PAR LES ROIS D*ARAGON, COMTES DE BARCELONE
( Extrait du tome IX de la Reçut numismatique, 18M, pp. 218-294. )
Au pied des P^Ténées, sur la côte la plus méridionale de la Gaule, s'étend une petite province qui sépare le Languedoc de la Catalogne : c'est le Roussillon, qui, dans Torganisation actuelle de la France, constitue le département des Pyrénéen- Orientales. Sa ville principale est Peq>ignan.
La capitale de Theureux pays qui. suivant l'expression d un auteur catalan : gosa de si tôt lo que nécessita una terra sens tenir de valerse de altri f , était connue des Romains sous le nom de Ruscino. Pomponius Mêla dit : colonia Jtuscàw, el Vaillant, ayant lu sur le revers d'un moyen-bronze d'Auguste la légende COL'RVSLEG'VI, attribua cette monnaie à la coU>nie mentionnée par le géographe. Eckbel, Mionnet et en dernier lieu M. de la Saussave, ont admis cette attribution : ce dernier cependant nous a fait connaître les difiérentes raisons que M. Tocbon d'Annecy et M. le marquis de Lagoy aUéguaient pour ou contre ^2] .
Tous ces numismatistes n'ont fait que discuter rinterprélalion de la légende COL'RVS. sans soupçonner que sa réalite put être contestée.
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MONNAIES FRAPPÉES POUU LE KOUSSILLON. io9
D'un autre côté, un antiquaire allemand, M. de Uauch, publiait à Berlin (1) une monnaie coloniale d'Auguste, frappée à Bérytus de Phénicie, avec le nom de P. Qtnnciilius Varus^ sans paraître se douter que cette monnaie est précisément la même qu'avant lui on classait à Ruscino, préoccupé qu'il était probablement par le souvenir de la lutte du général romain et du patriote Hermann (2).
Que ce moyen-bronze dont M. de Rauch nous donne une excellente figure, soit bien réellement fabriqué à Bérytus, c'est ce dont on ne saurait douter, lorsqu'on le compare aux autres monnaies de cette même ville ; tant à cause du type des deux aigles légionnaires et drs deux enseignes, qu'en raison du style de la gravure dont l'origine syrienne se révèle surtout dans le grenetis, formé de petits traits allongés ; particularités dont on chercherait vainement un exemple dans la Gaule (3).
Quant à l'identité du type des monnaies de Bérytus et de celles qu'en France on range à Ruscino, c'est encore un fait qui ressort immédiatement du rapprochement des dessins de toutes ces pièces. On voit en effet que la légende IMP CAESAR AVGVSTVS plus ou moins tronquée, la tête d'Auguste et le grenelis qui l'entoure, sont entièrement les mêmes.
Si nous passons au revers, nous trouvons avec un type exactement semblable, des légendes qui au premier abord paraissent très différentes. Mais en regardant de plus près on reconnaîtra que dans la médaille de M. Tochon {n<^ l de la pi. xxni de M. de la Saussaye) la lettre L n'est que le haut de renseigne militaire ; EG'VI c'est p-QVI ; le N est confondu avec les ailes de l'aigle ; le C se trouve suivi de deux lettres, OL, qui me semblent empruntées aux anneaux de l'enseigne ;
[i) Zeitschrifl fur Mtinz-Sietjel-und Wappenkmde ; Berlin, 1841, t. I, p. 260, et pi. IX, !!• 4.
(2) Bekatiiit nus isl dii'Siî tluraolbe P. (juiurtirnijj Vurus, d«*r in der Schlacht im TeutoburKor Waldo mit 3 Lt^gioueu (lurch die Deutschen uatcr Ârminius eine ^tosso Niederlagc crlitt und solbsl s»daen Tod fund.
(3) CuUe tèt(; d'Auguste et ce greiK^is se voiiMit coiiiplèk'uient semblables t<ur uu moyen-broaze de Bérytu!<, ayaut uu revers It^ culou qui trace un silluu avec uue charrue attelée Je cleux bœufs, et la légeude COL. IVL.
i(>0 MOiN.NAIES FRAPPÉKS POUR LE U0USSILL0>.
la syllabe LVS, qui se voit très clairement sur les exemplaires de Paris et d'Avignon, est tout à fait supprimée ; enfin VARVS est réduit à RVS.
Je sais que le nom du général romain, en admettant ces transformations, très explicables du reste, se trouve écrit P.QVINCTILVS VARVS, mais le nom d'un étranger a pu facilement être altéré par le graveur de Bérytus, et cette supposition me semblera toujours moins extraordinaire que celle qui tendrait à donner à la Gaule une monnaie de style asiatique.
J'ai pensé qu'il était convenable de faire connaître le nouvel état de la question en ce qui concerne les monnaies de Ruscino, avant de décrire les monnaies du moyen âge, qui furent frappées dans ce même pays. Maintenant j'arrive au but principal de mes recherches.
Il était évident que le Roussillon avait eu sa monnaie pai'liculière dès une époque assez reculée. Nous n'avons pas encore, il est vrai, retrouvé de monnaies au nom de Louis le Débonnaire, fabriquées dans le lieu que ce prince nomme dans ses lettres Rosciliona ; et cependant nous connaissons de lui des deniers avec les noms d'Impurias et de Barcinona.
Une charte de 1130, donné par Févèque d'Elne, contient ce passage : « Ego Udalgarius, dei gratia, Helenensis episcopus, precipio huic Ecclesiaî ut sit obediens sua3 sanctœ matri Helenensi ecclesia^ et persolvat ei per unumquemque annum suuni censum, id est, denarium unum inonetœ Rossellœ^ in die cœfue Domijii (1). »
Il reste à savoir ce qu'était cette moneta Rossella; c'est-àdire si elle était frappée au nom de l'évêque ou des comtes. Je croirais qu'elle provenait de ces derniers, si je m'en rapporte à cette phrase des Titols de Honor : « Batrer y fer moneda, lo que podian de sa potestat los comtes de Rosello » (2), d'autant plus que dans le midi de la France, qui ne faisait pas partie du ser^ ment de TEmpire, les monnaies épiscupales sont très rares.
(1) Marca Hispanicaf p. 1269.
[2) Summan index dels admirables y nobilissimus iiiols de //o/ior, etc.,
p. nu.
PAU LKS HOIS D'AUAGO.N. 161
En 1178, Guirarl III, comte de Ccrdagne et do Roussilluiu malade, et se trouvant sans héritiers, consulta ses peuples pour savoir à quel souverain ils voulaient appartenir après sa mort (1) ; et il convint de léguer ses possessions au roi d'Aragon, qui en eifet hérita de ces comtés, et les donna, en 1185, à son frère don Sanche, en échange de la Provence.
En 1241, Nufiez*Sanche laissa par testament le comté de Roussillon à son cousin don Jayme, roi d* Aragon et seigneur de Montpellier, qui à son tour en dota un (ils du même nom que lui, qu il fit en outre roi de Mayorque.
G*est à ce prince que me parait appartenir le sceau dont voici la description (2) :
lACOBVS D€l GRA R€X MAIORICARVM. Jacques assis de face, tenant son sceptre de la main droite et soutenant de la gauche un globe crucigère.
iV COMCS ROSSILL CCRITAnie €T DHS MONTPLI. Jacques à cheval, armé de son bouclier et de son épée.
Le petit-fils de ce souverain, nommé don Jayme, comme lui, reconnaissait tenir en fief du roi de France la seigneurie de Montpellier et le Roussillon ; il était aussi vassal du roi d'Aragon, pour Mayorque. En l.*)4l, ayant donné des joules a Montpellier sans Tautorisation de Philippe de Valois, il fut mandé à la cour de France, et obtint par sa soumission' i|ue son puissant suzerain retirât les troupes qu'il avait envoyées en Roussillon. Le malheureux don Jayme eut k lutter toute sa vie contre le roi d'Aragon, don Pedro, qui s'empara successivement de toutes ses possessions. Le Roussillon fut désormais considéré comme une annexe de la Catalogne, et le droit de battre monnaie dans ces provinces dévolu au
(1) ()D troave dans le» TUols de Honor le ivcit naiftle lu proposition que lo vieux comte fit à se « peuph^s : « Drapn»» d»» av«»r goviTuat, ^raviit de nna doliMiciû, trobnntse sens fllU, convoca a molt» vas^aU è lo* syndirhft de les viles •• lorh» de Rossollo, ois quaU cxposÀ lo que vcyaii que per 80s dolfucies, y any?, uo podia vivcr molt, y corn a vertadors, lleals, y bous vnssalls li enin estât)», volià gralificar lo auior, y Uealtat ub que lo avion servit, y que deliberosseu de quin Key y S(*Dior volien esser «lespres de uo« dies. m
(2) Bucbou, Recherches et matériaux pour servir à une histoii^ des proiitices dcmemàrées de Vemyire tjrec^ après fa /!'• croisade, pi. V, n" 3.
T. IV. ï 1