‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 194 sur 280 · ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

ROI DE FRANCE

(Extrait du tomi^ IX do la Revue numhmaiiq ne, 4844,

pp. 93-96.)

Le plus souvent, lorsqu^on rassemble toutes les variétés de types des monnaies d'un prince ou d'une ville, dans le but d'écrire un chapitre complet, on emprunte à d*anciens ouvrages des dessins incorrects, qui viennent, il est vrai, grossir la collection, mais qui, en réalité, l'appauvrissent, puisqu'ils conduisent inévitablement à dos erreurs.

Nous ne saurions trop répéter qu'il est indispensable de se rendre bien compte de l'origine dos figures de monnaies publiées dans le siècle dernier. Souvent les monuments existent encore dans les collections publiques, et des numismatistes trop confiants, les prônant pour des pièces différentes de celles qu'ils trouvent dans les ouvrages de Le Blanc ou de Duby, reproduisent c6te à côte deux empreintes dont une est imaginaire, et se donnent le trouble d'expliquer et do faire entrer de vive force dans la science un type qui n'a jamais existé.

Le Blanc a publié (Traité, p. 71 , n* 4) un denier qu'il commente ainsi : « Il me semble qu'on peut lire sur la dernière de ces monnoyes le nom de PipinuSj y ayant un P. et un V- entre

15r» OBSERVATIONS SLR QUELQUES DENIERS DE PÉPIN,

deux I, un N. et un S. à côté, ce qui fait Pipinus, le P. servant pour deux, ce qui est fort ordinaire sur les Monnoyeset sur les Médailles anciennes. Je ne scays ce que sig^iifient les doux lettres R. P. qui sont de l'autre côté ; j'ignore pareilli^ ment à quelle iin on a mis tous ces points dispersés entre les lettres de ces quatre monnoyes. »

Les auteurs de la Description complète et raisotmee desmonnaies de la deuxième race^ qui ont donné, sous les n~ 4. 6, 279, 280 et 379 de leurs planches, cinq dessins de ce mêint* denier, ont imprimé dans leur texte un nombre presque égal d'interprétations de la légende du revers. Il est vrai de din* que dans ces planches le denier a été tantôt copié sur les originaux, tantôt sur d'anciens dessins, et disposé de façon quo les lettres qui en occupent le champ sont tantôt placées dans leur sens naturel, et tantôt mises sur le côté. Ainsi, danslVxplication du n"" 4, calqué sur la gravure de Le Blanc, les auteurs lisent d'un côté PIPINVS, et de l'autre R P, qui indique, selon eux, REX PATRICIVS, bieti plus que Rex Pipintis. Sur lo n* 6, emprunté à Eckhard, ils voient avec cet antiquaire, METALLO sans difficulté. Le n'» 279 (copie du denier consené au Cabinet de la Bibliothèque Royate, et dont le dessinateur de Le Blanc s'était servi) leur permet, après un examen pltfs attentifs de lire AVGTDVNO pour augustoduno, c'est-à-dire Autun ; et, se fondant sur le denier 280 (qui est une pièce fausse), ils n'hésitent pas à affirmer que le denier 279 et inédit est différent de celui qu'ils avaient publié sous le n*" 4, d'après Le Blanc. Enfin, sous le n' 379, nous retrouvons la même monnaie avec cette explication : « Pourrait -on y déchiffrer AVTRDVNO? Serait-ce MONETA TREVERIS? »

Cette dernière version, de beaucoup la meilleure, aurait pu décider les deux auteurs à revenir sur leurs premières idées ; mais ils n'ont en aucune manière exprimé un changement d'opinion que l'on était en droit d'attendre d'eux, après la production de monnaies si faciles à comparer entre elles.

Nous donnons ici la figure d'un nouvel exemplaire du denier de Pépin, que nous a communiqué M. Lagrenée. H <^^l

HOl DE FRANCt:. io7

impossible de n'y pas voir MON. TRÂI, légende dont les lettres sont disposées en trois lignes séparées par des barres, particularité tout à fait propre aux deniers de Pépin et de Charlemagne. Ce sont ces deux barres que Le Blanc avait prises pour les tiges d'un P et de deux I. Au lieu donc du mot PiPinYS en monogramme, il n'y a en réalité sur ce denier que le nom d'Utrecht, et nous devons dire que sa fabrique, qui se rapproche tout à fait de celle des deniers de Mayence et de Duertedt, cadre parfaitement avec la nouvelle attribution que nous proposons ici.

Mais, et ceci est un des avantages qui doivent résulter d'une interprétation raisonnable, nous sommes immédiatement débarrassés de la difficulté qui résultait de la lettre P du revers ou plutôt du droit. U était impossible de voir d'un côté PIPI- NYS et de l'autre Rex Pipinus. De là la nécessité d'introduire dans le protocole numismatique les expressions de Rex Patridus ou de Romanorum Pairicius, qui ne sont guère justifiables. Si l'on admet que les deniers en question portent le nom d*Utrecht, les lettres R.P. sont les initiales de Rex Pipinus^ et cela est d'autant plus certain que ces lettres ne se retrouvent pas sur ceux des deniers qui portent le nom entier de Pépin, PIPINYS eu deux lignes ; elles sont, sur ces monnaies, remplacées par R. F., Rex Franconim. Becker, ou le faussaire qui a produit le denier sur lequel un A est attaché au P (voy. Descrijjt. complète et raisofmée^ n*" 6 et 280) a fait comme tous les faussaires ; il a donné tête baissée dans une grosse erreur fondée sur un examen beaucoup trop superficiel des monuments, et son PAtricius est le stigmate qui servira à signaler aux yeux des antiquaires une niaise contrefaçon. En numismatique tout s'enchaîne et se lie, et la plus légère erreur en entraîne d'autres à sa suite, qui tombent du reste avec leur cause première, lorsqu'on les soumet toutes ensemble à un jugement impartial.

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