‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 142 sur 280 · L- HONORAT Ludus Honoratius · texte numérisé non relu

L- HONORAT Ludus Honoratius

IVS-ANNVS Annus

V * S • L* M Votum solvit libens merito.

Ainsi, dans la première inscription, Silvain reçoit le surnom àeSinquateSy tandis que, dans la seconde, le nom romain est supprimé, vraisemblablement en raison du peu d'espace dont le graveur pouvait disposer. Nous laissons de côté les autres arguments, aussi bien que les observations relatives au nom Atesmerius, et nous revenons au fait nouveau qui nous a été signalé et qui justifie la bienveillance avec laquelle TAcadémie a écouté nos déductions, alors autorisées seulement par la présence d'un détail à peine perceptible, c'est-à-dire par les traces de petites ailes qui surmontent les chevilles d'un pied de figurine fortement attaqué par l'oxydation (voir le dessin annexé à la page 433 du Compte rendu de l'Acad»), En archéologie, il ne faut rien néglig>er.

Nous ne croyons pas qu'on se refuse à identifier, dans les conditions que nous venons d'exposer, les deux mentions :

D[JtfcrcMno]ATESMERIO et DEO MECVRIO ADSMERIO.

M. C. de la Croix aiderait encore au rapprochement quand il dit, dans sa communication faite à la Sorbonne, ce qu'il existe

un T dans riniérieur do TA qui oommeiicc répithète ajoutée

au nom de Mercure dont rinterprétation est encore à trouver. »

On a, depuis, indiqué ce prétendu T comme étant introduit là

à titre de correction. Mais nous ne croyons pas devoir accepter

cette proposition. Déjà, dans une des deux inscriptions de

Géromont citées plus haut, on a pu remarquer que les A de

SILVANO et de PATERNIVS contiennent, comme celui d'AD-

SMERIO, un trait vertical. Une inscription funéraire qui se

voyait, à Rome, dans les jardins Giustiniani, présentait quatre

exemples du même caractère (1).

D-MMATIMETOIAMICO CAIRISSIMO BE|NE MERENTII

FEŒRVNT I ALCIMAS | ET NISVS.

Eniin, ce qui est beaucoup plus important et vraiment décisif, dans les fouilles qui ont été entreprises pour retrouver remplacement de Tenceinte antique de Poitiers, on a recueilli un très beau cippe en forme d'autel d'un mètre soixante centimètres de hauteur, sur lequel on lit (2) :

AVE DM

ET MEMORIAE IVLIAE MAXMIL LAE CONIVGI KARISSIMAE ANIMAE BONAE

avAE VDcrr annis pm xxxx

EX VNA DOMVLIVL FRONTONIS CAVARIANI IVL- BASILEVS • MARITVS

posvn

11 est à retenir que, dans les trois textes funéraires aussi bien que sur le rebord du vase de bronze, TA ordinaire se rencontre associé à TA avec trait vertical. Il n'y a toujours là

{{) Marq. Gudius, InscripL anliquœ^ 1731, p. ccxcvii, 7.

(2) Am. Brouillet, Mém, sur l'enc, gallo-rotn, de Poitiers ; Album, pi. XtX.

qu'un caractère unique. Et il demeure hors de toute coDteslatioii que ce caractère a été, dans ses deux formes, en usage h Limonum.

Puisque nous sommes amené à parler des monuments épigraphiques de Poitiers, et des fouilles récentes du P. Canûlle de laCroix, le lecteur ne trouvera sans doute pas mauvais que nous lui fassions part de quelques observations touchant la crypte d'époque chrétienne que cet archéologue a explorée de concert avec M. Rothmann. chef de bataillon du génie. Une notice sommaire relative à ce monument, lue à la Sorhonne dans une séance publique, vient d'être imprimée et publiée par le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, cl nous donne, en attendant que des fac-similés formellement promis soient livrés à nos études, une idée approximative des textes gravés ou peints qui ont été relevés dans cette crypte jusqu'ici tout à fait inconnue. Ils sont nombreux el très variés. L'orthofi^raphc déjà fort barbare en est curieuse. Dans un de ces textes, il est fait mention de LXXII martyrs. Dans une autre inscri{>lion tracée sur le jambage d'une porte, un certain abbé Mellcbaudis, qui s'était préparé en ce lieu une dcraiërc demeure, menace celui qui tenterait de la détruire : SI ' QVIS ' QVI ' NON ■ HIC AMAT ■ ADORARE ■ DNM " ÎHM • XPM ■ ET • DIS- TRVIT OPERA ■ ISTA SIX ANATHEMA ■ MARANATHA VS- QVID - IN - SEMPITERNVM ' On reconnaîtra dans ce texte une imitation du verset de saint Paul : Si guis non amat dominum nostntm Jesum Chmlum, sit Anathema : Maran-atka (I Cor. XVI, 22). Sans doute, les habitants de Limonum n'étalent pas en état d'analyser le sens déprécatif des mots syriaques |L| yU0 (Dominus venil) (1). Mais Mellebaudis, dont le nom semble indiquer un Wisigoth (2), dont la formule, plusieurs

(1] EiiiniiDdi CMlelil LexicM iyriacwii, tiœll., IIBS, lii-(°, pag. SIT, et la Doti! .Jq J. D. MictiaeiU, p. 519.

{2) Lee noms masculins u la leriuiuuiaou DJS sout loti rares. Oa peut citer i:elui du roi Wisigolh Tbcudia [331 5(S], el, parmi trois ou quatre autres, celai lie DobBudls, monétaire, doul la foruiiiUoa serattaclic à rellu de Mellebaudis. Vujci DOS Sotiixi sur cent denier) de Pépin, de Carloman el de Chariemagnr, 1858, p. SO.

fois répétée, IN DÎ NOMINI, rappelle si bien les inscriptions et les monnaies du midi de la France et de TËspagne produites pendant le vn* siècle (1), avait peut-être assisté à quelque concile où Ton avait, comme dans celui de Tolède en S89, entendu retentir Fanathème de Tapôtre (2).

Mellebaudis, d'ailleurs, aimait à faire montre de son érudition, et sur une des pierres de sa crypte, qui parait avoir fait partie du chambranle delà porte, on trouve :

» EMMA » NVHEL NV BIS CVM DS

une expression hébraïque avec la traduction mot à mot.

A la page 8 de la Dissertation^ nous remarquons encore ce passage : « Les inscriptions suivantes sont gravées (d'autr^^^, comme nous Tavons indiqué, sont peintes). Celle du seuil de la porte a été signalée depuis quelque temps à la sagacité des épigraphistes ; la voici :

GRAMA GRVMO ANA AV CAX PIX

Personne jusqu'ici n'en a donné le sens. »

il parait probable que ce sens a été cherché sans qu'on se fût bien rendu compte de la place occupée par ces deux lignes de caractères. En eflet, le seuil d'une porte, à ce qu'il semble de prime abord, doit offrir une formule de salutation ; et, dans une crypte renfermant la dépouille des martyrs, cette formule doit être religieuse. Nous divisons donc les deux lignes par un trait vertical; et le premier groupe nous donne ANA-

GRAMA.

C'est un avertissement. Nous savons que nous avons le droit de changer l'ordre des caractères qui suivent.

(1) La formule IN'D'NMN* commeace sur la monnaie au règne de WamtMi {672-680), pour se continuer jusqu'à Rodericus (711).

(2) Les continuateurs de Du Gange en enregistrant l'expression, n'ont pas indiqué son origine apostolique, qui fait comprendre comment elle s'est introduite en Occident.

La tâche devient très facile ; car les deux syllabes CAX PIX révèlent clairement la présence du mot PAX. Le reste, presque mécaniquement interverti, fournit XRI " CVM * VO ' AG; et la phrase entière se prononcera : PAX XRI CVM ^Obis AGat. IJ semble fort présumable que le dernier mot n'a été introduit là que pour prêter un G au groupe GRVMO, mis en pendant de GRAMA afin d'embarrasser un instant le visiteur.

Si l'on prenait le parti d'employer la lettre R une seconde fois, ce qui n'est pas fort régulier sans être interdit par 1 art des anagrammes, on pourrait lire GRA VO CVM ; gratiavohisciim^ suivant l'expression de saint Paul [Ad Timoth. IV, 22).

Le goût des anagrammes et des chronogrammes a été fort répandu à diverses époques, et, sans remonter jusqu'à Lycophron, on peut dire qu'il a engendré des productions qin nom étonnent par leur puérilité. Passe encore quand ces combinaisons bizarres offrent un caractère mnémotechnique ; mais c'est rarement le cas. Parmi celles que nous avons relevées en examinant des monuments anciens, nous en pouvons citer une qui nous a semblé curieuse à cause d'im des mots qu'elle contient. Cette anagramme composée de ses six vers, est soigneusement gravée (en belles capitales qui pai*aissent dater du XVI® siècle) sur le mur d'une chapelle latérale de l'église de Saint-Sauveur à Gaen. Elle est évidemment relative au confessionnal près duquel elle se trouve :

VN LIEV DE SANTÉ DANIEL EST VENV D'ENNVI T'ES LAVÉ A TV ES VN DÉLIEN NVL A TA DEVISE TV ES VN EN DIEV

Il ne faudrait pas trop insister sur l'analyse logique de chaque vers. Il s'agissait surtout, pour le rédacteur, d'obtenir le plus grand nombre possible d'arrangements des mêmes treize caractères. Le mot qui nous a frappé est délien.

Étant donnée la parole rapportée par saint Matthieu (xvi,

19) : « Quodcunque ligaveris super terram erit ligatum et in cœlis ; et quodcunque solveris super terram erit solutum et in cœlis, » le délien est Tabsolution, la libération accordée à la suite de Tavcu du péché, lopposé, par conséquent, du lien. C'est donc un mot à enregistrer, au moins à titre de singulalarité. Daniel est venu est amené par la force de l'anagramme, mais était admissible dans un texte qui roule sur la Solutio. On lit dans FÉcriture {Proph, Dan. ii, 16, 24) : « Daniel in-

f^resstis ad solutionem indicandam régi — Daniel ingressus

ad Arioch introduc me.... et solutionem régi narrabo. » Le

rapprochement, qui peut être aujourd'hui considéré comme presque impossible, n'avait assurément rien d'extraordinaire au XVI* siècle, alors que la lecture des textes de TÉcriture était fréquente.

L^anagramme de la crypte de Poitiers n'est point excessive

si on la compare à certains recueils d'un millier d'années plus

modernes, dans lesquels les jeux d'esprit de cette catégorie

affectent d étranges dimensions. Quatre-vingts ans avant qu'un

héros de Molière « eût travaillé à mettre en madrigaux toute

rhistoire romaine, » on vendait à Paris, chez Guillaume Ju-

lian (1576^, les « Poèmes et Anagrammes composez des lettres

du nom du Roy et des Roynes, ensemble de plusieurs princes,

gentilshommes, et dames de France, dédiez au Cardinal de

Ferrare, par le Sylvain de Flandres. »

Sur une porte d'un édifice bien autrement important, bien autrement somptueux que la petite crjrpte de Limonum, ou même que Saint-Sauveur de Caen, c'est-à-dire à Sainte-Sophie de Constantinople, on avait inscrit ce vers :

uniquement parce qu'il peut être lu de droite à gauche aussi bien que de gaucho à droite.

Ces nt/^d? liminareSj inventées pour l'amusement des oisifs, nous ont légué les bagatelles de la porte.

DeLLA ANTICJl CITTA d'InDVSTHIA DKTTA puma BoDlIfCOMAGO I

DE suoi MOf/BMEf/n, poT M. Artodanie Fabretti, membre de l'Académie royale des sciences, professeur (Tarehéfilogie, etc. Turin, imp. royale, 1881, în-8°, 28 planches.

COMPTE RENDU

(Extrait du Journal dei Savanli, ISBl, pp. 566-57S.)

Tous les archéologues connaissent le nom de M. Aiiodanle Fabrelli, l'auteur de deux beaux ouvrag:es classiques (!). Ils donneront certainement une grande attention k une publicalion toute nouvelle de ce savant; et nous croyons leur être agréible en la leur signalant sans retard. Nous le ferons d'autani plus volontiers qu'à différentes époques nous avons pu voir une notable partie des antiquités décrites dans le volume dont il s'agit, mais alors seulement qu'elles étaient divisées entre la collection particulière de la Bibliothèque du roi et le Musée des antiques de l'Université. La réunion assez récente de ces divers monuments en a rendu l'étude plus facile et plus fructueuse. Elle devait déterminer le savant directeur du Musée ^ nous donner un livre spécial sur Induslria. Cette ville fort antique parait avoir porté le nom de Bodîncomagus. Elle est siluéf sur la rive méridionale du Pô, et Pline, parlant de ce fleuve s'exprime ainsi : J'ai honte d'emprunter aux Grecs des détails sur l'Italie. Cependant Métrodore de Scepsis dit que le ¥i> i reçu ce nom [Padus] parce qu'autour de sa source abondent

(1) Uhssarium ilalicum in quo omnia vocabula conlinmlur ex umbridt. M^' ni'j, oieia, voltcis, elraicii, crlerisque monumenlis gux tupertunl collttlii,^^'- Turin, |g3S-1867, 2110 pages Ut-t». — Cùrpus inKriptiomim itaHeaivm in''quioritmvi, 1866-1878, in-i< [euro, suppl.].

les pins appelés en gaulois padi [« quales Gallice vocentur padi n]. Il ajoute que, dans la langue des Ligures, il s^appellc Bodincus^ « quod significat fundo carens (1). Cui argumente adest oppidum juxta Industria vetusto nomine Bodincomagum ubi praecipua altitudo incipit (2)i » Environ deux siècles avant Pline, Polybe, un Grec encore, disait que ce même fleuve était appelé Bodencos par les indigènes, toTç èY^wpfctç, mais il no parle pas des Ligures (3). On remarquera que Bodincomagus est placé non loin de Rigomagus, localité à laquelle, déjà en 1842, M. de La Saussaye avait songé lorsqu'il discutait Tattribution d'hémidrachmes à type massaliote portant la légende DIKO... u II y a lieu, disait-il, d'hésiter entre les Bigornagenses des Alpes maritimes et le Bigomagus placé par Tltinéraire d'Antonin entre Mediolanum et Taurini (4) » Si Ton se reporte à ce qui a été exposé ici même touchant les monnaies au type massaliote accompagné de légendes insubres (S), on pourra admettre que D\KO >.- [Rico.. .] doit y être rattaché, et que, sans nier l'origine ligure du nom Bodincus, on serait autorisé à attribuer une origine gauloise au nom formé Bodincomagus, comme à tous les noms de la même famille que M. Fabrctti a pris le soin de rappeler ; comme au nom même du Pô expliqué par Pline.

M. Fabretti passe en revue les diverses opinions qui ont été émises au sujet de Bodincomagus et dlndustria, et conclut à ridentité, d'accord en ce point avec de respectables autorités géographiques.

Industria n'était pas posée sur une grande voie, et, en conséquence, n'a été mentionnée par aucun itinéraire. Pour dres.ser son état civil, nous avons recours aux monuments épigraphiques qui, malgré les désastres des bas temps, y ont

(1) Au sujet de l^affinité de la langue des Ligures avec celle des Gaulois ▼oyei Alfred Maury : Les Ligures et V arrivée des populations celtiques au midi de la Gaule. Paris, 1878.

(2) Bisi. nat., III, xx, S.

(3; Hist., II, XVI, 12.

(4] Numismatique de la Gaule narbonnaise^ Blois, iD-4", p. 116 et pi. XIV. 13) Joum. den Sat\, 1877, p. 63.*) ol 636. — P. 357 du présent volume.

été relevés au nombre d'une cinquantaine. Le titre citio. qu'on lui confère aujourd'hui, pourrait tromper. On voit, par une inscription, que c'était unmuntcip^yparcinq inscriptioos. que ses habitants étaient inscrits dans ta tribu Pollia. Ce municipe possédait des collëg;es de sévirs aug^staux et de pastophores. Gaîus Avilius Gavianus y a été flamen Divi Cxsarii perpetuus, patron du municipe, tribun militaire de Ja III' It-gion gallica. Lo nom de la ville s'altéra pendant le moyen âge, et devint Dustria, Alluslria, Lustria. Aujourd'hui le stie est connu par l'appellation Monteu da Pô (c'est ce que nous nommerions un lieu dit), qui vient de Mons acutus. Si l'ou considère, dit H. Fabretti, la riche série de broni:es d'une exécution admirable qui ont été recueillis en cet endroit, on est amené à croire que c'est à leur fabrication qu'est dû le nom Industria. Dans les fouilles réitérées pratiquées pendant les trois années dernières, M. Fabretti a observé des traces indubitables de fonderies, reconnaissables à la présence de fragments de métal mêlés k des scories et à des conduits de terrr cuite.

Ce fut en 1745 que le hasard fit découvrir au fond d'un puits, à Monteu da Pâ, divers monuments antiques de bronze, parmi lesquels un magnifique trépied et une grande table dédiée à L. Pompeius Herennianus par le collège des pastophores. Un ethnique au singulier peut accompagner, dans une inscription, te nom de quelque personnage dont il indique l'origine étrangère aux habitants d'un pays où ce personnage s'élait tran^ porté. Cela est fréquent. C'est ainsi qu'on a relevé à Odalenjo, dans le voisinage de Casalc, l'épitaphe de T. LoUius Mascuh liiiil vir Bodincomagensis (1), et, à Rome, celle du prétorien P. Ovineonhts Ingenuos (2) domo Bodincomagus.

Mais une corporation agit sur son propre territoire, e''^

;!) Cf. dans Munitori, !iov. thés., t. Il, p. 1.033, 7, une noté eingatltn !nf tf\ ïlUnique, OrelU a, par erreur [n° 4737]. tillribue l'iuscriplron Aqmi SfxHn-

(2] Voy. l'applicatioD d'un passuge de Prisclen, de voee, à ca Bjïtème otOiograpbique, qui n'est pas apéciat à la Gaule, comme oa le dit fréquemm'Ol' keoitt numitmatique, 1S63, p. ISS; Note sur la termiiuiiion os. — P. 33 du posent Tolome.

table de bronze qui, d^ailleurs, se relie à d'autres documents épigrraphiques, était un indice très probant. Aussi, Jean-Paul Ricolvi et Antoine Rivautella se hâtèrent-ils de publier un mémoire intitulé : // sito deir antica città d'Industria scoperto fd illtistrato (1). Dans la préface de la seconde partie des Marmura Tcmrifiensia^ ces savants nous apprennent que leur dissertation surindustria avait été composée en quatre jours, nhnittm festinenter (2).

C^était à la grande époque des découvertes archéologiques européennes. Les premières trouvailles faites en 1711 ou 1712 à Herculannm par les agents du duc d*£lbeuf, avaient été suivies bientôt de fouilles productives (3). Les travaux réguliers furent entrepris à Stabic en 1745, à Pompé! en 1750. La résurrection de Yeleia est de 1748. Le roi Charles-Emmanuel eut à Monteu da Pô son Pompéï du nord ; Pompéï en miniature qui n'avait conservé que des marbres, des bronzes et quelques médailles d*or impériales, dont la plus ancienne jusqu'ici constatée remonte à Yespasien. Des travaux intermittents furent repris dans la localité, avec de minces ressources, en 1782, 1764, 1769, 1774. Ils ne furent conduits d'une manière sérieuse qu'en 1808 et 1811, par un homme actif et intelligent, le comte Bernardine Morra de Lavriano.

Morra, après avoir observé l'existence de quelques substnictions, en mesurait les angles et les courbes; il en connaissait bientôt les directions, de façon à ne point faire de fouilles au hasard. Il mit ainsi à découvert un forum, un théâtre, des thermes, un aqueduc, des tombeaux, dont il leva les plans. Le comte Morra présenta ensuite à l'Académie des sciences ces plans accompagnés de vingt-six bronzes antiques de choix

U) Turin, Imprimerie royale (sans date) ; réimprimé à Rome, 1751. M. FabreUi estime qae la rédaction doit être placée du 8 au 10 mars 1743.

(2) Marm. Tour., in-i»; Part altéra, 1747. « Italicam de situ oppidi Industris dlsputaUonem a nobis nimium festinanter excusam quatriduo niminim. »

(3) Ant. Franc, Oori, Notizie del memorabile êcoprimento deW antica città ErcolanOf Fireaze, 1748, in-S», p. ix. — Marcello de Venuti, Descrizione délie prime êcoperte delC antica città d^Ercolano; Roma, 1748, in^i», p. 54: p. 52, la première décooTerte de Pompéï en 1689. ^ Cochin et Bellicard, Observations sur les antiquités d'HercuUmum^ 1754, in-S».

et de douze lampes de terre-cuite de module uniforme, décorées de médaillons en relief offrant tous des sujets différenU. L'Académie chargea une c-ommission de faire un rapport qu^ Ton doit à Yemazza di Freney ; mais ce fut tout. C^est seulement en 1843 que Morra publia à Turin six grandes plancheN lithographiées dans lesquelles sont donnés les dessins un peu faibles des objets découverts par lui. Ces planches, dont la légende est en français, n^ont pas été mises dans le conunem*. Nous en avions dû un exemplaire à feu M. Domenico Promis * le savant bibliothécaire.

En 1835, Touverture d'une route avait fait espérer quelque trouvaille archéologique ; mais le chemin fut construit en remblai sur le sol de Mont eu da Pô ; on réenterrait Industria. Les récoltes d'antiquités demeurèrent donc subordonnées à la bonne fortune des cultivateurs. En 1863, une série de bronzes et de monnaies vint enrichir le musée de Turin. Plus tard, on recueillait dans la propriété du comte Brondello une double tablette de bronze opisthographe portant un congé militaire accordé par Yalérien (an 254) à Publius Anneius Probus, iv la tribu Papiria, natif de Petovium en Pannonie ; monameal qui est entré à la bibliothèque du roi et qui a été publié par M. Vincenzo Promis (1). Des fouilles ont été exécutées, pendant les cinq dernières années, à partir de 1875, par les soins de la Société d'archéologie et des beaux-arts, dont M. Fabretti est le secrétaire. Ce savant a puisé les intéressants détails que nous abrégeons considérablement, non seulemeol dans tous les documents imprimés qu'une recherche patiente lui avait assurés, mais encore dans bon nombre de pièces manuscrites étudiées au Musée ou qui lui ont été obligeammeDl communiquées. Son volume est accompagné de vingt-huit planches, dont cinq plans, et le reste exécuté par le procédé

(1) Atti délia H. Accademia délie Scienze di Torino, 4879, in-So, t. XV, p. 2i3- 254 ; tav. HI et IV. — Le Musée de Tarin conserrait déjà un diplôme nUlitain^ d'Adrien gravé sur cuivre en Tannée 888 de Rome (133 de J.-C). Ce diplàme. trouvé en Sardaigne, sous le règne de Cbarles-Emmanuel III, a été d'aborJ publié par Vemazza en 1817; Cf. M. Léon Renier, Diplâmes militairet, 1816. pp. 41-43.

LNDUSTttlA. 397

aulotype diaprés les objets antiques originaux. Tout cela est d'une utilité incontestable. Nous regrettons cependant que plusieurs figures soient trop réduites, et nous pensons que lauteur, sollicité par les antiquaires, voudra faire de son travail une seconde édition en un format qui comporterait des dessins do plus grande proportion.

Son ouvrage, d'ailleurs, lui vaudra des contributions supplémentaires qui enrichiront sa monographie déjà si étendue. Le terroir d'Industria a été visité de bonne heure par des touristes anglais qui en avaient apprécié l'importance. M. Fahiotti lui-même nous apprend que divers objets ont été recueillis dans quelques collections particulières. Nous pouvons ajouter que le célèbre amateur, M. Edme Durand, s'était procuré à tout le moins un bronze d'Industria, qui lui avait peut- «'tre, au cours de l'un de ses voyages d'Italie, été donné par le comte Morra de Lâvriano. C'est le pendant exact d*une figurine qui se trouve, sous le n'^SG, dans la troisième des planches lithographiées de B. M. de L. (Fabretti, tav. XIX, n» 4); le style, l'état de conservation, la couleur de la patine qui distinguent les deux bronzes, ne nous laissent aucun doute sur Ivur communauté d'origine et d'auteur, signalée par nous en 1868, après vérification dans le cabinet royal de Turin. Le bronze de la collection E. Durand est conservé au Louvre. Il nous a paru représenter un barbare de théâtre.

La table monumentale dédiée au patron des pastophores L. Pompeius Herennianus, dont il a plus haut été question, est entourée d'un beau cadre en moulure, orné de fleurs (Fabretti, tav. YI), sur la baguette inférieure duquel on lit :

T ' GRAE • TROPHIMVS ' IND • PAC '

on très petits caractères (le quart environ des lettres du texte). Ce détail fut promptcment observé. Dès leur premier écrit, Ricolvi et Rivautella s'étonnaient de rencontrer une signature sur un objet qui offre un intérêt d'art très secondaire. L'année même de la découverte, David Erskine Baker, donnant à la

398 4NDUSTRIA.

Société royale de Londres Textrait d*une lettre écrite à sou père par Giuseppe Lorenzo Bruni, médecin de.Turin, au mois de mars 1744-1745 (1), analyse rapidement la dissertation de> deux savants piémontais et transmet à ses confrères leur conjecture suivant laquelle ce Titus Grae. Trophimus dlndustria pouvait avoir été non seulement un graveur, mais aussi I» sculpteur de quelque image à laquelle la tablette avait servi de base (2).

Galeani Napione di Cocconato ne parait pas douter de la consécration de ce monument accomplie dans ces conditions. Orelli hésita cependant (n"" 62) : « Induslriensis faciebai nisi potius faciundum curavit. » M. Vincenzo Promis considère Trophimus comme un artifex characterarius^ ce qui est >Tajsemblablement le titre exact. Mais, si Ton tient compte de la décoration soignée du cadre et de la place qu'occupe la signature, on peut croire qu'elle s'applique à l'ouvrage entier.

Le trépied, disait encore Erskine Baker, citant Topinion do Ricolvi et de Rivautella, surpasse de beaucoup {far exceeds.. aussi bien pour sa forme que pour l'élégance de ses reliefs. tout ce qu'en ce genre on conserve dans les cabinets d'Europe.

Cela est parfaitement vrai, car à l'époque où cette communication était présentée à la Société royale, on n'avait, en fait de trépied piicatilis, que celui dont Spon a publié, en 1683. le dessin fort médiocre (3) : « Qui fuit olim equitis Gualdi; Bomœ. )) Ce même trépied, après ta mort de Gualdi, arrivéo en 1657 (4), •entra, suivant toute apparence, dans la galerie du

(1) On sait que ce fat sculeineut eu Hol qne le parlement anglais voU Tadoption du calendrier grégorien. L'année 1745 a commencé avec PAqoes 1^ 14 avril.

(2) Philosophical transactions; 1745, t. XLIIl, n» 477, p. 540. Some acœuni of a curious THpos and Inscription found near Turin serving to discover the tnx situation of the ancient city Industria, lu le 5 décembre 1743. Blillio a (louuf une courte et iufldële traduction de cette notice dans VAOrégé des transaction^ philosophiques; Antiq, et beaux-arts ^L I; Géogr, anc, 1789, p. 35.

(3) Miscellajiea, p. 118 et 120.

(4) Cav. Gualdi, de Rimiui, dont, après 1657, la collection {copiosissimv museo)y était conservée aux Minimes de la Trinité du Mont, ce qui expliqua comment Colbert en a fait faire l*acquisition. (Voy. Journ. des Sav*t lS7i.

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rardinal Chigi, où Michel-Ange de la Chausse en lit faire une gravure relativemeat satisfaisante (1). Dans Tune et l'autre copie oa reconnaît que les trois montants sont couronnés par des bustes bachiques tout comme le trépied dlndustria. Mais ce dernier offre une bien autre richesse d'ornementation, et nous sommes étonné de ne pas le voir cité dans la monographie de M. de duc de Luynes qui a pour titre Trépied de Vidci (2). Ce trépied dlndustria, décoré de douze figures et de trois griffes de lion, n'est pas seulement une composition agréable à voir, c'est particulièrement le thème d'une grande leçon d'archéologie. Il faudrait le faire représenter, en plaçant sur une ligne synoptique près de chacune de ses divisions, de ses étages, la figure de nombreux motifs de décoration, non pas semblables mais analogues à ceux que son fabricant a employés et qui résident épars dans les collections. On obtiendrait une lumière nouvelle (3).

Les commissaires de 1812, chargés d'examiner les trouvailles du comte Morra, disaient : « Abbiamo tralasciato d'invcstigare a quale uso abbiano potuto servire e le figure umane e di animali cd i rabeschi ed i diversi fregi ed istrumenti, perocchë finora si puo dubitare se fossero destinati a onlamento pubblico owero di privato edificio. » Tralasciato nous parait un verbe bien naïf ou bien ambitieux. En 1812, on n aurait pas rencontré en Europe un seul homme, même en y comprenant Ennio Quirino Yisconti, qui eût été en état de résoudre les questions que Yemazza di Freney traitait si légèrement.

L'indigence était générale, Caylus avait bien reconnu qu'il

p. 610-613.) Ce renseignement important pour l'histoire des antiquités do Parisi et que nous avions en vain demandé en Halle, nous Tavons trouvé depois, dans un rare peUt livre : Roma ricercata nel mo sito et nella scuola di tutti gli antiquarij, par Fioravante Martinelli ; Rome, 1638, p. 347.

(i) Bomanum museurriy Rome, 1746, in'folio, t. II, sér. 13, pi. XII.

{i) Souv. Ann. de Vlnst. arch., t. H, 1839, p. 237-260.

(3) On ne pourrait même pas encore comparer au magnifique bronze d'Indusiria le riche trépied d'argent massif, orné de groupes, découvert, le i mai 1878^ dans une vignei à Polgardi (comté de Pécher), porté au musée de Buda-Pesth.

élait nécessaire cl qu'il élait temps de demander à l'antiquité ce qu'elle avait voulu faire dans ses œuvres d'art. Mais^il possédait trop peu de grandes pièces, composées de divers ornements, en sorte que lés figures d'hommes et d'animaux, celles dont précisément a parlé Yei*nazza, apparaissaient la plupart du temps avec le caractère de compositions isolées; ce qui, au fond, est très rare.

Après une fouille conduite sans connaissances archéologiques approfondies, avec le seul désir de récoller des objets précieux ayant une valeur commerciale, il n'y a guère de fléau qui soit plus nuisible à la science que la restauration et le montage des bronzes antiques, quand cette opération est dirigée par des amateurs qui n'ont en vue que l'aspect gracieux. Pour aiTiver à obtenir cet aspect, ceux-là n'hésitent pas à modifier l'état des figures qu'ils se sont procurées, supprimant les tenons, les jets de fonte, les anneaux, les belières, les broches* les feuillures ; rebouchant les trous, les mortaises, arrivant en un mof àfaire disparaître toutes les traces d'origine et surtout d'usage.

L'invention du bronze d étagère n'est pas antique ; les artistes les plus habiles parmi ceux qui ont modelé des métaux les destinaient à la décoration, on peut dire souvent à Tenrichissement de meubles et d'ustensiles tels que les suivants (nous ne parlons pas de la statuette d'un dieu consacré au culte, soit au dieu lui-même, soit à un autre dieu):

1** Trépieds ; meuble sacré, meuble décerné en prix. Décorés de figures en haut-relief ; chez les Grecs et les Étrusques, de figures en applique. Chez les Romains, les tiges verticales sont parfois surmontées de bustes d'une divinité ou d'un personnage de la Domiis augiista (plus tard Domus divina) (1).

2^^ Les poids de romaines. Ordinairement représentent un buste de divinité ou de personnage de la famille impériale. Ces poids avaient un caractère sacré. On les vérifiait au Capitule.

(1) Notice des bronzes antiques du Louvf^, 1868, n«* 274, 491, 492, 624, 6i3, 667, et la note sur )e u9 660.

3o Cistes de tôle de bronze batlu. Pieds fondus, et sur le couvercle poignée, fréquemment en forme de groupe.

4"" Candélabres. Un groupe ou une figure au couronnement ; priiïes à la base.

5^ Portes. Revêtement, anneaux, mascarons. 6«> Sièges, revêtements, protomes en relief. Par exemple, dans la Notice des bronzes de 1868 (n" 918), nous avions dit que de grosses têtes de bélier conservées au Louvre et au Musée Britannique avaient servi à la décoration d*un meuble; le recueil de Tlnstitut archéologique allemand d'Athènes (1877) nous a fait connaître deux bas-reliefs de Sparte qui représentent Bacchus, dont le trône a le bras décoré d une très grosse tète de bélier (1).

7* Figures impériales couronnées parla Victoire, destinées, dans les apparats souverains, à un usage analogue à celui des bâtons de confréries, pendant le moyen âge ; c'est un ostensoir (2).

8** Pièces pour décorer les armes offensives et défensives. \ la plus belle époque de Tart grec, des appliques exécutées îiu repoussé et rapportées.

9"* Enseignes militaires.

<0" Chars. Le magnifique char, découvert par M. Constantin < îarapanos dans les ruines du palais de Dioclétien à Nicomédie, montre comment Tornementation d'un véhicule comportait l'emploi d'un grand nombre de figures de ronde bosse. Il"" Harnais de chevaux.

12* Clefs. Les manches de clefs souvent formés de figures «rhommcs ou d'animaux. Manches de couteaux {idem), mais avec feuillure.

13® Lampes. Surmontées de figures, de groupes ; parfois flanquées de protomes d'animaux ; avec suspensions delphinif ormes.

1) MiUheUutujen des deutschen archœol. ïnHit, in Alhen^ 2« umiée, 1877» \t. 30O el 311. Ba8-n*lief de la maison G. TIicophaDopuIos, pl.XXlU: bas-relief 'le la maison Brachoos, pi. XXI V: catal. do MM. Dressel et MilclihoefHr.

(2 Voir, à l'arc de Trajaa, le bas-relief qui représente PartUamaspale reconnu rni.

14® Miroir ; sessilis ou non :iessilis. Non seulement les manches, en Grèce principalement, ont parfois la forme humaine ; mais il arrive encore que le pourtour du disque est garni de petites figures d'animaux, disposées en couronne rayonnante (1).

15° Patères, casseroles. Dans les mêmes conditions que les miroirs.

16* Poignées de lébès qu'il ne faut pas confondre avec les poignées de ciste. On trouve d'ailleurs, pour les lébès, les pièces d'applique destinées au jeu des anses mobiles et des petites figures humaines de proportions délicates disposées pour l'embellissement du bord.

17o Support pour maintenir l'amphore won sessilis. M. le baron Delort en a rapporté d'Egypte un d'une fabrication qu^on peut faire remonter à l'époque voisine de notre ère, et qui a pour appui trois lions très mouvementés. Celle sorte de trépied remplaçait le porte-amphore de bois dont les anciens Égyptiens faisaient usage.

18^ Les insignes que les prêtres et les prêtresses de la Grande Mère portaient sur la poitrine, et que rappellent le^^ marques sacerdotales des chamanes de la Sibérie (2).

Après toute cette nomenclature que nous lendons à resti*eindre, car nous n'avons pas à faire ici un traité, mais seulement à montrer où nos études doivent nous conduû*e, et combien nous avons rarement à compter sur des garnitures d'autel, il nous faut faire encore remarquer que presque

(1) Ch. Newton, Synopsis of the cont, of (he British Mus. Bmnzejroom.t 1811, p. 13, trouvé à Sunium. — Fr. Lenormant, Collect, Dutuit, 1S78, in-4^p. 23, 11° 37, pi. IX. — Mir. grec. — Arch, Zeit., 1879, p. 100, Art- Frœnkel; Taf. 12. A joindre pied de mir. de Pœstum, Arch, Zeit,, 1880; Taf. 6. Art. Curtius, p. 21. Autre pied de miroir du Péloponnèse, collection Pervonogln, art. de M. L. Jalius, Mitih, des d, arch. Insl. in Athen,^ 1878, pi. I, p. 14. Cat. de la collection Bammeville (20 avril 1881}, n» 9, mir. corinthien. — Pied de mir, À^^- Zeit., 1881, Taf. 2. — CataL Jul, Gréau, Série des métaux, 1881, p. 46, o* 698, mir. de Mégare.

(2) Voy. Dionys. Halic, II, xix. ...^xovtê; irpo(m)6i5ia xa\ tvicoy;. Polybe, XXII, XX, 4. — Tit. Liv. XXXVIII, xvin. Cf. les bas-reliefs de Larlius Anthus et de Laberia Felicia dans Spon., mzsc, 1685, p. 150; Van Dale, Dissertai., i't^-^ p. 142; Doni, Inscr. ant,, 1731, pi. VIII: Caylus, Recueit, L I (1752), pi. aXîlV.

toutes les parties composant les meubles que nous avons mentionnés ont été fixées les unes aux autres par la soudure de plomb, qui se pulvérise très facilement sous l'action du temps, et dont il ne reste souvent nulle trace (1). L'emploi primitif de telle ou telle figurine est parfois bien douteux, et Ton serait tenté, en désespoir de cause, d'en revenir au système commode d^un curieux du xvi® siècle, qui donnait le nom de medaiiions aux statuettes de bronze tirées de terre, « au lieu de la ville de Soissons où Henri II de ce nom, roy de France, fît, de son vivant, faire quelques fortifications (2). »

Winckelmann, qui n'était pas fort modeste, écrivait dans sa treizième lettre à Bianconi, au moment où il lui faisait pari d*un de ses succès : « Il faut avoir tout vu quand on veut se faire passer pour antiquaire. »

Nous n*en dirons pas autant, mais nous croyons qu'on peut discuter les monuments à plusieurs reprises et les faire sonder en quelque sorte par divers travailleurs. Notre intention n'est pas d^cntreprendre une revision et une discussion qui seraient au-dessus de nos forces ; nous croyons pouvoir consigner quelques brèves notes, en nous rappelant le précieux cabinet des antiques de Turin. Nous indiquons les numéros des planches.

{Tav. XII, p. 98; hauteur, 36 centimètres.) On a là un portrait extrêmement élégant d'une princesse de la famille d'Auguste. Il en faut comparer soigneusement le profil avec celui des monnaies. Les symboles manquent, mais peuvent être devinés ; la main gauche est disposée à recevoir des épis. Le style n'est pas douteux.

{Tav. XV, n«3, p. 100; hauteur, 12 centimètres.) Ceci n'est point une Cybèle assise. La mère des dieux n'est jamais représentée avec les jambes croisées. Il s'agit d'une ville ou plu-

(!) Ce qui a fait iiaitre de singulières erreurs. Voy. Oôs, sur une fig.de Bacchus fn-ivédu btoM gauche^ dans la Revuje archéol,^ mn^rs 1866. — P. 127 du présent vol.

[2] Diftrours sur tes médalles et graveures antiques, par Antoine Le Pois; P^m, 1579, in-4«, feuillets 145 à 148. Uts archéologues soissonnais ne parais- »t'ol pas avoir attaché grande importance à la trouvaille signalée par leur prédécesseur.

404 INDL'STRIA.

tôt d'une Tu/Tj icôXeo);. On la trouve sur les monnaies de Tigrane, roi d'Arménie et de Syrie ; elle y est accompagnée du fleuve Oronte nageant. On la trouve encore sur d'autres médailles. Dans les bronzes, l'image du fleuve étant fondue à part, on rencontre des figurines de ville privées de leur acolyte. Le marbre du Museo Pio-Clementino est complet si nous nous en souvenons bien (i). Il faut consulter le passage de Malala relativement à la jeune fille que Trajan avait sacrifiée à âdtioche, et dont il avait fait faire la statue de bronze doré, assise au-dessus du fleuve Oronte, si; Xr/sv Tx/r,^ tîJ; «jt^x6Xe(i)ç(2).

Julien, lorsqu'il alla en Orient, traduisit y; Tû/t; TrîXewç par Genius antiocheni [populi\\ mais il n'en conserva pas moins au Génie de la ville la figure d'une femme assise sur un rocher, tourrelée, voilée, près de laquelle nage rOronle(3). Il est probable que la figurine d'Industria a servi, en pendant avec une autre Tu)nrj, à couronner les montants verticaux d'un trône ou d'un char de luxe.

* [Tav. XV, xf 4, p. 100 ; hauteur, 18 centimètres.) Le bronze représente bien positivement un Mercure. Mais la tête est surmontée du symbole d'origine égyptienne. Le pschent ou double couronne de la haute et de la basse Egypte a été imité parles Romains, et quelquefois tellement altéré dans ses formes, qu'il est réduit à une sorte de feuille en cornet comme celle de Xarum. Voir le bronze de Naples publié dans le Museo Borbonicoj t. XIII, pi. LV, n" 2. Les collections publiques et particulières contiennent diverses représentations de Mercure portant le pschent altéré, tel qu'on le voit sur la tête d'un Horus romain publié par Cuper {Harpocrates, p. loi).

{Tav. XX, n** 1; p. 104; hauteur, 5 centimètres.) L'enfanI assis à terre avec une jambe repliée est un type très connu, Hercule au berceau saisissant des serpents. Visconli (Museo Pio Clem., t. III, tab. XXXVI) l'a très bien classé. Cf. Clarac,

(1) Viscouli, Mus, Pio Clem., 1790, in-folio, t. Ul, tab. XLVI.

(2) Joli. Malaiœ, Chronographia^ éd. de Bonn, 1831, in-8, p. 276.

(3) Eckhel, Doctrina, t. Ill, p. 30 i.

Musée de sculpture, planche DCCLXXXI, n^* 1955, 1957 planche DCCLXXXII, n«* 1952 (Musée de Turin), 1959 pL DCCLXXXIII, n* 1955 a (Musée de Naples) ; Waddinglon Revue numismatique, 1863, pi. XI, n** 3 (monnaie d'or de Thèbcs) ; Fr. Lenormant dans la Gazette archéologique , 1875, pi. XIV.

{Tav. XX, n* 2, p. 102; hauteur, 88 millimètres.) On- a pris rhabitude de classer, dans les collections, les figures de cette catégorie sous le nom de Camille. Pendant que nous trouvions dans le mémoire sur Indusiria la figure d'un pociilator, court vêtu, tenant une patère et un rhyton, nous constations la présence de six autres bronzes semblables, Tun dans le Recueil des notices de la Société archéologique de Constantine, t. XX, 1881, pi. XXIII, et cinq exemplaires dans le Catalogue de la collection Julien Gréau; série des métaux, 1881, p. 26, n" 277 u 288. Celte coïncidence nous*porte à croire que la fausse dénomination est loujours bien vivace, et nous croyons devoir revendiquer encore pour les Lares une physionomie et un ajustement qui leur appartiennent exclusivement. Les prétendus pocillatores tiennent le rhyton tantôt de la main droite, tantôt do la main gauche, de façon à être disposés par paires comme on les voit dans les peintures antiques et dans les bas-reliefs. Ovide dit, en parlant des Lares : Bina gemellorum quœrebam signa deorum (1). Nous n'insisterons pas; les mémoires de savants éminents ont préparé les esprits à recevoir la bonne interprétation d'un type continuellement méconnu, sans que jamais les antiquaires aient invoqué une preuve en faveur du Camillus qu'on ne s'attendrait pas à voir si souvent coulé en bronze. Cf. Éd. Gerhard, Agathodsemon und Bona Dea, 1849; H. Jordan, De Larum imag. atque cultu; Ann. deW Inst, nrch., 1862, t. XXXIV p. 300; A. Reifferscheid, De Larum pici. pompeian.; Ibid., 1863, t. XXXV, p. 121; Jordan, Vesta und die Laren auf einem pompe jaiiischen Wandgemœlde ^ Berlin, 186S, in-4% etc.

1) Ffl*/., I. V, V. 143.

Mais n'abusons pas de la patience du lecteur.

M. Fabretti se demande, en terminant son livre, à quelle époque se produisit la ruine de Tlndustria antique ; et, par diverses considérations, il est conduit à répondre que ce fut au IV* siècle. On ne doit pas oublier que cinq cents monnaies qui y furent trouvées dans un petit vase de terre descendaient jusqu'à Gallien. C'est aussi sous Valérien et Gallien qu'avait été accordé le diplôme de congé de Publius Ânneius Probus. Les monnaies qui ont été amenées par les dernières fouilles ne dépassaient pas le règne de Constantin; enfin Vemazza affirme que celles qui provenaient des ruines du théâtre appartenaient à Théodose le Jeune (408-450). Il ne faudrait donc pas s'attacher à Topinion de Durandi^ qui plaçait l'anéantissement de la ville peu de temps après le règne de Commode.

De toute façon, il est évident que violente fut sa destruction; et ses ruines mêmes, mises au jour par la pioche, montrent qu'elle a été livrée aux flammes ; telle était la conjecture de notre respectable ami, Pietro Barucchi, fortifiée, comme il le* disait, par la présence d'un grand nombre de fragments de bronze à demi brûlés. Il est certain qulndustria n'a pas socconibé par suite d'une inondation, par l'action d'un volcan ou d'un tremblement de terre, mais bien sons l'attaque brutale d'un ennemi. Et c'était en prévision de sa cupidité que certains habitants avaient caché au fond d'un puits le trépied et la table de bronze des pastophores. Les eaux du Pô, qu^^vinrenl lécher et ensabler lentement les murs de la ville, ensevelirent pour des siècles les fondations des antiques édifices.

Le municipe d'Industria, à peine indiqué par les Guides itinéraires, n'a pas été prôné par les touristes. Il n'avait point jadis eu la bonne chance d'inspirer la sensibilité d'Angelica Kauffmann ou la philosophie de M"° de Staël. C'est aux antiquaires qu'il appartient de prendre en main sa cause.

Longtemps encore après M. Fabretti, et surtout grâce à lui. ils auront là les éléments d'un travail attachant et rémunérateur.

NoT£ sur une tessère gravée en creux et sur un cachet

d'oculiste antique.

Extrait da tome IX (4* série) des Comptes rendus des séances de V Académie des inscriptions et belles-lettres, séance du 7 octobre 18vSl, pp. 223-224.)

Le secrétaire perpétuel donne des nouvelles de la santé de M. de Longpérier, et lit la note suivante que M. deLongpérier a adressée à TAcadémie le jour même :

Monsieur le Président,

J^ai l'honneur de vous adresser de mon lit où je suis retenu par une grave maladie^ une note que je devais à TAcadémie relativement à la découverte d'objets antiques chez un de nos confrères. M. le marquis d'Hervey possède entre Ablis etÉtampes, à une petite distance de Dourdan, un château fort ancien dans les fossés duquel on a, h diverses reprises, trouvé des armes, des monnaies et divers autres débris du moyen 4ge. Ce n*cst pas tout ; on a recueilli aussi en ce même lieu deux témoins de la civilisation antique, évidemment fort antérieurs à la construction du Bréau actuel.

L'un de ces objets est une tessère gravée en creux sur os au centre d'un cadre décoré d*oves et offrant :

NOVEII I I

L'autre est un de ces cachets d'oculistes antiques dont le

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