POUR HENRI V. ROI DANOLETERRE
[Extrail <lii tomi- V <lc la Rfi-ue arthfntogiijuf, I84i<-t(l. ]" |inrlii>. pp. 251-365.)
Parmi les monnaios qui sont mentionnées le plus fréquemment dans les actes et les textes du commencement du xv* Hiècie, on peut citer les moutons d'or qui devaient leur nom h l'agneau pascal qu'ils ont pour type et leur grande renommée au titre excellent que saint Louis avait donné aux agnels qu'il lit le premier fabriquer. C'est en effet le denier d'or à tagnel de Louis IX qui est sans cesse rappelé comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général le titre des moutons d'or fut plus respecté par les souverains que celui des autres monnaies et l'on en changea la figure aussi peu que le permirent les modifications involontaires du style de l'art. Le . nom du prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très rapprochées du type arooutumé.
Voici la description du petit mouton tel qu'il avait cours sous Charles VI ; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été frappée.
+ A&n : DCI : QVI : TOLL : CCCAT : jnVDI : JIllS : HOB : agneau nimbé tenant une bannière à croix tréflée; sous les pieds de l'agneau K. F. RX. Point sous l'V de mundi, vingtième lettre.
«. + XPC. VINCIT. XPC. R€GNAT : XPC. INP€RAT. Cro! fleuronnée, angléo de quatre fleurs de lis, dans un enlonras' composé de qtiatre cintre»et de quatre angles; or; poids : %'■'■ grammes. (Fabrication de Sainte-Ménehould, mai 1418.)
On conçoilaisémont combien un pareil Ij-pe était fait pour tonlor les imitatenrs étrangers, aussi voit-on dans plusienr paya circuler des contrefaçons du petit mouton français.
C'est dans cette catégorie que nous rangerons la monnsi- - suivante qui a été découverte il y a quelques années et qui appartient aujourd'hui à M. KoUin.
+ ÀGn. [XI. QVI. TOLIS. P€CA.^VDI. MlS€. DOB.Agncaii nimbé tenant une bannière; sous tes pieds de l'agneau hftl. RÇX; le tout dans un entourage de neuf cintres; annelelssori> la deuïLiëmo lettre.
^. + XPC. VmCIT. XPC. ReGDAT. XPC. INP€RAT. Crois fleuronnée angléc de quatre Heurs de lis, dans un entoiira^i composi^ do quatre cintres et de quatre angles ; aonelet soula deuxième lettre. Or; poids :2 ,50 grammes,
Cette monnaie examinée par quelques numismalistes a t'ir diversement appréciée.
On a voulu l'attribuer à Charles VI, en lisant, sous les pieil> do l'agneau pascal : KRI. R€X, pour Ktiroll rex. barbarismforgé à plaisir. Aillours on y reconnaissait lo nom d'un Henri. roi d'Angleterre, mais sans pouvoir rendre compte do l'absence des léopards qui .sur les autres monnaies d'or an^lofrançaises, cantonnent la croix du revers.
Nous croyons qu'en ciïel cette monnaie appartient bitn réellement à Henri V, roi d'Angleterre, qui l'aura fait frapper en Normandie lors de son invasion de 441 K. L'abréviation hRI
SUR UN MOCTON DOR INÉDIT. 2fl3
R€X pour ffffnncfMrcj: n'a rien qui doive nous étonner, puisque le petit parisis de Henri VI porte au centre la légende h€RI.
Dans un manuscrit conservé h rhùti-l des monnaies et qui contient des extraits du Ref/istiv pnlrp tlfii-T ois, on Irouvp le passade suivant :
Item fit ouvrer ledit Henry en la même annéf. (1 415), en les tnonnot/es de Normandie, moutonnets ptireih à ceux du roy Charles, la grande croix de devers la croix anglée de quatre /leur-de-li/s. El ont été faits à 22 karats et pour différence ont trois C sur la bannière. i
Sur la marge du manuscrit sont des dessins postérieurs au texte et souvent inexacts. La baoniërr du mouton de Henri v est figurée et sur la flamme on voit un C, tandis que les deux autres sont placés en sens contraire, C, D, aux extréraitC-s de la croix qui termine la hampe. Les bras horizontaux do la croix en coupant ces lettres leur donnent l'apparence de deux C lunaires.
Or, dans la vi^ette que nous avons inséréo plus haut, on remarque précisément une bannière dont la hampe est surmontée d'une croix ayant les trois bras terminés par des i. 11 est vrai que la flamme ne présente aucune trace de C. Malgré cette petite différence, it ne subsiste pas moins un fail capital, c'est qu'Henri V a fait fabriquer des mourons -for portant au revers une croix ang/e'e de quatre fleur-de-h/s, ce qui permettait de dire que ces monnaies étaient pareilles à celles du roi Charles.
On aurait pu s'étonner de ce que le mnnnayeur de Henri, ayant à imiter le mouton du prince français, a placé sous les pieds de l'agneau une légende de six lettres, taudis que le modi-le n'en aurait présenté que quatre. Cette particularité s'explique par l'existence, jusqu'à ce jour inconnue, d'un mouton d'or de Charles VI, que M. Rousseau vient de faire entrer dans sa riche collection el qui porte les types que voici :
+ AGn.Dei.QVt.TOLIS.PeCA.JnVDI.iniSe.nOB. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d'une croix, dont les Irois bras supérieurs sont terminés par des D; sous l'agneau.
KRL.X; R€ lo tout dans un onlourago do neuf cintres. Annelt»î sous la soconde lollre.
iV + XPC. VinCIT. XPC. R€GnAT. XPC. INP€RAT. CroLx flouronnée, anglée de quatre fleurs de lis, dans un entourage' do qualre angles et de quatre cintres. Annolet sous la soconde lettre. Or^ poids : 2,55 grammes.
Lorsqu*on sait combien, au xv' siècle, les lettres K el H oui de ressamblance, on comprend que la variante qui distingue les groupes KRL et HRI se réduit çn quelque sorte h la suppression du trait inférieur de la lettre L.
Il faut encore observer que, dans la légende du revers, les mots vincit et régnât sont, sur Tune et l'autre monnaie, écrits avec des n, ce qui établit un rapport de plus entre la copie et Toriginal.
La date de ce dernier nous est indiquée par celle de la monnaie anglo-normande qu'il a dû précéder de bien peu do temps, puisque les gros d'argent, frappés en vertu de Tordonnance dri il juin 1413, furent les premières monnaies royales qui n^çurent, sous une des lettres de leurs légendes , la marque ou digèrent de la monnaie que Ton appelle point secret (1).
Il parait probable que, pour se soustraire à la confusion
(1) LecoiDtre-Dupont, Lettres sur Thistoire monétaire de la Normandie^ 1846. p. 53. 0]a doit s'entendre pour la Normandie seulement, car il existe d»^$ points secrets bien antérieurs; c'est ainsi que dans la collection de M. RignauU se trouve un guénar au point chs, marqua' sous la seizième lettre sur chaque face, et que M. Delombardy rapporte à la ville de Tournai, octobre 1389. (^ remarque aussi dans la collection de M. Rousseau des guénars de Poitiers, àf Toulouse, de la Rochelle avec points secrets et appartenant & des émi8sion.« comprises entre 1390 et 1410. Cependant il résulte de la présence de TaiiDelet sous la deuxième lettre des agnels de Charles et de Henri une assez grare difficulté que Toici. Avant Tinvasion anglaise, la marque de Rouen était ua poifit sous la quizième lettre, et celle de Saint-LÔ un point sous la dix-huitième. Le roi anglais, pour qui ces villes étaient en France d^s capitales, fit traDsport^r la marque secrète sous les deux premières lettres des monnaies qu'il y faisait fabriquer. Mais Henri ne prit Rouen que le 13 janvier 1419, et il ne mit en activité Tatelier de SaintLô que le 20 janvier 1420, ou plutM le 18 avril de la même année. A cette époque les moutons dCor auraient dû porter au centre d« la croix du revers un H. On ne peut donc résoudre la question même en supposant que le mouton avec la légende KRL.REX est une première copie anglaise d'une monnaie de Charles VI que nous n'aurions pas encore retrouvée. U faut aussi observer que 1« bannière des deux moutom avec KRL et HRI est raide et divisée en trois banderoles comme au temps de saint Louis, ce qui ne se