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COMTE DE TOULOUSE

Pour mieux faire comprendre cette ti^ansmission de nom, ous plaçons ici un tableau généalogique des princes dont lous avons parlé :

Henri l'Oiseleir, né en 870,

roi de Germanie en 918.

Henhi de Bavière. Hedwuîe, femme de Hugues le Grand (923-056).

AiNT Henri, né en 972, Huoles Capet. HE^nr, duc de Bourgogne.

*ȕni>creur 1002-1024.

Gl'illaumb Taillbfer.

RODERT-CONSTANCB. PONS. He.NRI.

He-nhi !*•', roi de France.

Ou voit clairement par ce tableau le lien de famille qui unissait le roi de France Henri 1*" à Pons de Toulouse, et il parait probable que cette parenté aura contribué à déterminer le comte à placer sur sa monnaie le nom du roi de France dont, au reste, il reconnaissait la souveraineté dans ses actes publics. Malheureusement Thistoire de Ilenri I" est extrêmement obscure ; ni Guillaume de Jumièges, ni Raoul Glaber ne nous ont appris quelle part il a pu prendre dans les alTaii^es du Languedoc.

L*existence du nom d*un roi de France sur une monnaie haronalc n'est pas un fait entièrement nouveau. Nous avons, i\\ i8i2, fait connaître un denier dllervée, évoque de Beauvais, sur lequel on lit HVGO REX HERVEVS (1) et nous pensions que : « la présence des deux noms indique un simple hummagc de la part de Tcvéque, plutôt qu'un partage du droit monétaire et des revenus qui en étaient la conséquence. » (lotte opinion, émise il y a seize ans, nous pouvons la reproduire au sujet des deniers de Pons de Toulouse portant le nom du roi Henri P'.

\\)hevu(numitmaiiquey 18i2, p. 103. V. p. 139 du prt'ëcnt Tolume. — M. Bigot, duos 8011 Essai sur tes monnaies du royaume et duché de Bretagne, a publié, p. 97, un denier aux armci^ de Dreux, sur lequel on lit le nom de saint Louis; mais ou u'y voit point le nom du duc de Bretagne, et lauteur considère cette monnaie comme une contrefaçon.

398 LA LÉGENDE DES DEMEItS FRAPPÉS PAR PONS.

On remarquci'a que le P barré figuré au centre de notre DÎcr, est rïnitiale du nom de Pons, et reproduit en m<^ temps le monogramme du Christ, tel qu'on le voit sur tant lampes chrétiennes et sur la monnaie d'or de CoDstanlic Constance, d'Arcadius, d'Anthemius et d'autres empereurs.

fKUVRKS DU GHAVKIB JEAN l'AUL POGIlINl.

(Extrait du tooiu III (uouvellc éiric) du la Rerut numismatiqiu, IS5S, |>|>. SS-lOi.)

Kn 1638, M. CbarIvH Lvnormaiit acheta à Flm-oncu le curieux médaillon de bronze dont nous donnons ici la gravure. r*tte bollo pièce, qui n'a pas de revers, est conservée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale où, jusqu'à présenl, elle est re-slée sans attribution. Elle représente le busLo d'une jeune femme élégamment parée, accompagnée de t'insrription bilingue :

M'ar:.nirïia. A. .£. xviii(Hii

lii'J <l uotlcvi^'esiino).

400 MÉDAILLON LNÉDIT DE GRAZIA. NASL

Sur la partie tronquée du bras on remarque la signalur< -

La première question à résoudre pour l'expUcAtion de médaillon était celle-ci :

La légende hébraïque, par suite d'une Tanlaisic que l'érudiLi du XVI" siècle ferait comprendre, exprime-t-elle le nom d'à ■ dame chrétienne, ou bien nous oblige-t-*lle à chercher, pam les familles israélitea, une personne à laquelle puissent coc-> nir les noms qui, du reste, se lisent sans difficulté, Gtazia X"-

On pense bien que nous avons dû porter notre examen ■;-. deux côtés, et que ce n'est pas sans quelque peine que n- .■ sommes parvenu à trouver le renseignement qui nous élAÏt Drcessaire. Quelque bref qu'il soit, il est néanmoins de natuivi nous éclairer assez complëlement. Nous y rattachons d'ailleu;^ diverses indications subsidiaires qui en facilitent l'inteligence, el, une fois l'attention fixée sur ce point, il est probal' ^ que d'autres découvriront des textes qui ont échappé à n^iltpremière enquête.

Dans son ouvrage intitulé Nomologia o discursos le^o^-- Imanuel Aboab, après avoir rapporté des faits accomplisous le gouvernement de Gôme le Grand, duc de Toscaoi (1537-1564), s'exprime ainsi ;

i< Presque dans le même temps, notre nation [juive] jou-t de la libéralité d'une très généreuse dame, qui fut la très illustre Seiiora Dona Gracia Nasi, sur les vertus escellentos d les nobles actions de laquelle on pourrait écrire des livres i^: grand exemple. Elle ne voulut pas accorder son illustre -i unique fille, pour femme, à de très riches comtes et mu^uis de familles étrangères(l) qui la lui demandèrent. Le Seigneur lui donna pour gendre son propre neveu, l'iUustrissime et di^rt' d'immortelle renommée Senor Don Joseph Nasi, très mérilanl duc de Nacsia, couronne très honorable des Hébreux portugais

« En ces mêmes temps, un peu auparavant, et ce fut vu l'année 5292, suivant le comput chrétien 1332, » etc. (2).

(1) Le Ipile [lorle « de olras ijenfet, •• Je pense qu'il «agit Ut de personiU'^élraugcrs à la race Israélite.

[2) Nomologia o diacursos légales, coi/ipuetlos por el virluoio U, il. iguifnn

MEDAILLON INÉDIT DK GIUZIA NASI. iOI

Nous traduisons celte dernière portion de phrase qui n a plus de rapport avec notre sujet, pour montrer que Grazia Nasi florissait après 1532. Mais la phrase est tellement vague qu'elle nous, fournit seulement une limite supérieure sans nous permettre d'établir une distinction claire entre Tépoque oii Grazia Nasi s'illustra par sa générosité et celle où elle devint la belle-mère de don Joseph. Celui-ci, d'ailleurs, ne |)rit le titre de duc de Nascia qu'en 1567, ainsi que nous le verrons plus loin.

Nous devons faire remarquer la forme de la légende hébraïque.

HN^sna (Grazia) est un nom féminin k Tétat absolu comme sMl était suivi du mot ra fille; car K^t*: (Nasi) est au masculin et se rapporte, par conséquent, non pas à Grazia personnellement, mais à son père. L'usage du nom de famille n*existait pas réellement chez les juifs à cette époque, et si leurs relations avec les chrétiens les ont amenés à s'en servir, c'est une sorte de Fiction qui disparait ordinairement dans Thébreu, par exemple dans les inscriptions funéraires (1). Cependant ici on s'est conformé à la coutume européenne qui consiste à appliquer un nom masculin à une femme.

Le nom de Nasi est connu parmi les bonnes et anciennes familles florentines. Dans le catalogue des maîtres de la monnaie de Florence nous trouvons, de 1385 à 1491, quatorze membres de la famille Nasi qui gouvernèrent la zccca pendant vingt et un semestres (2). Suivant Scipion Ammirato, Mazo Albizi, mort en i491, avait marié sa cinquième fille, Bartolomea, à Filippo Nasi (3) qui ne figure pas parmi les dotnini

Ahoah i>. G. k., seyuntia edicion, cottyida y emendttUa por Raby D' lécliak Lopi>t». Eu Aiiistenlaiii, auuu U481 (t7i7). p. 328.

(1} Lt*i» noms de villes oiiiployé:» comme surnotn per.sontiel pour des» hommes paraissent déjà vers le milieu du xvi« siècUi ; mais (*i> ne 8ont pas encore des oouis de famille comme nous les entendons. Voir a ce >«ujet le très curieux pHit volume, publié par M. Koppehuunn Lieben, s^ous le titre de Sépher Gaied; Grabsteininschrifien des prager israel. alten FriedhofSf Prag. 1836.

y2) Giovan. VUlani e Gerardo Gentili, Istoria del fionno d^ovo, publiée dans le recueil d'ArKelati, 1152, t. IV, p. 50 H 70.

(3) Délie Famiglie noLUi fiorefU.f part. 1*, p. U, C.

ntoneltB: mais il y a ceci à noter que Nasi qui, chez les chrtiens, a une origine grecque ou latine, est aussi la trattsmition du mot hébreu icxs:, prince, qui est un surnom, commle chaldéen cohen affecté aux descendants d'Aaron, et d: aucune relation qu'une ressemblance de son avec le nom iu- , lien. D'^ailleurs ce surnom, comme tous les mots sémitique''. n'a pas d'orthographe en caractères latins; on le rend, suivui la prononciation du pays où on le transcrit, par Nasi, Nas-v. Naxi. Grazia et son neveu don Joseph ne sont donc pas de 'a famille florentine dont nous venons de parler (1). Don Joseph, qui joua un râle très important dans les événements accoot- . plis pendant la seconde moitié du xvi* siècle, n'a pas été lobjet d'études bien approfondies de la part des historiens: le I chrétiens en parlent avec rancune, les musulmans l'accepteci comme le favori de leurs sulthans ; les juifs (ceux du mrâis dont nous avons pu consulter les ouvrages} gardent le sileQ<v sur son origine. Voici comment s'esprime Mézeray dans sou Histoire des Turcs :

« Ynluif et Espagnol, ou sorti desluîfs, queiadîs Ferdioaiiii chassa d'Espagne, nommé lean Mîcqué, lequel n'avoit lais»/ l'rouince Cbrestienne où il ne se fust arrêté, non comme mi passant ou pour y trafiquer, mais pour épier ce qui s'y faisoll. afin d'en faire après son profit. Ayant doncques négocié à Lion, puis à Marseille, et de là passé à Rome, visité la Sicile, el (l^ meure quelque temps à Venise, où il fut sollicité de se fair^ Chresticn : flnalement il s'en alla & Constantinople, où il troDvi moyen d'estre présenté à Selim, auquel il sce^jt faire entendn tant de choses, comme il auoit l'esprit subtil, que ce Priori le prit en affection. Voyant doncques vn si bon commencement à ses entreprises, ce mcscbant gamimenl se fll premièrement Turc, puis il commença à solliciter Selim contre le doc it Necsie{2). » Claude Haton, prèLre de Provins au xvi* siècle. dit

(1) Il y sTait BUBsi des Nassi en Dolmatie. Un coup de canon tiré rar ur petit vaiBseau turc par la galère do Simon Nasei, de Zartt, tut, dit-on, uac à^ causes qui détermiu^reut Soliman II à Taire la guerre aox Vénitïeoa. Hetrn' lliil. gén. des Turcs, 1. 1, p. 545. — Hainnier, I/mI. de Vemp, ottom., l.V, p.»

(2) Hùt. gén. des Turcs, 1662, iu-folio, t. I, p. 68S.

.MÉDAILLON iiNÉDlT DK (;KAZIA NASi. " i03

dans ses Mémoires que Sclim II se disposa à la conquête de l'ile de Chypre, à Tinstigalion du Portugais Jean Michez, grand seigneur de sa cour (1). Dans le rapport d'un ambassadeur vénitien (1566), conservé dans les archives d'Autriche, on remarque ces mots : « Il povero duca di Naxos arrivato à Goslantinopoli per dir le sue ragioni contra quel Ebreo Giovani MicAes, quonddm Giuseppe Nassy, per esser stato datoli so- Icmnamente Naxos ed Andros (2). » Dans la correspondance du duc de Ferrare, notre personnage est nommé Zuan Miches. i >n trouve dans un rapport d'Albert de Wyss, ambassadeur de Tempercur Maximilien en 1867 : « J. Miches christianus aliicitus hebraico virginis conjugio, olim Josephus de Nassis, îçulosus, apud Selimum dum adhud Magnesia^ ageret, dux Nassia* creatus. » Albert de Wyss, qui était Flamand et ne connaissait pas bien les familles de la Toscane, parait avoir pris don Joseph pour un des Nasi chrétiens de Florence. Le rabbin Almosnino dit : « Don José Nassi, judio de nacion. » Une note en italien, étudiée aux archives de Turin et traduite par M. de Maslatrie, contient ce passage : « Le Visir remit à Cocino une lettre de créance, en date du 28 novembre 1563, et signée do Joseph Xaxi, juif portugais, appelé autrefois Jean Michel, alors puissant à la cour du grand Turc et en relation avec le Piémont (3). » Enlin un lirman turc, adressé au doge de Venise par le grand vizir et traduit par M. de Ilammer, désigne ainsi don Joseph. « Le modèle des personnes de qualité le bey franc Yasif Nasi (4). »

M. de Hammer, dans un autre endroit de son livre, s'exprime ainsi : « Joseph Nassy, ne en Portugal^ où il portait le nom de 'don Miguez et l'un de ces juifs appelés Moranas, aux-

(1) Mémoires de Claude Haton, publias par Félix Bourquvlot, 1857, ia-4«, p. 609. Le prôtre de Provins e^cxprime aintti a propos de la conquête de Chypre : « Ce que j*eo ai pu dire ci dettstus u cslt^ par le recueil que j'en ai fatcl de plusieurs pers4innes qui t»e Tautoient d'y avoir vAé présentes, tant de la uaUon frauçoyse qne espaguollc et italienne, ave<* lesquelles je me suis trouvé k diTersos fois, »

(2) Cité par Haniuicrf llisl, de Cemp, ottom.y t. VI, p. 385.

(3) Nist, de Vite de Chypre, 1855, t. Ul, prouiiêru partie» Docuuieats, p. 557. (I) lUsL de temp, olhm,, t. VI, p. 118.

quels la force avait imposé une conversion app€urenlc au< hr tianisme, s'était rendu avec son frère à Conslanlinople à 1 poque où Souleiman régnait encore. Là son amour pour .: juive aussi riche que belle le fit bientôt rentrer dans laf'^i ses pères (1). »

Imanuel Aboab dit bien que don Joseph était un juif p tugais, mais non pas qu'il fût né en Portugal, ce qui e^t f dilTérent, puisque la première de ces expressions indique rit ou communion. Néanmoins laissant de côté Zuan, fir dialectique italienne de Giovanni, remarquons que MiguezgniFie en portugais ^/6* de Michel {\\ faut donc dire non pas J Miguez, mais dom Joaô Miguez), et parait bien indiquer wi origine lusitanienne (2). Ce que nous savons positivemii c'est que la juive çpousée par le favori de Sélim était la! de Grazia Nasi ; et si don Joseph s'était réellement fait cl lien, on comprend très bien comment sa tante aura repaies grands seigneurs qui lui demandaient la main de sa 1' unique, dont le mariage devait ramener à la loi deMoi:?t' ^ membre de sa propre famille.

Le savant historien de Tempire ottoman nous apj>n.' encore que, par suite d'une correspondance qui s'élailélal ' entre Roustem-Pacha, gouverneur de Bude, et le duc dvf''rare Hercule II, ce dernier écrivit, le 6 mars 1558, au grii' vizir qu'il accordait, conformément à sa demande, au fr« -^ du juif Zuan Michez la permission de quitter Ferrare c famiglia (3).

Nous avons dit en commençant que le médaillon de (Jra/fi Nasi porte la signature P. Cette signature se retrouve, avocii date 1554, sur un très beau médaillon d'Hercule II, duf ' Ferrare, de Modène et de Reggio, qui fait partie de la colitetion de M. Le Carpentier, et qui a été publié par MAionbrouse dans ses Monuments de la maison de France, On rco'fl

(1) Hist, de Vemp. ottoman, t. VI, p. 383.

(2) Miguez est formé de Miguel comiue Ferez de Pedro ou Père, Saiiclii* ' Sancho, Velasquez de Velasco, Rodrigucz de Rodrigo, Hernandex de flfr"^'

(3) Uist. de Vemp. otlom., t. VI, p. 118. Note.

MÉDAILLON INÉDIT DK f.RAZIA NASI. 405

naît, au promîcr coup d'œil, que les deux porlrails sont bien évidemment l'œuvre du même artiste. La forme des lettres latines, des virgules qui séparent les mots, le grénelis perlé, la richesse et le stvle de Tornementation, tout en un mot concourt à établir une ressemblance évidente et remarquable; cette analogie de style et d'ajustement se distingue mieux encore dans la médaille frappée à l'occasion du mariage d'Isabelle de Franco avec Philippe II, roi d'Espagne (1559). Cette dei'nière pièce est signée \, PAVL. POG. F. et M. Conbrouse, qui ^n a trouvé un exemplaire dans la collection de M. Ferdinand Bursio, l'attribue, aussi bien que le médaillon d'Hercule II signé P, au graveur Poggio (1)/Mais nous pensons que ces deux monuments numismatiques sont, comme le portrait d(! (irazia Nasi, l'œuvre de Giovanni Paolo Poggini, orfèvre et médailleur de Florence, qui, avec son frère Domenico, avait commencé par travailler pour BenvenutoCellini; car nous ne connaissons pas de graveur de médailles nommé Poggio. Nous constatons néanmoins que M. Conbrouse était complètement dans la vérité lorsqu'il attribuait au m^mo auteur la médaille d'Hercule II, et celle d'Isabelle de France. Le comte (iicognara, dans sa Storia délia Scullura, et après lui Slefano Ticozzi (2) et M. Nagler (3), dans leurs dictionnaires des ar-

!\) Monuments de la maison de France, collection de médailles, estampes et fmrtraHs, 1856, in-folio, pi. 22j 28. — Cctti* pièce, dont il existe un bol exemplaire d'argent à la Bibliothèque imp^Tiale, a été publiée par Cicognnra, Stor. Mla Sattt., t. U, pi. 85, d« 4.

(2j Dizionario degli architetti, scultori, pittori d*ogni età et d*ogm nazione. Milano. t. UI, 1832. p. 1G4-165.

(:i) Seues allgemeines Kùnstler Lexicon, t. XI, p. iiS.

Cet article (d'un ouvrage fort utile), contit*nt quelques erreurs etnpruat<^e!> .1 Tii'ozzi fMir M. Nagler. Lucrezia et Leonora d'Esté sont indiquées comme tHuul filles d'Alphonse II, qui est leur frère; l'auteur mentionne une médaille (le Philippe H d'Espagne et de sa femme Anne de Portugal. Or, MaHe de PorliiRal était morte en la45, treize ans avant l'arrivée de Poggini en Espagne (1558); iii reine se nommait alors Marie d'Angleterre. Quant à Anne d'Autriche, dont on connaît la médaille gravée par Poggini, elle épousa Philippe en 1570. M. Nagler cite encore une médaille représentant le pape Clément VII, au revers (i(> Philippe 11, frappée en 1559, à l'occasion de la paix conclue entre la France et rE.«pagne. Clément VII était mort en 1534, vingt deux ans avant l'avènelucotde Philippe. Ticozzi dit que le portrait du pape était fait d'après Gellini* Ccfi nous montre l'origine de l'erreur que nous relevons et qui provient d'une

listes, assurent que J. P. Poggini exécuta des médailles ni: sentant Alphonse II d'Esté et sa femme Lucrezia de Mêli (1858); les sœui*s de ce prince, Lucrezia et Leonora; qu'il fit encore pour François de Lorraine, gendre d'HercuH! pour Bona Sforce, pour Marguerite d'Autriche, pour lospfl cesser de Gonzague et d'Urbin, et pour beaucoup d aulresk dames de ce temps. Cicdgnara possédait environ cinquantor. dailles qu'il attribuait à cet artiste éminenl, dont il dit:* .1 occhio degli intelligonti il suo largo e saporito stilc si com^^ da lunge (1). » Effectivement le style des médaillons signéf'^f: Poggini est si caraûlj^risé, si saisissant, qu'après avoir mi médaillons, on reconnaît sans difficulté les œuvres anocyr du même artiste au milieu de celles de Pompeo Lioni, df J copo Trezzô, de Domenico di Polo, ses émules ousesconi' porains. Cicognara nous apprend que c'est à J. P. Por> qu'il faut attribuer la plupart de ces charmants médaillof exécutés en cire de couleur et décorés de perles fines tt filets d*or, que souvent Ton a fait passer pour des ouvwj Benvenuto Collini. Or on peut observer que, dans ses mt^Ja- Ions de métal, Poggini a prodigué ces mêmes omementç. donnent, pour ainsi dire, un air de parenté à tous ses porlri de femmes. On pourrait même, à cet égard, reprochoraun dailleur florentin non seulement une trop grande unit» style, qui finit par devenir monotone, mais encore unonf duction beaucoup trop identique des ajustements, qui senii|' rait impliquer l'absence d'imagination. Nous ne savons su ' l'étiquette espagnole qu'il en faut accuser; mais il est cem que c'est à peine si on peut distinguer Tefifigie d'Isab^i*'

faupse intcrpiV'lntiou d'un passage do Cicogaara. Cet écrivain Jit en ^ 1559 Poggini avait copié, pour placer au revers de la têle de Pdi'Pk type allégorique que Cellinî avait composé en 1527 pour servir de re«M^ liMe de Clément Vil. Cicognara a soin de donner la gravure •^^'Y|., dailles (pi. 8;i, n'» 2 et 7), ce qui ne laisse aucun donle sur respnt<'^^', attentif. Seulement, la médaille de Clément VU est de 1531. '^f^"^ '. fourni à Naglcr l'indication d'une médaille imaginaire. Cellini avait repn^^ sur sa médaille Varc de Janus ; Poggini a donné une preuve de «'^ ^ . en snbstitant à cet arc la représentation du temple de Jan^^ *^°P oiies de Néron. (1) Star. deihSculf. Venezia, 1816, in-folio, t. II, p. W«-

MÉDAILLON INÉDIT DE GKAZIA NASL 407

France, modelée en 1559, de celle d'Anne d'Autriche exécutée onze ans plus tard, en 1570.

En 1558, Poggini alla s'établir en Espagne, à Tolède probablement, car ce ne Tut qu'en 1560 que la cour fixa sa résidence à Madrid. C'est dans ce pays qu*il fit la belle médaille dlsabelle de France, qu'il a signée L PAVL. POG. F., et une autre médaille, non moins précieuse, pour dona Juana, fille de Charles-Quint et veuve de dom Joaô, prince de Portugal ; cette pièce, dont il existe un très bel exemplaire de bronze doré à la Bibliothèque impériale, est signée L PAV. P. L'artiste, n'étant plus alors dans sa patrie, croyait ulile de se recommander à l'attention publique, et de constater la marque de confiance que lui avait donnée le monarque espagnol en le chargeant de graver sa médaille de mariage. A Ferrare, où il était bien connu, il se contentait d'inscrire sur ses œuvres l'unique lettre P, ou même il ne les signait pas du tout. En effet, nous avons retrouvé à la Bibliothèque impériale diverses médailles qui se rapportent aux indications fournies par Cicognara, et d'autres que cet auteur ne cite pas, toutes du même travail et accusant une même origine. L'une do ces médailles représente Lucrezia de Médicis au revers d'Alphonse II, qui l'épousa en 1558. Cette pièce a été frappée du vivant même du duc Hercule n, car Alphonse n'y porte que le titre de prince de Ferrare; Bellini, qui l'a publiée et qui la classe à l'année 1558, n'a donné aucune indication sur son auteur (1); la pièce, à la vérité, est sans signature ; mais la coiffure de la princesse et l'arrangement de sa robe se retrouvent exactement dans le médaillon de Grazia Nasi. Une autre nous offre les portraits des deux sœurs, Lucrezia et Leonora, filles d'Hercule U et

(1) Délie monete di Ferrara. Ferrare, 1761, in-4», p. 207, — Voir la note de la page 210. Bolliai n'a fait aucune observation au sujet de la signature P qui 86 voit sur les monnaies d'Hercule H publiées par lui, n**' 5, 6, 7 et 10. Oîs monnaies sont l'œuvre de l'oggini. Son frère Domenico continua la gravun; des coins après le départ de Jean-Paul pour rEs^iagne ; sa signature se voit sur les monnaies d'Alphonse II frappées en 156i et en 1565. Ûellini qui les publie, p. 217 et 218 de l'ouvrage cité plus haut, n'a donné & ce fait aucune attention. — Voy. aussi Litta, Famigiie célèbre ital.^ fasc. XXVI, n"* 33. — Tris, denum.fMéd. itaL, t. I, pi. xxx, W* 2, p. 25.

peliles-fiUos de noire roi Louis XII; celle dernière pièce porte la date 4552, el la signalure P qui parail n*avoir pas élé remarquée (1). Sur une aulre encore nous voyons les Iratts d'un frère de ces princesses, Louis d*Esle, qiïi devint plus tard cardinal et archevêque d'Auch. Un médaillon sans revers nous montre Alphonse d'Esté, neveu du duc Alphonse, arec la date 1557. Une médaille d'argent, faite en 4554, représente un frère d'Hercule II, François d*Este, marquis de Massa, ainsi que le buste de son neveu Alphonse, alors prince deFerrare (2 ; enfin, dans les planches de Litla nous trouvons une médaille du même François d'Esté, avec la date 1554, ayant au revers, la tête du jeune Louis, que nous venons déjà de mentionneras . et une autre d'Annibal d'Esté, âgé de quatorze ans (1556) (4;, C*esl aussi la date de 1556 qui est tracée sur le beau médaillon sans revers représentant Bone Sforce, femme de Sigismond I'^ roi de Pologne (5), pièce mentionnée par Cicognara et qui existe à la Bibliothèque impériale. Entre les mots qui composent les légendes tracées autour des portraits de François et d'Annibal, on observe ces mêmes virgules dont nous avons signalé la présence sur les médaillons d'Hercule II et de Grazia Nasi. Toutes les pièces que nous venons de citer ont un style commun si caractérisé, qu'on les peut séparer sans hésitation, comme nous l'avons déjà dit, de celles qui ont été modelées par d'autres artistes contemporains, et notamment par Domenico Poggini, dont les œuvres ont un tout aulre aspect. Toutefois, il est un monument numismatique qui se distinguo

* (1) Utla, Famiglie célèbre ital., fasc. XXVI, no» 42, 43. — Très, de nwn., Ued. ital,, l. II, pi. XXV, n» 4, p. 23. — La médaille porte les légende!^ LVCRETIA ESTENSIS A. A. XVII, 1552, et ELEONORA ESTENSIS A. A. XV. Cette piè»v est indiquée comme représentant Lucrczia de Médicis qui, cependant àcetl*époque (1552), n'était pas encore princesse d'Esté.

(2) 7Mf. de num., Méd. UaL, t. II, pi. xxv, n«» 3, pi. 23.

(3) Litta, Famiglie celehre Haï., fasc. XXVI, n* 45. — Dans le Trésor de num., Méd, ital., t. I. p. 26, ce prince Louis, second fils de Renée de France, a été pris pour Alphonse, son frère atné, malgré le nom inscrit dans la légendi*.

(i) Litla, Famiglie celehre itaL, fasc. XXVI, n« 13. — La légende ej^t ANl- BAL ESTENSIS-A-A-XIII, 1556. Au revers, INTEMPESTIVA VENIS. Le jeuîw priniM» repousse la mort qni vient pour le saisir.

(5) Très, de num., Méd. allemandes, pi. X, u» 4, p. IS.

par une liaison plus étroite encore avec le médaillon de Grazia Nasi : c'est une pièce d'argent qui représente Isabelle d'Esté avec la légende ISABELLA. RAM. D. EST. et la date MDLVL Costume, ornements de la coiffure, forme des caractères, grënetis, tout enfin jusqu'à la signature P inscrite sur le bras tronqué et qui n'avait pas encore été signalée, concourt à produire une ressemblance frappante (1).

On voit donc que de 1552 à 1 558, J. Paul Poggini a reproduit rimage des princes de Ferrare. D'un autre côté, on se rappelle qu'en 4558 le duc Hercule autorisait le frère de Joseph Nasi à quitter cette capitale avec sa famille ; dès lors on est autorisé à croire que Grazia résidait dans la même ville, et était comprise dans cette famille à laquelle on permettait de se rendre à Constantinople. Nous ferons remarquer que le voile donné à (irazia par Poggini se retrouve sur la médaille de dofia Juana, fille de Charles-Quint et mère du célèbre dom Sébastien. VéCiie princesse, lorsque Poggini passa en Espagne, était, depuis quatre ans (1554), veuve de dom Joaô, cinquième fils de dom Joaô III, roi de Portugal. Sans doute le voile était un signe du veuvage de doiîa Juana, et nous sommes disposé à croire qu'il avait le même sens dans le portrait de Grazia qu'Imanuel Aboab nous représente comme une generosissima matrona^ sans nous parler de son mari. J. P. Poggini, arrivant do Florence à Ferrare, à une époque qui nous est inconnue, aura accepté avec empressement Toccasion qui se présentait à lui do faire avantageusement connaître son talent en exécutant le portrait d'une riche et belle juive; c'est peut-être à ce travail, accompli avec habileté, qu'il a dû la commande du médaillon représentant les deux filles du duc Hercule, Lucrezia ot Loonora, médaillon qui ouvre la série que nous avons tenté do reconstituer. Si Grazia avait dix-huit ans (l'Âge indiqué par notre médaillon) vers 1552, sa fille pouvait être née l'année précédente, et avoir atteint l'âge de seize ans en 1567. C'est alors que cette jeune personne, arrivée à Constantinople avec

(1) Tréi. de num., Méd, îfaL, t I. pi. XXX, n* i. ^ La pièce existe à la Bibliothèque impériale.

ilO MÉDAILLON INÉDIT DE GRAZIA NASL

sa mère, aura épousé don Joseph, sod cousin, qui venait d'^tr fattducdeNaxia.

Le titre de duc donné & un Israélite au xyi* siècle pan. assez extraordinaire pour qu'il soit utile d'entrer dans qni"^ ques détails à ce sujet.

En 1207, le Vénitien Marc Sanudo s'était emparé de l'tle < Naxos (nommée aussi Nacsia ou Naxia), et reçut de Hecr empereur de Constanlinoplc, le litre de duc, que sa postén conserva jusqu'en 1372. Le duché passa alors à Franra Crispo, et un de ses descendants, Jeiu) Crispo, devint trib::' taire de Soliman U, après que Khaïr-ed-Din (Barberonsse: v fut emparé de l'Ile, ainsi que le malheureux duc le racon ^ dans une longue lettre adressée en 1537 au pape et aux princechrétiens (1).

Jacques Crispo reçut de Jean, son père, le duché de Nai'->. et le conserva, comme tributaire du sultan, jusqu'en 15G6 qui fut appelé à Gonslantinople, ot) Joseph Nasi sollicitait, dit-ot. contre lui. Crispo fut jeté en prison, dépouillé de ses biens, t. sa principauté fut donnée au favori de Sélim, qui avait ul instant rêvé la possession d'un titre plus brillant encore. Alor^ que ie QIs de Soléiman était gouverneur de Kutaya, dei Joseph ne cessait de lui prodiguer les ducats de Venise, el !^ vin de Chypre que le jeune Osmanli aimait beaucoup trop >. qui causa sa mort. Le juif représentait combien il était farii< de se procurer en abondance l'or et le vin en faisant la conquètr de l'île qui les produisait, et Sélim s'écria un jour : « En vérilé. si mes désirs s'accomplissent, tu deviendras roi de Chypre! ■ Cette promesse remplit le juif d'espérances si aoibilienseï' qu'il lit suspendre dans sa maison les armes de Chypre, arei ci!tte inscription : « Joseph, roi de Chypre (2). » Don Joseph

H) Tonnietort, Keial. (Tun vogagr au Levant. Lyoa, ITÎI, t. I, p. 254. — Sd' Q cooquèle de Naios par D&rberous»e, va;. Hammer, Hût. de temp. atlv . t. V, p. asi-283, et la lettre de Jean Crispo dans Buchon, Rechercha et malrriaux pour tervir à une higloire de la dominaliott françaite dana let frorm' démembrées de l'empire grec, 1840, preiui^re partie, p. 3SQ et huit.

(2) Hammer, Hiil. de femp. otlom., t. VI, p. 3S4, et les autorités tititf |>jr le «avant oriental! ri f> dans la note 1 do la poRC 533.

MEDAILLON INÉDIT DE GRAZIÂ NASL 4M

Nasi, (( qui exerça une haute influence sur toutes les affaires, décida quelquefois des question de paix et de guerre, » mourut en lS78.(i). Son duché, qui comprenait Naxos, Paros, Antiparos et autres Cyclades, fut d'abord partagé entre trois defierdars ; plus tard, il passa à la famille espagnole Coronello, qui se perpétua à Naxos et fut longtemps chargée de la gestion du consulat de France (2).

On a pu remarquer que dans leurs rapports de 1556 et de 1557, les ambassadeurs vénitien et allemand disent, en parlant de don Joseph, quondam Giuseppe Nassy, olim Josephus de Nassis. M. de Hammer pense « que le nom antérieur du juif a été confondu avec son nom ultérieur (3). » Mais il me semble, au contraire, que les ambassadeurs ne se sont nullement trompés. Lé surnom Nasi appartenait à la famille de don Joseph, puisque sa tante Grazia le portait ; c*est là un fait que la médaille démontre. Si don Joseph a plus tard évité de prendre un titre hébraïque comme Nasi, et s*il a indiqué sa filiation à la manière portugaise, c'a été sans doute pour se soustraire à Fattention malveillante des chrétiens pendant le séjour qu'il fit à Lyon, à Marseille, à Rome, en Sicile et à Venise. C'est dans cette dernière ville quUl aurait été sollicité do se faire chrétien, à ce que nous dit Mézeray, qui parait bien informé. Toutefois, en accusant don Joseph de s'être fait turc, c'est-à-dire musulman, nous croyons que l'éminent historien s'est un peu trop laissé aller à sa mauvaise humeur contre le spoliateur de Jacques Crispo, et qu'il abuse du droit dr commenter les événements par voie d'induction.

Kn définitive, le médaillon conservé à la Bibliothèque impériale se trouve complètement expliqué. Nous savons en quel temps, en quel lieu, pour quelle personne et par quel artiste il a été exécuté ; c'est une sorte de problème numismatique que nous cherchions à résoudre ; et si nous avons donné

(1) /Wrf., t. Vr, p. 119; t. vu. p. 59.

(2) Touraefort, Mat, Wtm rof/age au Levant, (. I, p. 263. ~ Bnchon., herh, iur la domin, frnnr, dans les pror. de iempire grec, première partie, p. 368.

.3) Hhf, de Vemp, ottmn., l. Vr, p. 386.

quelques développements aux faits historiques, c'est quV devaient amener le lecteur à, conclure comme nous l'ave fait. Quanta l'œuvre du médailleur Jean-Paul Poggïnî, <;ii nous croyons digne de toute l'attention des Duinîsinatiste&, faudrait, pour en bien faire comprendre l'importance, retriL ver et décrire les nombreux monuments indiqués si briëvem-: par Cicognara ; il faudrait, en un mol, entreprendre, au suj'^ de cet artiste, une monographie comme celles que M. JdIÎd- Friedifender a dernièrement consacrées à Andréa Guacîal-' e( à Benvcnuto Cellini.

bV TOMB QUATRIÈME.

l'âge».

I. — (1837.) Monnaies ini'dîtos de quelques prélats français.

(Vignettes.) 1

2. — (1838.) Go/rf rrie?w wiYA « Dorovernis». ^ Vignette.) Il

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