‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 209 sur 280 · PL. IV · texte numérisé non relu

PL. IV

Il existe dans le cabinet de M. Dugiié un monument dont la singularité attire tout d'abord Tattention des archéologue!^ admis à visiter cette collection choisie avec tant de groùt. C'est une crosse de bronze doré ornée de cabochons, dont le fût se divise en deux volutes qui se recourbent en sens opposé.

Nous ne ferons pas ici Thistorique de la crosse ëpiscopale en général^ on sait en effet que cet insigne est une sorte de compromis entre la houlette des pasteurs et le litnus de^ augures, qui peut fttre en relation avec la qualité d'èrCcxor::. Il a fallu, comme on le pense bien, plusieurs siècles de fréquentation avec les païens pour que les chrétiens aient adopté ce sceptre sacerdotal. On en trouve des traces positives ven; le VI® siècle. Mais jusqu'à présent, on n'avait pas rencontré di» crosse à double volute ; aussi plusieurs antiquaires ont-ils cm que celle dont M. Dugué a bien voulu nous autoriser à publier le dessin, n*était pas im insigne épiscopal, mais plutôt le sommet d'un bâton de chantre. C'est là une supposition que nou> ne saurions admettre, car le bâton cantoral ayant une forait' parfaitement connue, on ne ferait que déplacer la difficulté sans la résoudre; et avant de créer un bAton de chantre tout

grossi: Doi'HLi: ur xiir siècli:, 231

h fait insolite, il ost bon d'examiner si les év«^ques on les abhés n'ont pas pu faire usage d'une crosse qui ne diffère de la crosse ordinaire qu'en ce qu'elle est double. C'est ce que nous allons essayer de faire.

On connaît des monnaies épiscopales dont le type consiste en deux crosses adossées (voy. pi. IV, n"* 1, 2, 3, 5, 6), Tel osi d'abord le denier de Rainaud, «Wêque de Meaux (1158-61), frappé par un prélat qui avait été abbé de Jouy-sur-Morin, et que l'histoire représente comme ayant toujours conservé son caractère monacal. Ce denier est le seul entre toutes les monnaies meldoises qui porte deux crosses ; aussi avons-nous fait remarquer déjà que cette addition avait pour but de rappeler qu'avant cKAtre év«^que, Rainaud possédait la crosse abbatiale (1). Vient ensuite une maille de Saint-Omer (xm* siècle), dont le type est considéré comme exprimant l'autorité de IVveché et de l'abbaye de Saint-Bertin (2). Puis un denier de Noyon (n* 3) et une obole de Tournay (n° 6), où se trouve symboliquement indiquée l'union de ces deux sièges. Enfin un denier bractéate de Constance (n'' 3), dont le type fait allusion à l'ancien év«^ché de Windîsch, absorbé par celui de Constance. Il est évident pour nous que, sur les monnaies, deux crosses adossées indiquent la réunion de deux gouvernements ecclésiastiques. On comprend encore que Ton ait figuré, comme sur le denier bractéate (n*> 7) de Lutpold, archevAque de Mayence (3), qui fut en même temps évêque de Worms (1202-1217), un prélat tenant une crosse de chaque main, mais cela était bon pour une représentation numismatique seulement, et Ton concevra facilement qu'un évèque n'ait pu, dans les cérémonies d'église, porter, comme un héros d'Homère ou comme les guerriers des vases grecs et des basreliefs assyriens, deux hastes qui eussent rendu impossible

{\) Hêi^te wimiitmatique, 1841. p. 140. — P. 80 du pr«^!«ent volume. — Voy. au sujet (le cpt év^uo dom Toui»ftaiat l)uplp9î»in, Hht. de téglise dé* Meaux, t. !, p. 1 5S. (Ml n'avait pu» yu dans cotU» ville d*évAqae qui oAt W moinCf dopiiig Hiïdegor 854*69); Rainaud conserva des moines pour chapelnin» et fut enterra h Jouy.

(2) Hevue numismatique^ 1843, p. 438.— ll(*t*Me numismatique beige, i. H, p. 309-

[3) Cf. Joanni^, Henim mogunt., t. ITÎ, tnb. i, n» 12.

252 CROSSE DOl BLE DU XIII' SIÈCLE.

raccomplissement du rite. L'expédient le plus naturel a doc^ été de réunir sur une ménie hampe les volutes de deux CT\y^ ses, et le beau monument du cabinet de M. Dugiié n'est p^' Tunique preuve de cet usage. Un autre denier bractéate i^ Constance, frappé au xni'* siècle (pi. IV, n* 4), nous raonlrr la double crosse parfaitement distincte. Or, ce denier appar tient incontestablement aux évèques (1), et Ton ne pourraii admettre qu'ils eussent placé sur leur monnaie les insign«^ du grand-chantre ou de tout autre dignitaire ecclésistique. De ce qui précède, nous tirerons donc les conclusions qu^-

voici :

1' La double crosse est épiscopale;

2<* Elle exprime l'union des deux pouvoirs dans les mêine> mains.

Au sommet de la crosse, Tartiste a placé saint Michel foa* lant aux pieds un dragon ailé quUl perce de sa lance. Le saint porte au poing gauche un écu chargé d'une croix, le même dont se couvrent ordinairement saint Georges et saint Maurice, et qui nous fait connaître les armoiries de la famille céleste. C'est une conséquence toute naturelle des idées du xni' siècle ; lorsque l'on donnait à Dieu le père la tiare des pape^ ou la couronne des empereurs, on devait armer en chevalier monseigneur saint Michel, qui combattait conune un barons! brave. Chaque époque s'est fait un ciel à son image. Les ail^' de l'archange ont été brisées, mais on en voit encore lt'> traces. Il foule aux pieds, comme nous venons de le dire, uii dragon ailé. M. Tabbé Texier, décrivant une belle crosse du musée d'Amiens, dont le sujet principal est la victoire ile saint Michel, dit que le saint combat « le monstre infernal Rgn^ sous les traits d'une salamandre ; des animaux semblables délicats et légers, ajoute-t-il, courent avec agilité autour du pommeau et trois de ces monstres rampent le long de 1^ douille (2). » Quoique assurément l'assimilation avec les sala-

(!) H. Meyer, die Bracteaien der Schweiz, etc., Zarich 1845, p. 55 et suiv.. taf. ni, no 159.

(2) Essai sur les argentiers et les émaillexirs de Limoges, Poitiers, 1843, p. 1*^-

CHOSSt; DOCBLK Itl \lll* SIÉCLtl. ÎJi

niandi'es des démons vivanls dans le feu élernul, ne manque pas d'exactitude, je ne punse pas que les artistes du xiii° siècle aient eu l'intention de représenter autre chose que des dragfons. Pour tes anciens, il n'est pas douteux que les dvayum ne fussent des serpents. Ainsi le surnom de lfiy.it-.z'{iix\ donné aux Thébains faisait allusion au niyllie de Cadmus, et sur les monnaies de Sanms (1) ce héros est représenté combattant un véritable serpent; ainsi Apollon recevait l'épithèle de 3piy.î'j-::XiT^; pour avoir tué Python, que de nombreux monuments nous montrent sous la forme du serpent ordinaire (2). Les géants anguipètles sont appelés lpxi.ir:zT.iiz: ; les furies dont la tète se hérisse de reptiles ophidiens, sont désignées pur l'expression poétique Spxxsvrùîii ; enfm lus Grecs itommaicitl îfâxïvti; ces élégants bracelets en forme de serpent, tels que celui qui orne le bras de la célèbre Ariadne endormie, longtemps considérée comme une Cléopdtre mordue par l'aspic (3 '. Li^s doutes i|ue l'on pourrait entretenir sur la synonymie de ilrogon et de sn-jjenl doivent s'évanouir eu présence du [mssage «le l'Apocalypse dans lequel saint Jean prend la peine de nous expliquer le premier de ces mots : •< et faclum est pra^lium magnum in tœto, .Michacl et angeli ejus pra^liabanlur

l'Uni dmvoHe, et druco pugnubal et ungeli ejus Et projec-

tusesl«/ruru ille magnus, sfrjteiis ant'ujuus, qui vocaturdiabolus et satunus, qui seducil uuiversum orbem (i). » Le mot mtliquus fait certainement allusion au rôle que te serpent joue dans le troisième chapitre de la Genèse; à l'époque de saint Jean, l'identification du reptile tentateur et de Satan était établie et personne ne sera tenté de prendre l'ï^i; du paradis pouruue salamandre. C'esl, je le pense, à la lecture du passage de l'Apocalypse cité tout à l'heure, qii'est due l'idée de

(I) Eckllvl, Itucl. Niim. tel.. 1. Il, p, MJ.

,î] Ibid., t. 11. p. ^» et t. III. |i. S. Cr. Leiiuruoiil L-t J. Ju Wilto, Elite dta .Vunumtnli céFamui/rapkiquet, l. Il, pi. I et I A.

(3) Vuy. ilaufl (iruler, 1JC.\, S, l'iiKuriiitiuii de Hiez eu l>ruveuce dan» laquellu Symiihuiuit el Prolls Jérloreiit qu'ils ont déilié â t^culapo TOHUYEM AVREV.M E\ UHACVMCVLIS. Vi>y. le bas-nlier du uiu»ée des Antique» du Louvre.

,1) .l;(o',;(/y/ii.,XII, 1, ».

254 CROSSE DOUBLE Dl \lll< SIECLE.

ces ailes attribuées au seq)eut satanique. Dès Tiustant qu il combattait dans Tair, iu cœloj il fallait qu'il eut un moyen de s\' soutenir: d'ailleurs la nature membraneuse de ces aile^ empruntées aux plus dégoûtants nocturnes offi^t aux artiste^ un motif bien tranché à opposer à Taspect gracieux et éclatant du plumage des anges. On retrouve ce dragon ailé suir deux des plus belles monnaies d*or de Philippe de Valois, le /lorin fieorfjes et Vanqe : on voit aussi plusieurs monstres semblables gi'impant le long des piliers placés à l'entrée de la nef de la cathédrale de Mcaux ; cette partie de l'édifice a été construilt aux frais de Févéque Jean du Drac (vers 1465) dont le nom est exprimé par ces armes parlantes (1).

Très souvent le rueud des crosses est entouré de serpeul>

qui s'enlacent ; c'est là un sujet appartenant en propre an xin

siècle. Dans le livre de recetieSy intitulé Diversarum artium

schedula, le moine Théophile indique (2) parmi les différent

ornements usités de son temps pour l'orfèvrerie dracofies cuh-

catetiati collis et caudis, ce que M. de VËscalopier rend, daos

sa traduction, par des dMgotis enchaînés par le cou et la queue.

U nous a paru nécessaire de combattre cette manière d'inter-

prêter le passage que nous avons cité, parce qu'elle donnerait

ridée de reptiles retenus par des chaînes comme le crocodile

des monnaies de Nîmes, et ferait méconnaître un type très

caractéristique qui sert à fixer la date de Touvrage composé

par Théophile. Le nœud de la crosse double est, actuellcmeut.

formé d'un beau morceau de cristal de roche. Nous disons

actuellement parce qu'en effet il nous semble que ce quartz a

dû être substitué vers le xv« siècle à un nœud métallique plus

en rapport avec les autres parties du monument; cependant

nous ne prétendons rien affirmer à cet égard.

Les deux volutes contiennent une scène de la légende de sainte Valérie, patronne de Limoges. « Valérie, dit le cha-

(1) Toussaint Duplessis, Hisl, ecclés. de Meaux^ t. I, p. 301.

(2) « Theopbili presbyteri et mouachi Diversartim caHium Schedula, m Hn>- 1843, in-4o, lib. II, cap. lxxiv, p. 242. Dans le chapitre de Opère quod sigilh^ imprimitur, titre qu'il eût iallu traduire par : du Travail qui 6*exécate à Caki^ de poinrvtii et nuu pas : du Travail fjui s*impri9ne aux sceaux.

CROSSE DOUBLE bl XNI« SIECLE. 255

noine Collin (1), fut fille du proconsul Léocade et de Susanne, et recueillit seule les opulentes successions de ces proconsuls, du costé de son përe; de celuy de sa mère Susanne, elle fut héritière des biens de Manilius... Or encore bien que Susanne ne fût pas encore esclairée du flambeau de TEvangile^ elle ne laissoit pas pourtant d'avoir esté nourrie dans la vertu, en la manière qu'elle estoit pratiquée parmy des personnes qui n'avoient pas encore la connoissance du vray Dieu. Car les Gentils, tous Idolâtres qu'ils estoient, faisoient grand gloire de certaines louables habitudes ou vertus morales, pour estre distingué du commun des hommes... et ces vertus morales sont comme les sauvageons sur lesquels on ente heureusement les plus beaux greffes de toutes sortes de vertus chrétiennes...

« Valérie, profitant tous les jours autant des exemples que des instructions de sa bonne mère, adjousta aux beautez de son corps, dont la nature l'avoit excellemment pourveuë, toutes celles de Tàme, autant que la sombre lueur de la Genlilité où elle vivait le luy pouvoit permettre. Elle vivoit donc ainsi doucement dans le Chasteau de Limoges sous l'aile de sa mère; et le vieux manuscript de l'abbaye de S. Martial tesmoigne que dans cette vie privée elles avoient gagné l'amitié de tout leur voisinage...

« Or, comme la charge de Proconsul des Gaules estoit vacante, par le déceds de Léocade, l'empereur Claude Tibère en pourvut Jtmiiis Siianus (2), son parent proche et très-capable de Texercer. Il dressa donc sou équipage et vint aupaïs, où il en prit possession. Kn faisant ses visites dans son gouvernement, il ne manqua pas de voir Susanne comme es-

vl) Hisloû'e sacrée (les saints priwipaux et autres personnes plus vertueuses qui ont pris naissance, qui ont vécu ou qui sont en vénération particulière en divers lieux du diocèse de Limoges, par M. I. Collin, doct. en ihéoL Li-> moftes, 1672, iiil2, p. 679 et t^uiv.

(2) Siianus est uu suraoïn qui a été porté par iiu (j^raiid uomlire de membres illustres de la famille Junia. L*mi fut beau-frërc de Caligula, un autre fiancé d^Octavie, fille de Claude; ils furent tués à Rome. Quatre autres furent encore assassinés sous le règne de Claude et de Néron. Aucnn d*eux n'eut la fin chrétienne indiquée par la légende. Claude eut un enclave nommé Etienne dont parl«î FI. Joi^rphc ; maii* il n'était pas clirétieti.

2o6 CROSSE DOUBLE ÛL XIU* SIÈCLK.

tant veufve de son prédécesseur, avec sa iille Valérie ; maibh bonne grâce de cette jeune damoiselle luy donna si for dai.* la veuê, qu*il fut incontinent surpris de son amour, et, ayaii. appris les grandes sucessions que luy estoienl escheuës, li creut que ce party luy pourroit estre avantageux, s'il estoit -; heureux que de Tavoir en mariage. Il obtînt tiisémcnt le codsentement do Tempereur pour Tespouser, et Susanne el Valériayant tenu ses recherches à un très-grand honneur, les fiai»çailles furent célébrées avec toute la pompe convenable...

(c Mais la Providence Divine, qui vouloit que la mère et U fille fussent deux très-belles lumières dans l'Ég-lise, leur fai naistre une occasion avantageuse pour passer à une perfection plus haute... Car saint Martial, estant pour lors dans le Liraosin, eut un commandement express de la part de Jé!>u^- Christ, qui luy apparut pour cet effet, de se transporter dai^ la ville de Limoges, et y prescher son évangile. Il y fut donr. et d'abord se logea près du Chasteau, chez une bonne dann nonnnée Radégonde (1). Mais il n'y eut pas demeuré un jour pour se disposer à sa première sortie, qu'il entendit un bruit extraordinaire dans le Chasleau, et s'estant enquis de ce qu* c'estoît, on luy dict que c'estoit un pauvre frénétique qui faisoii ce désordre, et qu'il esloit de fois à autre si cruellement tourmenté de sa maladie que personne n'en osait approcher, qu'on avoit mesme esté contraint de l'attacher : et encore v avoit-il bien de la peine à le tenir, et que la. Dame du lieu n'espargnoit quoy que ce fut pour le faire traicter. Saint Martial s<' persuada qu'il estoit à propos de commencer sa Mission par celte première visite. Ufut donc là dedans, et voyant ce pauvitmalade ainsi lié, comme il estoit, il en eut grand pitié, et faisant dessus luy le signe de la croix, ces chaisnes dont on lavoit attaché se rompirent incontinent, et eu mesme temps il se trouva remis dans Tusage de son bon sens.

(1) Ce nom ne prouve pot$ eu faveur de l'autheuticilé du récit : le uoiii juil de Sillonne donné à la mère de Valérie est aussi fort extraordiaaire poar nur- Gauloise du i^' siècle. Quelque coulrouvée que paraisse la légende, reasentiel pour Texplicatioii de la crosse, e^i qu'elle ait eu cours dons le Limousin p«>udaui le Xiiic siècle.

CROSSE DOUBLE DV XIll« SIÈCLE. 2o7

« A ccsle veuë, Susannc et Valérie furent ravies d'avoir expérimenté Tefficace du signe de la croix, et toutes estonnées du miracle, donnèrent à Saint Martial, par leurs curieuses (leniandes, Toccasion de leur descouvrir les Mystères de noslre Sainte foy. Et comme la grâce du Saint-Esprit agissoit puissamment dans leurs âmes, le saint apostre n'eut pas beaucoup do peine à leur persuader de l'embrasser. Elles luy demandèrent donc le baplesme, que le saint leur donna volontiers, après les avoir suffisamment instruites pour ces premiers commencemens : et six cents de leurs domestiques suivirent à mesme temps l'exemple de leurs deux maistresses.

«... L'on donne mesme pour constant que sainte Valérie, ayant un jour ouy parler cet homme (saint Martial) des louanges de la virginité, elle s'obligea par un vœu exprès qu'elle en fit, de la garder inviolablement toute sa vie : renonçant par ce moyen à ralliauce du Proconsul et à toutes les grandeurs qu'elle pouvoit espérer dans un si riche mariage...

« Or le Proconsul estant de retour, pensant reprendre les premières erres de son mariage, fut bien estonné quand on luy dict que sa maistresse prétendue avoit fait de nouvelles amours et changé de dessein. Ces nouvelles non attendues outrèrent cet esprit altier, qui pour s'esclaircir du fait l'envoya quérir sur-le-champ, ayant de la peine à croire qu'il si» fut trouvé dans la Province qui que ce fût qui eût osé courir sur ses brisées v.i luy desbaucher sa maistresse. Elle vint donc on sa présence, et avec un maintien modeste et sérieux, s«» jet ta à ses pieds ; mais luy, la voyant dans ce changement, jettant feu et ilamme par les yeux, luy demanda d'un ton de voix qui (lescouvroit assez l'altération de son Ame, s'il estoit vray qu'elle eût un autre servit(»ur? et quel estoit celuy qui avait esté si hardy de courir sur son dessein. Mais elle, prenant la parole avec une modestie angélique, luy dict qu'elle n'avoil jamais cru mériter l'honneur de ses recherches, qu'elle s'estimeroit la plus malheureuse Damoiselle de la Province, si elle avoit jamais pensé de luy préférer quelque autre que ce fût : qu'au reste il estoit véritable qu'elle avoit donné son cœur et toutes

T. IV. iT

Page 1