* un trait oblique. Les chiffres de .dizaines. A, ne donnent lieu à aucune difficulté ; la quantité totale est donc égale à LXXXX. Le système grec aux v" et w* siècles avant notre ère était l'équivalent du vieux système romain du temps de la République, système dont les deniers des familles Galpurnia, Crepusia, Julia, Norbana, etc., offrent des spécimens nombreux (2). Sur les monnaies posthumes d* Alexandre le Grand, sur celles des Lagides et des Séleucides frappées pendant le m* siècle, les chiffres formés de lettres numérales par position, c'est-à-dire valant en raison de leur rang alphabétique, sont employés pour marquer les années du règne.
Mais le petit vase de M. Carabella est antérieur au règne d'Alexandre; c'est un produit de la belle fabrique attique, et il est tout naturel d'y rencontrer un nombre exprimé comme
(t) liote iur deux nonu de vases grecs, daas le Joum. des Savants, 1840, p. 430.
(2) Voir les monnaies originales; les auteurs qai publient des recneils de monnaies des làmilles roniaines, préoccupés de la valeur vénale des monuments, négligent Tindication des particularités instructives qui n'ont pas d'in- Woce sur les prix.