PAR LES ROIS D'ARAGON
« Le même prince ordonna en outre la fabrication de réaux et demi-réaux au titre de onze deniers une obole comme les réaux de Barcelone, mais & la taille de soixante-quatorze au marc au lieu de soixante-douze ; malgré cette différence de poids les réaux de Perpignan étaient reçus pour la même valeur que ceux de Barcelone. »
Cette dernière assertion se comprend difficilement, surtout d'après ce que nous avons vu plus haut, que les deniers de Barcelone et ceux de Roussillon n'étaient pas reçus dans les provinces où ils n'avaient pas été frappés. Il est vrai que la différence de poids était bien plus grande.
Voici un real ou croat de Perpignan qui existe dans la magnifique collection de M. le conseiller Reichel, à Saint-Pétersbourg.
N« 5, -hFeRDINADDVS D6I GRACIA ' R " Buste couronné do D. Ferdinand, tourné à gauche.
1^. COM €S : ROSIL lODIS. Légende divisée par les bras d'une croix cantonnée de deux anneaux et de deux groupes do trois bosants; au centre de la croix, le différent monétaire P. Argent. Voy. page 163, n® 5.
En 1468, dans les Corlès réunies à Saragosse, don Juan nomma son fils Ferdinand roi de Sicile et l'associa au gouvernement de son royaume. En 1474, il devînt roi de Castillo.' Peut-être est-ce avant la mort de son père qu'il avait fabriqué il Perpignan ca croat sur lequel il ne désigne pas son royaume, n'indique pas la souveraineté de Barcelone, et se contente du titre de comte de Roussillon.
Bosch fait connaître encore quelques monnaies d'or qui avaient cours en Catalogne et en Roussillon.
« Dels privîlégis de tôles, y de les memories, y actes antichs consta averse fêtes moites especies de monedes différents, so os marabotins y altros dits morabatms alphonsim, lo valor, y preu dels quais consta en nostres lleys.
« Florins, y mig florins de or, de Arago, lo valor senyal, y pes, es en les pragmatiques, y privilegis dels reys don Père dat à Yalencia à 4 do les kalendes de abril 1349. Rev don
u;8 MONNAIES FRAPPÉES POUR LE ROUSSILLO.X
Marti dal à Porpinya, do mars 1406; altra dat a Barcelone al primer de mars i i09. Rey don luan dat à Valencia a 7 do abril 1393. Rey don Alphonso al provisio dada en lo castell a 8 «!•• ntnembrt^ 1433. Tatxal a raho de onse ftous dit Rev a]> altrn
praâmatiea dada en la terra de Bopria a 8 de laner 1 VST. FtMi la latxa a ralio de 13 sous Bareelones4is. y lo mig'-florin 6 soo^. 6 diners, y que 8 croals, y dotia diners fossen i«» florins dédites prasrmatiques, y pnivisions ronsla tambe del valor ilt-l eseut de or, v aixibe en la cimstilurio del Rev dim ï'eniando «Manv Ut3 I . ••
Li*s marahoivis S4»nl les mi^nnaies des Almoravides. princt-^ aralH's dont les Espasrnols altèrent le nom. et qui s^app^^Iaient ilaiis leur lansrue almnmbouiins^ c'est-ànlire les niarabout>. Les marabotins alplionsins siint les dinars d*or quWIpfaons*' Vni, fils de Sancho. faisait frapper à Tolède avec des lé^end*-^ arabes, qui, bien que chrétiennes, n'en sont pas moins imilét"^ di^ f<»nnules musulmanes 2 .
r BoB?oh. lit U d" B-'m:-. p. i>9 «i 4!
2* Les T«n*-t«s d«^ m^rti^*-e Hs eiiÀ'^^'itr soul «sè^a WMAi^MKBses. O*^^
•rAdI«»r îniitii.*" !!»•.*!'■%■« «-•*-wi* R-w^-Tn*»» ivr??-!*. EILfs oat ri* .lii:s ..r? annr^* liiX tiS*. I2±> et lii4 .1- 1>pp saÊantvae .Îl4i a 113e d-» J.-C . A»il*r n'A pa îi>* qn'ïia^ f^uti^ J»** l-j^^^ifs* H le se as 4e In fc«Bi*:* U pi 2f t-arva?^ lui n r'hap:»r. As^auni et W coale iJWjh* ï Toat bc- . Ir\i<.\>%». J^ TÛ$ «1 ^-an^r îi triiucti'*a d^ Xoa**^ 1^ formslfs. d'après va ex^A* («.'.ire ^ nKir&N'.ui qui ■ir>^»art:«'aK à U Bir*.>4h-^^^ R«>]rale. D»-4T. iVatnf : U3^ -t*> Ix. et an-de;?*.:-»»^ ea dr«x lise» : L'immm ée te^tM.^ <^'^>'*%e •> finq^ df A'«^. An-dessvMK. ALF. Antocr : J ik « w -t« P-fnf, du Fu< er dm Scnf*£ipr«f. em mt terni 1*^9 : or'w rifc- "-*'<J ef ^y. t< <«crf:*f- »-« «nvif. RraB$.Ceatn^ : l'rfc-r d^ -xi»:' jA», Alz-i^n». 4lr et Sancèe. ^me !>*•■
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PAR LES ROIS DARAGON. IfiO
Quant aux florins et demi-florins d'Aragon, ils forment une série à part qui n'a jamais été convenablement étudiée, et je donne ici la description de celles de ces pièces qui se trouvent dans le médaillior de la Bibliothèque Royale, en y joignant un gros d'argent qui s'y rattache par le type accessoire de la vache.
1336-87. — Don Pedro.
— +ARAGO REX • P. Fleur de lis h pied.
-f- S. lOHANNES. B. Saint-Jean debout :épée pour difl'érent. Florin d'or.
1395-1412. — Don Martin.
— ARAGO REX- M. Fleur de lis.
ï^. S. lOHANNFS * R " (sic). Saint Jean debout; dans le champ, de chaque côté, une petite vache. Pour difl'érent, M. Florin d'or.
M. Norblin possède un demi-florin au même t}'pe; et jusqu'à présent je ne connais pas de demi-florins frappés ailleurs qu'en Aragon.
1412-16. — Don Femand.
h FERDINANDVS ': D6I i GRACIA i REX • Tète couronnée
de face de Ferdinand dans un entourage formé de huit cintres. Dans le champ, de chaque côté, une petite vache.
1^. -h ARAGONVM \ ET MAIORICARVM ' Croix haussée cantonnée de quatre petites vaches et dans un entourage de cintres. Gros à la queue d'argent fin.
1416-58. —Don Alphonse.
— + ARAGO REX • A* Fleur de lis.
iV s ' lOHANNES B. Saint Jean debout ayant à sa droite un petit lion rampant, et h sa gauche une petite vache passant. M pour difl'érent monétaire. Florin de cuivre doré.
L'épée, comme on sait, se voit aussi bien que les vaches sur les monnaies du Béam*; ces diff'érents monétaires se retrou-
quer c<^8 légendes, run pour M. Bohl, Tautre pour M. LoJewel, ont pensé qtto dans la date le mot mille avait été supprimé, car il figure dans le dessin du iuirant Polonais, dont on connaît la scrupuleuse fidélité à reproduire les type?».
no MONNAIES FRAPPÉES POUR LE ROUSSILLON.
vent ici sur les florins d'Aragon où leur présence, il faut l^' dire, est assez difficile à expliquer.
Je rapporte ici les passages de Bosch, relatifs à d'autres espèces qui circulaient en Roussillon, et je dirai quelques mois sur leur nature probable.
<c Sous malgurosos corregueren on los dits comtats dois quais se fa mencio on los demes privilegis dels Reys Don Alphonso I, Pore I, laume I y altres et los quais consta tamb<^ del valor assonyaladament on lo dol Roy Don laume dat a los kalendes do agost 1238, in virtut del quai se prohibircn dils sous en Rossello, y en lloch de elle entraren los diners de tom de Barcelona(l).
Duby dit : la monnaie de Molgone avait cours en Roussillon, mais M. Bosch en ignore l'origine. Il en est parlé dans un grand nombre d'actes. Elle fut décriée on 1268, en 1273 et on 1350. On n'a pu découvrir à quel titre était cette monnaie ; on sait seulement qu'on taillait soixante-cinq, soixante-quatre, soixante-deux, et plus ordinairement soixante sous au marc.
Il semble que l'auteur du Traité des monnaies des barons n'ait fait aucune attention au texte que je viens de reproduire ; il aurait reconnu dans la monnaie de Molgone les sous Malguresos ou sous melgoriens, c'est-à-dire la monnaie do Montpellier. Nous savons que les évêques de cette ville copiaient los types arabes. C'était un moyen pour eux de donner cours à leurs espèces en Espagne, et dans toute la marche hispanique ; partout enfin où la monnaie arabe était en bon renom. On voit d'après la prohibition du roi don Jacques, ci-dessus rapportée, que les sous melgoriens, très certainement fabriqués à un titre inférieur à celui des dirhems musulmans dont ils usurpaient la figure, s'étaient répandus dans le Roussillon et qu'il était devenu nécessaire de les repousser. Je ne connais pas un seul acte constatant le besoin d'une pareille prohibition frappant les monnaies arabes, et il m'a paru au contraire certain que l'on adoptait presque partout soit le type
(i) Bosch, Tiiol de Honor, etc.. p. 460.
PAR LES UOIS D'ARAGON. i74
arabo, comme à Montpellier, à Apt, en Castillo où le roi Alphonse VIII frappait des marabotvis^ soit le nom générique qui dans la langue de Makrisi signifie une monnaie, ainsi que jo vais le faire voir.
Lo mancus d'or est évalué dans la seconde constitution des rortès tenus à Perpignan en 1551 par le roi PioiTe III d' Aragon, à seize deniers barcelonais do Tern,
« Sous de or, unsa, mancus, lIi\Ta, y allres especies de moncdes ques fabricavan en estos constats en temps dels comtes, y lo valor de elles aportan nostres usarges, y comentadors sobre ells (1). »
J'avais publié dans le Numismatic Chronicle (2), une monnaie d'or qui présente, avec des légendes arabes assez bien imitées pour qu'on y retrouve la date de fabrication et toutes les formules religieuses, le nom du roi Offa de Mercie, écrit en latin : OFFA REX. Quelque temps après Tidée me vint que cette pièce d'or devait être le mancuse dont il est question dans les auteurs anglo-saxons ; et j'établissais mon opinion sur Torigine même du nom ; car mancusa, ou mancus^ me parait être le mot arabe mancotisch^ qui veut dire une monnaie frappée (du verbe nacascha^ cudere). Du moment qu'il était prouvé qu'un roi anglo-saxon avait copié le type arabe, il paraissait probable que les espèces musulmanes étaient en faveur dans l'île, et par conséquent le nom de ces espèces avait pu se répandre avec elles. M. Akerman, dans le même recueil (3), approuva complètement mon opinion et la fortifia de considérations tirées de la comparaison du poids de la monnaie musulmane avec celui du mancus, ainsi qu'il est indiqué par Tarchevêque ^Elfric.
Au viïi' siècle ce n'était pas seulement en Angleterre que les dinars arabes étaient en circulation : Théodulfe, évêque d'Orléans, envoyé vers 798 par Charlemagne, en qualité de misstis dominicm dans les deux Narbonnaises, se plaint de ce
(1) Bosch, Titols de Honor, p. 460.
(2) Vol. IV, 1844, p. 232. ^ P. 106 du présent rolume.
(3) Vol. V. 1842, p. 122. — P. 112 du pnif»ent rolumo.
n2 MONNAIES FRAPPÉES POUR LE ROUSSILLOX
que Ton a voulu le corrompre en lui offrant de l'or charge» «i*caraclëres arabes :
hte gravi numéro nummos ferl divUis auri quo8 arabum sermo, sire charader arat (1).
J*ai réuni quelques notions intéressantes sur ce snjet et jf compte m*en servir pour la rédaction d'un travail sur la monnnie de la Narbonnaise au moyen âge.
« M. Bosch, dit encore Duby, parle comme en passanl dn droit de battre monnaie, accordé à la ville de Perpignan ; mais je pense qu'il ne faut pas confondre ce droit avec celui dont jouissaient les prélats, les seigneurs et quelques villes dont j'ai parlé jusqu'ici, et que ce n'est qu'une prérogative qui consistait à fabriquer la monnaie des rois d* Aragon, comtes de Roussillon, dans l'Hôtel des Monnaies, établi par ces princes. Barcelone jouit de la même prérogative, en vertu de privilèges royaux qui lui ont été accordés en différents temps. Quelques lignea plus haut, Duby avait rappelé l'existence d'une monnaie dite de bino, qui, autorisée par privilège du roi, en 1528, avait encore cours en 4598 (2). Duby rapproche ce nom de àùw de celui de duplo, donné à des sous fabriqués à Barcelone, en 1221, et il fait observer que la distance des époques s'oppose à ce que l'on confonde ces deux dénominations. Peut-être devrons-nous supposer que cette monnaie de binOy dont M. Bosch ne fait aucune mention, n'est que la monnaie i*» /nllo, dont le nom mal lu dans un manuscrit aura été reproduit par Xammar.
On connaît assez, au reste, les pièces de billon que Le Blanc a figurées à la suite des monnaies frappées pour Louis XIII, après la conquête de la Catalogne. Voici la description d'une de celles qui se trouvent au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Royale :
PERPINIANI VILLE. Écu en lozanges aux armes de Perpi-
(1) Sirmond, Varia Opéra, t. II, p. 1032. Ces vers curieux ont été tout récemment exhumés par M. Alexandre Hermand, qui les a cités dans son excellent livre intitulé : Histoire monétaire de la province d'Artois,
(2) Xammar, Civilis doctrina de antiquitate, etc.^ inclyt/e ciritaiis Barcinonx, 1644, mh^y p. 66.