‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 165 sur 280 · MONNAIE DE GUILLAUME · texte numérisé non relu

MONNAIE DE GUILLAUME

COMTE np, BOUROEP.

(E<(trait du lomp IV de La Revue numinnuHiue, 183(1. pp. 366-310, )

A la fin du Traité des monnaies des Barons, Tobiesen Duby a consacré une centaine do pa^es à l'énumération des dilTérentes seigneuries ecclésiastiques on laïques qui apporlaienta leurs titulaires le droit de battre monnaie ; mais dont cependaut aucun monument numismatique n'était parvenu à sa connaissance. En examinant attentivement cette liste, on peof reconnaître que plusieurs villes y ont été admises un peu légi'rement, d'après quelques passages do chartes dont les lemaes ne sont pas suffisamment explicites.

Lorsque, par exemple, un acte énonce une cerlainc somme en monnaie, portant le nom d'une ville, sous la forme d'an adjectif, comme moneta Trecetisis, Burdegalensis, Diviontnsis, etc., elc, sans spécifier de quelle autorité émanait celle monnaie, il est maintes fois presque impossible de déterminer si le rédacteur de l'acte a voulu désigner la monnaie royale, la monnaie des grands Feudalaires, frappée avec le même type dans plusieurs villos de leurs domaines, ou bien enfin la

MONNAIE DE GUILLAUME, COMTE DE BOURGES. 4t

monnaie épiscopale ou baronale, portant le type particulier de le ville où elle a été fabriquée.

Ceux des numismatistes à qui leur goût ou leurs occupatîonsi ont rendu familière Tétude des chartes pourraient seuls résoudre cette question, dont Timportance commence à être justement appréciée. Les doutes que Ton avait pu concevoir s'accroifesent en effet chaque jour, lorsque Ton compare dans les découvertes des médailles qui ont lieu si souvent, la quantité considérable de variétés qui viennent se rattacher à des monnayages déjà reconnus, au nombre si restreint des pièces sorties d*ateliers monétaires, dont les chartes et les chroniques nous avaient seules conservé le souvenir.

Si je ne me trompe, depuis quatre ans qu'existe la Revue, h's deniers des seigneurs de Montluçon, de Mauléon, de Valontinois, dlssoudun et de Penlhièvre, sont les seules pièces dont la publication ait enlevé à la table de Duby quelquesuns des astériques qui marquent les noms de villes ou seigneuries dont la monnaie est à chercher.

Aujourd'hui je viens faire disparaître encore une de ces désespérantes étoiles, en produisant la pièce la plus intéressante peut-être de la série baronale, à coup sur la plus ancienne que Ton ait encore publiée.

C'est un denier sur lequel on lit d'un côté : VLELMO COMS ( ViMmus cornes) autour d*une croix, et au revers : BRIVI — ORS {Bùuriges) autour d'un monogramme carlovingien. La partie supérieure de la troisième lettre est coupée ; celte lettre peut être un T.

Je connais deux exemplaires de cette précieuse monnaie ; un dans la collection de M. Daissy, à Meaux ; l'aulro dans celle de M. le D'RigoUot, à Amiens. Toutes deux sont d'argent assez bon. Le premier des comtes de Bourges, dont l'histoire ait conservé le nom, est Ollon ou Bolton qui gouvernait la ville sous le règne de Gontran (1). A cette époque, les comtes n'étaient que des officiers préposés à l'administration des villes,

(1) Greg, Tut on., llb. vu, cap. 38 et 41. — Aymoin,, llb. m. cap. ".

à'I MONNAIE DE GUILLAUME,

et révocables suivant la volonté du souverain. Cet état de choses existait encore au commencement de la seconde race. Charlemagne ôta le comté de Bourges à Humbert, pour le donner à Sturmin ; Charles le Chauve remplaça Girard par Bozon. Mais à la fin de la seconde race, les comtes profitant des troubles que suscitaient les prétentions de princes rivaux à la couronne, aussi bien que les invasions des hommes du Nord, Danois et Hongrois, inféodèrent dans leurs familles une dignité qui n'avait été jusque-là que personnelle.

Guillaume, deuxième comte d'Auvergne, et qui reçut de Carloman ou de Charles le Gros, le comté de Bourges et le marquisat de Nevers, peut être considéré comme ayant mis la dernière main à cette usurpation. On va voir en effet qu'il résista au roi Eudes, lorsque celui-ci voulut le déposséder de son comté. Le neveu de ce seigneur, qui porte aussi le nom de Guillaume, succéda à son oncle dans tous ses États ; ce fut le dernier comte de Bourges. Il est assez difficile de décider auquel de ces deux barons appartient la monnaie que je publie.

La présence d'un monogramme qui n'est pas celui de Guillaume, mais qui paraît être une copie altérée du nom de Charles, doit faire supposer que cette pièce est une imitation des deniers royaux carlovingiens. Si on la rapproche de ces deniers, on trouvera que sa fabrique présente quelque ressemblance avec les plus récents de tous. Je pencherais donc pour l'attribution à Guillaume U.

Je vais donner le tableau chronologique des événements qui se sont accomplis pendant la vie des deux Guillaume. Le lecteur jugera auquel d'entre eux les circonstances ont pu permettre l'usage des droits régaliens.

886 — Guillaume l*"" succède à son père Bernard.

887 — Règne d'Eudes. Guillaume se déclare contre lui.

888 — Eudes dépouille Guillaume de son comté, el nomme Hugues à sa place.

EUDES / / 892 — Guerre entre Eudes et Guillaume.

893 — Guillaume fait la pair avec Eudes, qui lui restitue Bourges, et le crée duc d'Aquitaine. 898 — Mort d'Eudes.

COMTE DK BOURCES.

r.HARLES LE SIMPLE. .

918 — Mort âe. Giiillaiimp.

Guillaume II enli-p en possession de la ville de Rourf^es. RienhM apr^s il i?$t chnss4 par les hahilants. Il reprend eelte ville.

022 — Elle lui esl enlevi^n de nniivenn, Rf-pne de Roberl.

933 — R^pue tic Raoul.'

92i —.Raoul rend BruirRes h Guillaume.

l^ft- Guillaume fail la guerre aii i-oi Raoul, il csl elioEsâ de ses possessions. Bientôt après, il renlrc dans Rourfics, le roi ayant élé obll|ié de s'éleifmei' pour aller enmballre les Hongrois.

927 — Guillaume meuri (suivant la ehroniquc de Fln- HoHrd).

Après la mort de ce prince, la ville de Bourges fut gouvernée par des vicomtes hi^réditaires, dont le dernier, Eudes .Irpîn, céda sa vicomte au roi Philippe I", vers l'an UOO.

En supposant que notre pièce appartint au second des Guillaume, et qu'elle eût été frappée pendant la dernière année de sa vie, on a \h encore un denier antérieur d'au moins quinze années à la monnaie de Richard I", duc de Normandie (912-96), jusqu'ici placée en lète de la collection de nos monnaies baronales. Il me semble que ce fait est do nature à intéresser vivement tous ceux qui s'orcupenl de l'histoire et des usages de nos anciennes provinces.

TRIENS DE DOROYERNIS

(Extrait du tonrip V de la Bevite mtmt'jfmatiqtte, 1840,

pp. 435-438. )

Le n'* 2 du 3« volume de la Chronique Numismatique de Londres contient la letlre suivante que je traduis et quej^^ ferai suivre de quelques réflexions.

« Sur un triem d or portant : DOROVERNIS CIVITAS.

« L'opinion de M. de Longpérier, exprimée dans le Numnniatic Journal, vol. II, p. 232 (1), que le beau triens d'or avec la légende Dorovernis civitas au revers, est un spécimen de l'ancien monnayage saxon, frappé à Canterbury est, j'en suis persuadé, juste ; et je ne doute pas que les objections que vous avez faites contre son attribution, à cause de la désinence quelque peu inusitée IS; ne soient annulées par les preuves que j'ai rassemblées touchant la forme de l'ancien nom de la cité de Canterbury.

« Nous avons des chartes d'Osuuini, A. D. 675 (voy. n*Ym dans le Codex diplomaticus de la Soc. historique) de Hlolhari, 675 (n^ix), de Suabhard, 676 (n*»xiv), d'Eadric, 686 (n«xx\ni). de Wihtraed, 696 (n° xli), de Eadberht, 761 (n« cvii), d'iElhilberht, 762 (n*» cvm), et d'Ecgbehrt, 778 (n"cxxxu), tous rois de Kent; de Dumweald, minisire d'^Ethilberhl, 762, et d'Offa, roi de Mercie, 764 ; dans toutes lesquelles nous trouvons 1&

(1) p. 11 du présent Tol urne.

TRIEXS DE DOROVERNIS. 45

forme Dorovenm ; et quant à cela nous ajoutons que partout où la cité de Canterbury est mentionnée dans Thistoire ecclésiastique de Bede, son nom est orthographié comme dans les chartes (excepté que nous avons un U à la place du second 0). On ne peut pas douter que pendant toute la durée du vu® siècle, et la plus grande partie du vni*, la cité métropolitaine ne fût connue sous le nom de Dorovemis, Vers la fin du vni° siècle le nom subit une altération. Dans une charte de 790, je trouve le premier exemple de Dorobernia, attendu que je ne prends pas en considération les deux copies corrompues d'une charte d'iEthilberht, en 60S, où nous irou\ons k la fois Dorovemis et Dorohemia, ni la pièce fausse qui serait une charte de Tarchevèque Augustin.

« Des lors qu'il est certain que durant le vu*" siècle le nom de la cité de Canterbury était écrit exactement comme sur la monnaie qui nous occupe, les arguments de M. de Longpérier, produits dans la Revue Numismatique (1838, p. 471), acquièrent une nouvelle force. La remarque que vous avez faite que, si les Anglo-Saxons eurent une monnaie d'or, c était là lespèce de denier qu'il fallait chercher, était parfaitement juste (1).

« Cette question longtemps débattue doit donc maintenant Mre considérée comme résolue. Et le triens de Canterbury, comme le sol d*or d*Édouard le Confesseur, du cabinet de M. Spurrier, doivent être admis comme des preuves que sous

11) M. Cartier traduit ainsi le deruicr passage de l'article de M. Akermau:

« £a répudiant cette curieuse nioauaie, nous dirons simplement que si les

Saxons avaient réellement. frappé des monnaies d'or, cette empreinte pourrait

<*tre prise en considération; mais ce monnayage, selon nous, n'a pas la

moindre probabilité, o

Voici le texte : In distnissing this curiotui coiHf we hâve merely to oùset^e /Art/, if the Saxons i*eaUy struck goldj this is the description of pièce vohicli inifjht be looked for; ont ofsuch a coiftage we appear to hâve no évidence vshaterer.

Mot à mot : u Eu cuuffédiaut cette curieuse médaille, nous avons seulement d observer que, si les Saxons frappèrent réellenieut de l'or, celle-ci est l'espèce de pièce à laquelle on s'altendrait ; mais d\m tel monnayage il semble que uous n'avons aucun exemple (témoiffnage}. »

To look for a toujours signifié : chercher, s'attendre à; aprrs tout, je ne fais «i'tte remarque que dans l'intérêt des études grammaticales.

46 TRIt!:i\S DE UOHOVEKMS.

t'Ueptarcbie aussi bien que iious la Monarchie, les monnayeriez saxonnes ont émis des espèces d'or. En considérant qae le nom du monétaire esl grec, nous ue pouvons pas hésiter à faire remonter la date du trîens au commencement du \-n' siècle et à le regarder comme l'ouvrage de quelque artiste amené dans le pays par Augustin et ses frères de mission.

i< Je ne veux pas terminer sans appeler votre attention »ar une des plus intéressantes monnaies de la série anglo-saxonne. C'est un denier d'Ecgberht, publié sous le numéro 158 dans l'ouvrage de M. Ilawkius, et qui, d'après la légende qu'il porte au revers : ZCZ ANDREAZ est, sans aucun doute, un reste de la monnaie ecclésiastique de Rochestcr, et, comme tel, unique. Saint-André est le saint patron de la catbi5dra)e de cette ville.

<( Tout à vous.

Il Daniel H. Uaigu.

«Leeds, 10 juin 1841. -

Lorsqu'on 1838 l'éditeur du Numismatic Journal refusail d'admettre comme anglais le tiers de sol que je lai avais fail connaître (refus qui tenait à ce que cette pièce était d'or, ce qui dérangeait l'ancien système dans lequel on repousse toute monnaie de ce métal de la série saxonne), ce savant se fondail principalement sur la forme du nom de Canterbury, qui, suivant lui, ne paraissait dans aucun document avec la terminaison IS. Maintenant que, grâce aux recherches de H. Daniel Haigh je me trouve avoir dix fois raison quant à la forme orthographique, je crois devoir ajouter une remarque, c'est que le mot civitas {qui n'a pas paru d'une grande importance à M. Cartier, puisqu'il l'a supprimé dans sa traduction^ rend impossible toute attribution du triens à une ville de la Gaule. Les lieux qui s'intitulaient civitas n'ont pu, par cela même qu'ils étaient des résidences épiscopales, être complètement oubliés. Les annales ecclésiastiques nous en conservent toujours quelque trace. Il esl encore bon d'observer que le triens de Itoroveniis est d'une fabrique complètement différenic du celk

TRIENS DK OOltOVEK.MS. il

(les monnaies mérovingiennes. Il n'est pas jusqu'à sa croix ancrée, qu'on ne retrouve sur aucun tiers de sol franc, qui ne vienne lui donner un caractère étranger à notre pays.

Voici ce que j'ai k présenter en faveur de mon opinion qui, jti dois le dire, est partagée par des numismatJstes dont les lumières m'inspirent la plus grande confiance. Quant & la prétendue défense que j'aurais adressée, il y a deux ans, à M. Cartier, je puis affirmer qu'il n'en est absolument rien. Une note informe, tracée à la hâte sur un fragment de papier, communiquée confidentiellement à M. de la Saussaye, qui m'avait demandé mon avis sur l'arliclc de M. Akermann, voilà ce que l'on a donné comme ma réponse (1). Du reste, j'étais aussi Ititu de supposer que l'on put imprimer ma note, que de l'idée même que M. Cartier s'occupât le moins du monde de cette question.

;l) V. Heiup numiamuli'/ue, 183)f, |>. Hl.

(Extrait du tome XV des Mémoires de la Société des Antiquaires de France,

1840, pp. 388-397.1

On conserve dans piusieui's collections d'antiquités des ligures de fer, en général d'assez petites dimensions, et se rapportant toutes, avec quelques légères variétés, à un type commun.

Ces figures, dont Texécution est assez grossière, représentent un personnage barbu, aux cheveux longs, et dont tout le coi'ps est velu. Les plus complètes sont armées d'une massue et quelquefois d'un bouclier : d'autres, auxquelles ces appendices ont été enlevés, nous laissent voir les trous ou les attaches qui avaient servi à les fixer. Leur attitude d'ailleurs ne permet aucun doute siu* la nature des objets que le fabricant, je n'ose dire l'artiste, leur avait placés dans les mains.

Quelques amateurs ont pensé que ces statuettes appartenaient à l'époque celtique, et depuis qu'un des compilateurs anonymes qui rédigent le Magasin pittoresque en a publié deux (i) qu'il qualifie sans hésitation à* Hercules gaulois^ cetlo attribution a joui d'un certain crédit.

D'abord, et sans entrer plus avant dans la question, on aurait pu trouver surprenant que des monuments de fer d'une si haute antiquité nous fussent parvenus dans un état aussi parfait de conservation, car c'est à peine si les figures dont je parle

(1} Magasin pitt,, année 1836, p. 332.

FIGUUhNES DE FER. 4i>

sont teiulée» d'une légère couche de rouille, tandis que les haches et les ceinturons que Ton rencontre dans les sépultures des Francs sont presque toujours dans un état d'oxydation extrême. Ces derniers objets seraient cependant de cinq cents ans environ plus modernes.

Une autre objection, moins matérielle, mais plus imporlante peut-être, devait se présenter encore assez naturellement à Tesprit ; les Celtes ont-ils jamais fabriqué de petites idoles du genre des lares romains ou étrusques ?

Or, rien n*est moins certain. Si j'osais même dire mon opinion tout entière, alors que le temps me manque pour faire valoir les raisons sur lesquelles elle est fondée, je nierais Texistence de toute espèce d'images de ce genre chez et' peuple.

Ce que nous savons de Tesprit des Celtes, des principes religieux entretenus par les druides, nous porte à croire que la représentation de la divinité sous la forme humaine n'eût été ni comprise par le peuple, ni tolérée par la caste sacerdotale : cela, à une époque où Ton n*employait même pas le ciseau dans la construction des autels ou des sanctuaires. Car si les figures de fer qui nous occupent étaient gauloises, il faudrait assurément les considérer comme antérieures aux statuettes de bronze qui représentent Mercure et dont notre pays semble avoir été inondé après la conquête romaine. Jusqu*à présent on n'a jamais rencontré aucun Mercure de fer.

On a publié à la vérité comme gauloises quelques figures d'un travail barbare et qui portent parfois des inscriptions ; mais il est facile d'y reconnaître des monuments propres aux Gnostiques, aux Ophites ou même des créations Baphométiques.

Je reviendrai au reste plus au long sur cette classe de figures, dont je ferai connaître plusieurs variétés inédites.

Enfin, voulût-on, malgré toutes les raisons que je viens d'exposer, voir dans nos figurines de fer des divinités gauloises, le nom d'Hercule qui leur est appliqué serait bien malheureusement choisi puisque parmi les dieux de la Grèce,

dont, suivant César, le culte se serait introduit chez nos premiers ancêtres, il n'est nullement question du fils d'Alcmëne.

La solution du problème dont je viens de faire coonaitre les données nous est fournie par un monument de la collection de M. Alfred Lorne, à Sens, amateur dont le zèle sauve chaque jour de la destruction de précieux débris d'antiquités.

C'est une figure de fer tout à fait semblable à celles que I'oq connaissait jusqu'à présent ; mais qui est fixée par le dos sur une plate-baiide de fer ; les pieds sont supportés par un cul-dflampe gothique, et elle est surmontée par un clocheton donl le style rappelle les sculptures en bois ou en pierre qui omenl nos vieux monuments. J'ai reconnu que toutes les autn'i^ figures conservent des traces du tenon qui les rivait à I& platebande ; il est donc impossible de douter qu'elles n'aient eu la même destination que celle dont je viens de donner la description.

Un examen attentif m'a convaincu que celle-ci n'était autnchose qu'un montant de serrure du xiv» ou du xv« siècle, il suffirait au reste, pour s'assurer de la réalité de cette date, de jeter les yeux sur des méreaux du xiv* siècle qui nous montrent un écu de France tenu par un personnage velu entiërement semblable à nos figurines (1).

Ces objets une fois rendus à leur époque véritable et à leur destination réelle, on s'explique alors facilcmeut et le métal dont ils sont faits et lem' excellente conservation.

Il est encore une circonstance dont on ne peut se rendre compte qu'en se reportant aux usages des artistes du moyeu

(1) Oa \Ai]l eu luÈine temps ici que Vécu de Krauce est gardé par ce pcmiDa&ge.

KIOlBhNKïl UB VER. ot

àfxv : c'esi l'ahaencc de Aese chez plusieurs des ligurines de Fer. Oetle particularité prouve suraboudauiment, selon moi, que leur origine ne peut être bien ancienne; car j'y vois un sïg-no certain de l'influence des idées chrétiennes.

On peut juger de ce que je viens d» développer par les dessins que je dois au talent de mon collègue et ami Muret, dont lo crayon sait si bien exprimer le style particulier aux (Buvrvs d'art de chaque siècle.

Maintenant, que représentent] ces iigures, et quelle peut être leur signification comme ornement d'une serrure?

52 FIGURINES DJi FER.

A mon avis, c'est un géant ou sauvage, et sa fonction est de veiller à là sûreté des personnes ou des richesses, suivant que la serrure fermait une porte de maison ou un coffre.

Cette explication, qui peut paraître forcée au premier aspect, a besoin d'être un peu étendue pour être mieux saisie (i).

Premièrement, la villosité est un signe de vigueur corporelle qui a toujours été attribué aux géants, comme aussi un indice de Fétat de nature qui servait à caractériser les sauvages. Dans Tantiquité nous voyons la dépouille des géants confondue avec celle des bêtes velues.

Hercule, suivant Plolémée Héphœstion, n'était pas revêtu de la peau du lion de Némée, mais bien de celle d'un certain Léon, un des géants qu'il avait tués (2). Minerve se couvre de la peau du géant Pallas (3) ; Hermès écorche le géant Âscus et se sert de sa peau pour en faire une outre.

Ces vers de Claudien :

Hic prodigiosa gigantum

Tergora dépendent, et adhuc crudele minantur Affixœ truncis fades (4)....

emploient pour désigner la dépouille des géants les mèoies expressions dont se sert Virgile en parlant des peaux de bœufs dont on composait les cestes : .

.... Tantorum ingentiii septem Terga boum (5)

Tout le monde connaît encore l'histoire de la mascarade du

(1) On pourrait me répondre avec Saacho : « Mire vuestra merced qae nquellos que alli se parecen no son gigantes sino molinos de Tiento. >• J*en profiterais pour faire remarquer que si Cervantes a introduit dans sou admirable livre Tépisode ridicule des géants, c'est que les romans de son temps en remplissaient leur pages en leur donnant le rôle de geôliers des princesses enchantées.

(2) 'U; 0 *Hpax/.yi; oO)(i to toO Ne|i6siQU Xlovro; 6ipac V){Aict<r3(eT0, aXXà Acovro; Ttvo; Ivb; t&v yivâvTwv, eut ii.ovo|iaxta; icpo<ncX'i^ffei;, C9' 'HpaxTiouç àvv2pr,{Ji£vov. Phot., Biblioth,, cod. CXC, p. 484.

(3) ApoUod,y I, 6, 2.

(4) De Rapt, Proserp,, lll, 339, 41. — Cf., pour les rcchcrclies sur les géaoU, J. de Witle, Annales de Vlnst. archéol,^ t VI, p. 347.

(5) JEneid., V, 404-5.

malheureux Charles VI et de ses courtisans, qui pour se transformer en sauvages, s'étaient revêtus d'un costume enduit de poix et couvert d'étoupes.

Dans les Mille et une Nuits, ce recueil d'un prix inestimable dans lequel se retrouvent toutes les croyances populaires dos Orientaux, nous voyons figurer des sauvages couverts de poil rouge :

Quant à la qualité de gardiens, de portiers, que j'ai donnée aux g^éants, elle se trouve suffisamment justifiée par un grand nombre de passages de poètes de l'antiquité et du moyen âge.

Nous savons que Jupiter enfant avait des géants pour gardiens (2), que les Titans enfermés dans le Tartare étaient sous la surveillance des géants (3), que le géant Talos faisait trois fois par jour le tour de l'île de Crête pour en défendre l'abord aux étrangers (4). Si les versets 26 et 27 de la V* sourate du Coran ne prouvent pas que la terre de Chanaan était gardée par des géants, ils font voir du moins que telle était la croyance des Orientaux au vin® siècle :

Au reste, les contes arabes sont remplis de géants qui gardent les trésors, les châteaux, les princesses.

Les romans occidentaux nous en présentent tout autant. Dans les vignettes des plus anciennes copies du roman de la Rose, le dangier qui éloigne l'amant du jardin est représenté comme un géant entièrement velu et armé d'une massue.

(1) Histoire de Sindebad-^l-^ahri^ ÏII* voyagp.

(2) lliad., A, 401.

(3) Hésiod., Theog., 735.

(4) ApoIIod., ï, 9, 26. Cf. J. de WiUe, Revue numinnalique, t. V, p. ISS.

(5) Cof\, p. 93, éd. Redslod. Leipsig, 1837.

Dans la Bible des poètes (i) nous voyons Cerbère défendre rentrée des Enfers sous la forme d'un géant velu à trois tètes.

Une tradition allemande place les mines d'argent du Hartz sous la protection d'un géant.

On le voit figuré sur les thalers des électeurs de Brunswick et de Hanovre, qui étaient les propriétaires de ces mines, avec les traits d'un colosse velu, ayant quelquefois les reins ceints d'une couronne de feuillages et tenant à la main un tronc d'arbre déraciné.

Enfin les portes de nos églises sont ornées de la figure d'un géant. Il se plaçait au premier pilier et semblait constitué en gardien du temple.

Par suite des changements tout extérieurs introduits dans l'art par le christianisme moderne, ce géant est devenu un saint Christophe ; mais à Notre-Dame de Paris il avait conservé son caractère primitif; aussi Dom Martin Tavait-il pris pour un Jupiter gaulois.'

On sait que dans les mascarades et dans les fêtes des villes du Nord, genre de spectacle dans lequel reparaissent dans toute leur naïveté les traditions les plus anciennes, ce sont toujours des sauvages qui gardent et escortent l'objet principal de la cérémonie.

Enfin la barbe des sapeurs de nos régiments n'est peut-être que là dernière expression infiniment abrégée de la villosité qui doit être inhérente à l'idée de force et de défense dans sa double acception de résistance et de cause d'effroi.

Quand même on n'accepterait pas la valeur symbolique que je donne avec une conviction entière aux figures de fer que je viens de faire connaître, on ne pourra du moins contester, ji> le pense, la nouvelle dale que jeleur assigne, et cela seul peut mériter l'attention des archéologues.

(!) Par Antoine Vérard, 1493, f« lxxv, reclo.

FlfiURI-NKS DE FER.

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