LETTRE A M. LOUIS DE LA SAUSSAYE
double différence n'exprime-t-elle pas assez exactement le rapport de la bienfaisante obscurité dans laquelle s'écoule mon existence de travailleur, avec votre situation considérable et méritée? Mais entre nous la vieille et sincère affection égalise tout. D'ailleurs cette Moselle en miniature aura encore pour vous le mérite de rappeler le temps où nous allions visiter à Metz notre cher et savant Saulcy, alors qu'il inaugurait par quelques essais excellents cette longue suite de travaux qui a illustré son nom.
Quod 8% tibi, dia Mosella, Smyma suum vatem, vel Mantua clara dedisset. Cederet Iliacis Simois memorattis in oriSy Nec prx ferre suos auderet Tibris honores.
Ces vers d'Ausone me reviennent à la mémoire en considérant le médaillon de Constantin, dont Torigine me semble parfaitement indiquée par la marque P. TRE. C'est bien dans la première officine de Trêves qu'il a été frappé, et l'enceinte que nous avons sous les yeux est celle de la ville à laquelle le poète aquitain donnait le quatrième rang dans une autre composition consacrée aux plus nobles villes de l'Empire :
Imperii vires quod alit quod vestit et armât, Lata per extentum procurrunt mcmia coUem. Largus tranquillo praslabitur amne Mosella.
Vous le savez, mon cher ami, Trêves conserve encore parmi ses ruines une magnifique porte monumentale, ornée de deux tours à quatre étages décorés de colonnes. 1a porta Nigra est célèbre, et l'on serait tenté de la chercher sur le médaillon de Constantin. Mais depuis qu'elle a été déblayée par les soins du gouvernement prussien, nous en connaissons l'ordonnance, et nous savons qu'elle présente deux larges baies comme la porte d'Auguste à Nimes (1). Ce n'est pas là ce que nous voyons sur le médaillon.
(1) Voy. Alexandre de Laborde, Lef Monuments de la France, t. I<", pL XCII, deuxième vue de Trèyes. — C. W. Schmidt, Baudenkmale der rœmischen Période und des Mitielalters. Trêves, 4843.