SUR DEUX DENIERS FRAPPÉS EN PROVENCE
noire contenant plusieurs kilogrammes de monnaies parmi lesquelles on remarquait, outre des deniers anonymes de Vienne, de Valence et d'Anduse, un nombre plus ou moins considérable de pièces appartenant aux seigneurs suivants:
Alphonse d^Vragon, comte de Provence. 1167 — 1196
Guillaume II, comle de Forcalquier. . . . 1150 — 1208
Raimond YI, comte de Toulouse 1194 — 1215
Guillaume IV, prince d'Orange 1182—1218
M. de Rochegude a eu Tobligeance de m'apporter une grande partie de ce trésor numismatique, et j^y trouvai quelques deniers à la légende Bertrandm cornes Edne dont Texplication n'a pas laissé que d'embarrasser les antiquaires. A deux reprises différentes, en 1841 et en 1844, on a donné ces pièces à Bertrand, comte de Toulouse (1105-1112), en supposant que la légende du revers, en partie composée de lettres initiales, pouvait signifier COM€S : €/ Dux Harboni. (1). Cette classification avait pour moindre inconvénient d'attribuer à un personnage qui a vécu tout au commencement du xn^ siècle, des deniers qui, se faisant distinguer par leur excellente conservation au milieu de monnaies qui portent le nom des quatre princes, cités plus haut, ne peuvent les avoir précédées de près d*un siècle dans la circulation. II est de plus évident que €DN€ ne peut signifier et dtix Narbonsp. Nous avons vu plus haut que très souvent dans la légende des monnaies, il existe des points ou des croisettes au milieu des lettres d'un même mot, mais on ne peut pas prétendre établir la réciproque, c'est-à-dire qu'une série à'inih'ales soit juxtaposée sans points ni marque d'abréviation. Un E seul poui*exprimerla conjonction «/serait une forme anormale. NE pour Narbone nVst pas plus admissible. Excepté Rex qui se trouve quelquefois, faute de place, écrit RX| et il ne s'agit là que d*un monosyllabe dans lequel une voyelle est supprimée, on citerait difficilement un mot représenté par l'accouplement de sa première et de sa dernière lettre.
(1) Hrvw numisvi,, 18 il, p. 373 ot 1844, p. 127.
Ainsi donc, d'une part les monnaies à la lég-ende corn* Edne sont de stylo trop récent pour être classées ao commerh cernent du xu* siècle, et elles ont été découvertes mêlées à dô monnaies frappées à la fm de ce siècle on au commencement du xni®.
D'autre part, l'interprétation de la légende qui pouvait favoriser leur attribution à Bertrand, comte de Toulouse, ov contraire aux données qui résultent d'une étude attentive de la numismatique.
Nous allons exposer, en peu de mots, une opinion nouvelle qui, nous l'espérons, paraîtra plus acceptable.
On trouve dans la célèbre inscription du trophée des Alpes, rapportée par Pline au livre III (chap. xx), de son Encyclopédiey le nom des Edenates, et sur Tare de Suse, AfUmatimt» figure parmi les peuples soumis au roi gaulois Cottius. D*Anville a déjà remarqué (1) qu'il n'y avait point de différence à faire entre les Adanates et les EdenateSy et il admet comple tement le rapprochement que rhistorieaBouche avait proposé, entre Edena elSedena, nom assez ancien de Seyne, petite ville, chef lieu d'une viguerie, dans le nord de la Provence, au diocèse d'Embrun.
« La ville de Seyne, dit Bouche, assez ample et consid^ rable, aux montagnes de cette province du diocèse d'Embrun, estant la principale de plusieurs villages voisins, vulg-airement dite chef de viguerie; elle s'appeloit anciennement Sedetw, comme il appert du catalogue des couvents de Tordre de^ frères prescheurs où il y a conventus Sedenœ de l'an 1444, et ainsi il ne s'y ajoute qu'une lettre S au mot Edenates (2). »
Mais à quelle époque cette lettre S a-t-elle été soudée au nom à! Edena? c'est ce que nous n'avons pu établir. Dans quelques pièces en langue provençale transcrites par M. de La Plane à la suite de son Histoire municipale de Sisterofi^ on voil
(i) Noiice de la Gaule, p. 288.
(2) Histoire de Provence, t. I, p. 104. — C'est ainsi qu*au temps de Tzetaèun 2 s'était attaché parmi les Grecs au commencement du nom des Alpes, cf qui a fait dire à cet écrivain : ^AXma, ou SsXirta, opyj Eùpwicaîa trjç ^Itsàîs: pLEyiXa.. {In hycophr,^ V. 1361.)