SAINT MÉDARD DE SOISSONS
CAPAT.SCI MEDARDI. Tête de saint Médard tournée adroite. ^. SIGNVM SEBSTn. Lance avec flamme, dont la hampe coupe le grenetis circulaire; dans le champ, une croisette. Denier de billon. Page 276, n*» 6.
{\) Notice sur une découverte de monnaies picardes du xi« siècle, etc., n* 90 des planches.
(2) On se souvient du règlement de Tabbé Evrard qui établit la monnaie de Corbie juxta legem et pondus Ambianensis mwietx. L'existence des mailles d'Amiens, fait supposer la fabrication d*une monnaie de même valeur à Corbie.
Lorsqu'cn 184i, M. RigoUot s'occupait de la publication de son intéressante Notice sur des monnaies picardes du xi*" siècle, je fus assez heureux pour lui communiquer le dessin d'une monnaie qu'il jugea utile à son travail, et dont on effet il donna une excellente publication. Cette monnaie (page 276, n^ 7), dont les légendes jusqu'à présent inexpliquées, sont formées de sigles, a pour type une lance, qu'il est naturel de rapprocher de celle qui se voit sur les deniers de Tabbaye de Saint-Médard, soit tenue par une main, soit accompagnant une crosse, mais toujours entourée des mots SCSBASTIAN*. £n effet « cette lance, dit M. Rigollot, est celle de saint Sébastien, qui rendait jadis des services signalés à l'abbaye. On connaît Thistoire de Gothelon, duc de Lorraine, à qui la peur de la lance dont saint Sébastien le menaça dans une vision, fit restituer à saint Médard^ vers l'an 1039 ou 1040, la propriété de Donchery-sur-Meuse, que le roi de France ncnri lui avait concédée (1). »
Cependant mon attribution conjecturale et Texplicalion du docteur Rigollot avait besoin, pour être acceptées par tout le monde, d'une preuve décisive, évidente même pour ceux qui, tout en aimant nos antiquités nationales, n'ont pu en faire ime étude assez approfondie pour se laisser convaincre par des arguments de style. Or, le hasard, cette providence des antiquaires, vient de me mettre en possession de cette preuve. M. le prince Théophile Gagarine, qui a la bonté de me tenir au courant de tout ce qu'il découvre à Pétersbourg en fait de monuments inédits, m'a envoyé un cliché d'un très beau denier dont j'ai donné plus haut la description, et sur lequel une lance, exactemetU semblable à celle que M. Rigollot a si bien interprétée, se voit, accompagnée, non plus de sigles obscurs, mais des mots caractéristiques : SIGNVM SEBASTIAN I. SurTautre face, le chiefsainct Médard désigne parfaitement
(1) Notice précitéei p. 50. C'est pont-^tre en mémoire de cet événement qne le type de la lance a été adopté sur la monnaie. H serait peut-être trop recherché de Toir dans le mot signum un double sens d*enseigne et de prodige? Certainement la monnaie a été frappée k nnc époque bien voisine de Tévéneoient miraculeux qui impressionna si vivement le duc de Lorraine.
Fabbaye. Il n'y a donc plus à hésiter sur la pairie qu^il codvient d'assigner à ces deniers avec légendes composées d* ligatures, et qui ont pour type un temple. Us ont très certainement été fabriqués à Soissons tout comme la v€griéié qui représente une lance; M. Rigollot a donc encore raison sa: ce point. Je joins ici (v. la page 276, n**8) la figure d'une obolinédite, portant un temple et au revers la croix qui parait formée de quatre I liés par une croisette, entre deux bras de laquelle est la lettre S (1).
Un autre deniel* de Soissons publié sous le n"* 77 dans U Notice sur les monnaies picardes du xi* siècle, est également chargé d'un temple avec la légende SVESIO CIVIT, et, au revers, d'une croix entourée de caractères dans lesquels M. Rigollot a cru distinguer les traces du nom de Guillaume, tandis qu'il me semble n'y voir que le mot CORON AT VS rétrogradr. Ce qui donne quelque consistance à cette supposition, cVM que dans le Mémoire sur de nouvelles découvertes de mofinai^ picardes, je remarque l'indication d'une seconde pièce an même type sur laquelle on lit VNO SVT, ce qui pourrait bien n'être que la fin de [COR]ONATVS. Si cette lecture était admise, il faudrait appliquer cette épithète à saint Sébastien que d'anciens monuments représentent avec le caractère de Martyr couronné (2). Devrait-on encore laisser à la ville de Saint-Quentin les monnaies avec un saint tenant une lance à banderoUe, au revers desquelles on trouve pour toute lég^ende: MARTIRCORONATVS?
(1) Je ferai remarquer que dans son Mémoire sur les nouvelles découvertes d^ monnaies picardeSf p. 7, M. Rigollot me fait honneur de Tattribution à l*éTeqii« de Soissons Ursion (1079-1083), de quelques deniers avec la Ingeude TfUNrrAs. Or je n*ai fait qu'emprunter au savant docteur une opinion qu'il a consigne»' dans sa Notice aux pag. 54 et 56, opinion présentée par lui avec beaucoup d^ réserve, mais qui ne m'en a pas moins paru très ingénieuse.
(2) V. Séroux d'Agincourt, Peintures, pi. CLVIIÏ, n* 5. Saint-Quentin était diacre, peut-être même évêque; comment serait- il représenté tenant uoe lance à bonderoUe, un étendard? Il est vrai que la figure est assise et qu'au sceau du chapitre de Saint-Quentin montre le saint cloué par quatre clous >ur un siège.