‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 210 sur 280 · i8 CROSSE DOUBLE UU XI11« SIECLE · texte numérisé non relu

i8 CROSSE DOUBLE UU XI11« SIECLE

SCS amours, au tils du Roy du ciel, qu'elle prétendoit d'avoir pour ospoux : mais qu'elle n(> luy faîsoit point de tort à luy Proconsul, si elle luy préféroit le Créateur du Ciel et de la terre, etc. Mais la colère qui emporta cet homme outré iv douleur ue permit pas à sainte Valérie de parler plus longtemps. Il la fit donc oster de là, et commanda à son Escuyer de Faller faire mourir en quelque part. Elle allait à la mort rn riant comme ni t^lln fût allée à noces. Jamais on ne la vid plus satisfaicte... En chemin mesme, elle dict à celuy qui la conduisoità la mort, qu'il estoit bien abuzé s'il pensoîl quVII«' s'en alloit perdre la vie : C'est toy-mesme, luy dit-elle en riant, qui mourras aujourd'huy, et je ne commenceray qu'à vivre... A mesme temps on ouyt en l'air une voix, qui luy dict : Courapre Valérie, voici les Anges qui t'attendent pour la conduin^ (l'Ame) à ton espoux. L'<*stafier luy avale la teste avec un revers, vi l'on ouyt les Anges faisant mi très-agréable concerl, et son àme fut veuê de toute l'assistance montant en guise d'une boule de feu dedans le ciel... Mais la bienheureuse martyre prit sa li'ste toute coupée qu'elle estoit entre ses deux mains ; et d'un pas ferme et sans broncher passa de la sort»* au travers dt; la ville, (*l alla si* rendre au lieu où saint Maitial prioit Dieu de luy donner la constance dont elle avoit besoin dans un si dangereux combat... Mais Tescuyer Hortarius. tout estonné de tant de merveilles qu'il avoit veues, alla Ifs • raconter au Proconsul, luy disant mesme que, comme il la conduisoit à la mort, la Vierge luy avoit dict qu'il mourroit à vv mesme jour, et il n'eut pas ach(»vé le mot, que le voilà qui tombe roide mort à ses pieds. »

On comprend Tétonnement du proconsul ; quelques chrétiens lui conseillent d'envoyer chercher saint Martial. Celui-ci. touché des prières du gouverneur romain et saisissant l'occasion qui se présentait d'accomplir sa mission apostolique, prend Hortarius par la main en lui ordonnant de se lever au nom de Jésus-(ihrist. Le mort revient à la vie et, se prosternant aux pieds du saint, confesse qu'il est serviteur du vrai Dieu. A la vue de ce miracle, le proconsul Silanus embrasse

CROSSE DOUBLE DU Xlll*^ SIÈCLE. 259

la religion chrétienne et reçoit au baptême le nom d*É tienne,

« et fit ruiner les Temples des Idoles, et donna à saint Martial

<le grands thrésors pour en faire bâtir des temples au vray

Dieu. » Telle est, dans toute sa naïveté, la légende que

M. Tabbé Texier a trouvée représentée en sept tableaux sur

U*s deux faces principales d*une petite châsse émaillée. Le

quatrième compartiment contient un sujet exactement sem-

lilable à celui de la crosse. Saint Martial debout, mitre, vêtu

(le ses habits épiscopaul, devant un autel à pied circulaire sur

lequel est un calice recouvert du corporal, ouvre deux doigts

lU* la main droite en signe de bénédiction (1). Vis-à-vis, sainle

Valérie décapitée, soutenue par un ange, porte satêle qu*elle

srnible présenter au saint prélat. Cette même composition se

voit on haut-roi ief sur lo tombeau de Bernard Brun, évéque

d(* Noyon, monument du xw"" siècle qui existe danslacathé-

ilrale de Limogos (2). C'est aussi très certainement dans cette

ville qu a été fabriquée la crosse double de M. Dugué. Il reste

H éclaircir pour quel personnage elle a été faite, et je dois

avoir dit que, parmi les évêqmjs de Limoges, je n'en trouve

point à qui elle convienne, d'après le système que j'ai exposé

plus haut. 11 est vrai que la fabrique de Limoges fournissait

«les bronzes et des émaux aux églises de tous les points de la

France ; et de ce que? cette crosse représente les patrons du

Limousin on ne peut absolument conclure qu'elle n'ait point

«Hé destinée à un autre diocèse.

C'est au type des monnaies que uous avons eu recours pour expliquer la précieuse crosse de M. Dugué, et ce n'est pas la première fois que la numismatique vient en aide aux autres branches de l'archéologie. Les monnaies nous ont fourni les éclaircissements que nous cherchions quant à la forme insolite de ce monument; elles nous restitueraient jusqu*au nom même de la crosse s'il venait à être oublié. Un denier frappé à

(l) Cest ce que le luoinn Tliéuphilv <U'sigiio par d€J:let*a signons (lib. Ul, rap. ixt). c'et^t-â-dire iinr luuhi b^uU^antc et oon p<t8 une main symbolique^ conitue l'a dit li; traducteur.

,2) Voy. TexitT, Essai sur les argentiers ^ etc., pi. IV cl V.

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