MONNAIES FRAPPÉES POUR LE ROUSSILLON
roi. Nous trouvons dans le livre de Bosch, que j'ai déjà cité :
« Lo poder de fer batre moneda de or, argent, y qualsevol alires metalls, y materies en eslos comtats son regalies del Rey, que ningu sino ell te poder de irencai', fer, corrompe ni falsar, y qui contrari fa encara sia Prélat, Duch, Marques, Comta, ciulat, vila, noble, Baro, ecclesiastich, o sccular, o qualsevol altre, pot esse punit ab gravissimcs pannes tant segons nostres lleys, com del Dret cornu (I). »
Nous connaissons des monnaies de Barcelone frappées au nom des rois don Jacques II (1291-1327), don Alphonse IV (1327-36), don Pedro IV (1336-87), don Juan I" (1387-93), don Fernand (1412-16). Mais il n'est, sur ces espèces, encore aucunement question du Roussillon. Ce n'est que dans la première moitié du xvo siècle que nous voyons apparaître le nom de cette province, associé à celui de Barcelone, sur les gros d'argent et seul sur les deniers. Voici les pièces que j'ai retrouvées et qui paraissent être restées inconnues à Duby.
N' 1. + : ALF0nS9 : Dl. GRA. RX. ARAG. Tète d'Alphonse Y. tournée à gauche.
i^. COMS BARKDODA ROCIL. Légende divisée par les bras d'une croix cantonnée de deux anneaux et de deux groupes de trois points. Gros d'argent, page 163, n® 1.
N« 2. -^ ALF0nS9 Dl : GRA : REX. ARA. Tête couronnée d'Alphonse à gauche.
1^. COMS BARKQODA ROCIL. Même croix. Gros d'argent, page 163, n« 2.
N** 3. -f- ALFOnS Tête couronnée d'Alphonse à gauche.
^. +COMES ROCIL. Rameau. Obole debillon,page 163,n"3.
Le type du rameau est connu sur les deniers et les oboles de Valence.
(1) P. 189. Voici commeut le roi dou Pedro s'exprime au sujet de sa aïoiinaie de Catalogne, suivant les auteurs espagnols : « Como no sea permitido à algano bâtir moneda en Cataluua, sino à Nos, y que esta sea moneda Barcelonesa, y que se fabrique eu la ciudad de Barcelona; la quai se Uama moneda de teruo, y es ferma concession, y privilegio de los Reyes antecessores nu«tros. » V. Anales de Caialuna y epifogo hreve de los progressas, y fafnoaos Hechos de la nacion catatana, por don Narciso de la Pena y Farell. Barcelona, n09, in-fo, t. U, p. 210, col. 2.
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loi MONNAIES FKAPPÉES POUR LE ROUSSILLON
Don Alphonse V, qui commença à régner en 1416, ayanl élé adopté par Jeanne, reine de Naples, voulut se mettre en possession des États de cette princesse ; et presque tout sou règne s'est écoulé en Italie. Jusqu'ici même je ne connaissais do monnaies à son nom que des carlins d'argent imités de ceux de la maison d'Anjou. En 1423, il vint débarquer en Catalogne, après avoir attaqué Marseille et enlevé à cette ville le corps de saint Louis, évèque ; c'est probablement à cette époque qu'il fabriqua les gros que je viens de décrire, et sur lesquels son visage offre une apparence de grande jeunesse.
D'un autre côté nous trouvons, dans l'énumération des espèces qui avaient cours en Roussillon, la phrase suivante :
« Croats d'argent com se avian de prendre, y aquin prcu fonch taxtat en dita pragmatica dcl any 1283 y en la provisio del Rey don Alphonso dada en la castell a 8 de novembre 1453 (1), » qui fait voir que sur la fin de son règne don Alphonse s'occupait de sa monnaie catalane.
Les croais sont en effet précisément les gros d'argent que je viens de faire connaître, et leur nom, comme le type du revers, ferait supposer avec quelque raison qu'ils étaient le prototype des tjroats anglais, plutôt que les gros tournois de France, qui ne portent jamais de tête et présentent le type si connu du chdtel, qui se trouve toujours sur les imitations de la Flandre et de l'Allemagne.
Le réal à Barcelone et dans le Roussillon s'échangeait contre un nombre différent de deniers, de sorte que ces deniers qui n'étaient pas au même titre, n'avaient pas cours d'une province dans l'autre, ainsi que nous le voyons par le passage suivant :
« Aixibe en tota Cathalunya, y comtat de Barcelona lo real val y se parteix^ y cambia sols ab vint y quatre diners de mo* neda de billo, y en los comtats de Rossello, y Ccrdanya en quaranta diners, y très sous y quatre, dels sous de 'la moneda de billo se fabrica en Perpinya, demanera en les monedes, y
(1) Boscb., Tiioli de Uunur, p. i90.
PAR LES ROIS D'ARAGON. Km
valua de elles dénota la différencia hi a entre lo districte, v terra de Cathalunya de la de Rossello, y Cerdanya. Ames la moneda de billo de Perpinya corr ygualment per tôt Rossello, y Cerdanya, y no en Cathalunya, y aîxi mateix la de Cathalunya, no en Rossello, y Cerdanya (1). »
Ceci nous explique pourquoi sur les deniers et les oboles nous voyons le nom du Roussillon figurer seul ; tandis qu'il est uni comme je Tai dit plus haut à celui de Barcelone, sur les gros d'argent.
Voici une monnaie du frère et successeur de don Alphonse, de don Juan qui était en mAme temps roi de Navarre.
N* 4. -+- lOANNES REX. TAte couronnée de Juan, à gauche.
1^. COMES ROCILI. Rameau. Denier de billon. Cabinet dos médailles de la Bibliothèque Royale.
Don Juan était parvenu au trône d'Aragon en 1458, et les commencements de son règne furent très agités. Les Catalans se révoltèrent et se donnèrent successivement à deux princes de la maison de Portugal.
En 1471, Girone et Barcelone se rendirent à don Juan. Cependant les troupes françaises occupaient le Roussillon et la Ordagne qui leur avaient été livrés comme garantie de la somme de deux cent mille écus d*or, que don Juan s'était engagé à payer à la France pour un secours de sept cent lances (2,800 hommes) qui lui avaient été envoyées pondant qu'il faisait la guerre contre le prince de Viane. Mais avec lo temps les choses avaient bien changé de face, et dès que los Catalans eurent élu René d'Anjou, non seulement le roi de France avait abandonné le roi d'Aragon, mais il avait tourné contre lui ses armes. Les habitants d'Elne et de Perpignan se soulevèrent, et don Juan s'empressa d'accourir à leur secours. Il s'enferma dans Perpignan et soutint le siège contre les troupes de Louis XI^ que Ferdinand, arrivant au secours de la ville, obligea de se retirer. Après une Irêvo de six mois, les Français revinrent assiéger la ville qui, après huit mois de
(1) Boscb.f Titotff de Uomr, p. 492.
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souffrances ol d'horrjble famine, finît par se rendre le 14 mars
Le roi don Juan II mourut à Barcelone le 9 janvier 1479.
Les lecteurs de la Revue se souviennent du ménioîre de M. le docteur Voillemier sur une monnaie de René d'Anjou, frappée en Navarre. L'auteur de cet intéressant travail y a joint la figure dune monnaie d'or du même prince, sur laquelle il prend le titre de roi d'Aragon (1).
RENAT9 P9 DEI GRA REX ARA. Buste de face de René.
iî. + DEVS IN ADIVTOR MEVM INTENDE. Écu d'Aragon.
C'est du moins, ainsi qu'il me semble, que la légende du revers doit être lue; quant à celle du droit, je pense qu'elle commence par RENATVS PRIMVS; quoique rabréviaiion P9 puisse signifier PIVS, ce qui serait la traduction du titre de Aow, qui avait été donné au roi provençal ; il est vrai que l'usage d'indiquer le rang du prince par un chiffre ordinal était répandu en Espagne depuis longtemps. Cette monnaie d'or doit avoir été frappée par Jean de Lorraine, fils du roi René, qui mourut à Barcelone en 1470, et elle a dû avoir cours en Roussillon pendant l'occupation de cette province par les Français.
Je trouve dans Duby ce qui suit :
« Par lettres-patentes du 4 novembre 1493, le roi don Ferdinand ordonna que l'on fabriquerait à Perpignan une monnaie d'or appelée principaty et une monnaie d'argent appelée real ou croat. Ce croat devait être à la taille de soixante-douze au marc et au titre de onze deniers et une obole, comme le croat de Barcelone. Le principat devait avoir cours pour douze réaux ou croats.
(1) Revue, 1840, p. 347.