DIOCLÉTIEN ET LA TÉTRARCIIIE
^Extrait du tome XI (nouvelle série) de la Revue numismatique,
1866, pp. 156-164.)
On est encore loin d'avoir étudié d'une façon complète les marques placées à Texcrgue du revers des monnaies romaines frappées pendant les uf et iv* siècles de notre ère.
M. le marquis de Lagoy nous a, à la vérité, fourni dès 1838 une clef méthodique qui pouvait singulièrement avancer la question. Mais son excellente explication se trouvait consignée sous forme de lettre dans l'ouvrage d'un autre archéologue où personne n^allait la chercher, et nous avons cru devoir la reproduire dans cette Itevue (1).
Autrefois, les PP. Banduri et ïanini ont donné une place considérable dans leurs catalogues aux marques monétaires. Cependant, n'étant dirigés par aucune méthode, ils se trouvaient sans défense contre les mauvaises lectures. Us ont accepté de bonne foi tout ce que leur fournissaient leurs devanciers; et dans les descriptions qu'ils ont faites de monnaies existant sous leurs yeux, on sent qu'ils procédaient (en ce qui concerne ces marques) au hasard, s'en rapportant au premier coup d'oeil, qui peut si souvent égarer. L'incohérence apparente des marques monétaires rebutait l'attention des numismatistes. Les lexiques, comme ceux de Gusseme et
104 RECHERCHES SUR I.E.S ATELIERS MONÉTAIRES, de Rasche, par. nxcmple, enregistrant tout ce que les catalogues fournissent, propageaient l'orreur au lieu de la restreindre.
Il en est résulté que peu à peu les amateurs de médailles n'ont plus attaché d'importance aux marques monétaiœs. Mionncl et M. H. Cohen ne leur accordent qu'une place însuf- Asante; et ce dernier, en les isolant de la description des revers dans son ouvrage sur les monnaies impériales, si utilt* d'ailleurs, semble avoir désespéré du profit qu'on pouvait en retirer.
En eiïet, l'explication des marques d'ateliers n'a de solidité qu'autant qu'elle se trouve d'accord avec l'ensemble des types et légendes des monnaies qui les portent: et, d'autre part, ces marques, considérées isolément, ne pourraient offrir aucun intérêt historique. Quelque pénible que puisse paraître pour les rédacteurs de rnlalogues le système adopté par Banduri, c'est encore, sauf quelques modifications qu'il est facile d'y apporter, celui qui nous procure les documents les plus eflicaces.
Nous eu parlons après expérience faite ; car nous avons plus d'une fois regretté dans le cours de.s recherches qui nous occupent ici, de n'avoir pas obtenu des livres modernes les secours qu'ils semblaient devoir nous prêter. Mais venons an sujet que nous voulons exposer.
Il importe d'écarter d'abord toute mauvaise leçon. La tArho oITre bien quelque difficulté. Comment décider que tel ou tel rédacteur de catalogue ancien s'est trompé dans sa lecture, alors qu'il transcrivait les marques empreintes sur des monnaies dont les mêmes exemplaires ne sont pas sous nos yeux? En s'appuyant sur le sens général des groupes? Mais si ces groupes comportent dans leur formation un certain nombre d'éléments empruntés aux auteurs qu'il s'agit de contrôler, on risque de tomber dans un cercle vicieux.
Il faut donc recourir à la plus grande somme possible de monuments originaux, etensuilese rendrecompte des chances d'erreurs de nos devanciers. Pour les apprécier, il est presque
DIOCLÉTIEN KT I.A TÉTRARCHIE. m\
indispensable d'avoir soi-même copié des textes antiques de diverses langues, ce qui permet de poser ce principe : « On ne i'opie exactement que ce qu'on lit, et on ne lit que ce que Ton comprend. »
D s'ensuit que la copie de caractères sur le sens desquels le Iranscripteur n'a pas eu d'idées précise, n'oflre aucune garantie. Mais d'un autre côté, comme toute règle a ses exceptions, lo hasard peut l'avoir conduit plus d'ime fois et comme malgré lui à lire juste.
C'est là-dessus que doivent se fonder nos scrupules.
Il est à remarquer qu'à l'époque où furent fabriquées les monnaies dont nous allons parler, c'està-dire celles de Dioclétien et de ses associés, les caractères de l'alphabet latin avaient des formes qui peuvent faire naître bien des confusions. L'V ressemble à TA et à l'N; TR est en même temps 1res voisin de l'A et du B. Le A, TA, TH et l'M se confondent dans leurs altérations; sans compter qu'il existe dans les exergues, entre les caractères alphabétiques, des symboles que parfois on a pris pour des lettres. Les petites gerçures du rni>Te occasionnées par la fabrication et par le temps attaquent souvent la forme de ces lettres de l'exergue, au point de les rendre méconnaissables. Avant donc de faire entrer dans nos listes une marque monétaire empruntée à Banduri, Tanini, Rasche, il faut se demander si elle se rattache à une série. Si elle s'en écarte en un point, on doit avoir recours à la monnaie originale. C'est ce que nous avons fait autant que nous l'avons pu, et les monnaies ont toujours répondu à notre attente.
Pour montrer le parti qu'on peut espérer de l'étude des marques d'atelier, nous nous attacherons aujourd'hui à une classe très restreinte, bien délimitée, qui nous permettra de soumettre aux archéologues des résultats clairs, peu nombreux, mais par cela même plus facilement saisissables.
Nous voulons parler des moyens bronzes de la tétrarchie, qui sont, à ne consulter que leur légende circulaire, incontestablement frappés à Rome, dans l'Urbs par excellence.
lOfl RECHERCHES SUR LES ATELIERS MONÉTAIRES.
La légende du revers se présente avec les variétés que voici :
SACRA MON VRB AVGG ET CAESS NN SAC MONET VRB AVGG ET CAESS NN SAC MON VRB AVGG ET CAESS NN SAC M VRB AVGG ET CAESS NN S. M. VRB AVGO ET CAESS NN
De la combinaison de ces variantes, il résnlte une lecture parfaitement déterminée : Sacra moneta Urbis Avgustorum et CiPsarum nostrorum.
Donc, les marques placées à l'exergue ne peuvent se rapporter qu'à Rome, et par conséquent aux diverses officines qui existaient dans la ville éternelle.
Dans chacune de ces officines, frappul-on simultanément des monnaies au nom des deux augustes et des deux césars? Nous ne le croyons pas,
11 est facile de reoiarquer, en étudiant une autre série appartenant à la même époque, celle des moyens bronzes de Carthage à la légende Salvis augustis et cœsaribus feiix Karthago, que les notes numérales grecques placées à l'cxerguo s'accordent avec ie rang que chacun des princes occupait dans l'État :
Augg.
Cœss.
( Dioclétien A
Maximien Hercutius. .
\ Constance- Chlore. . .
[ Maximien-Galère . . . ,
Il y avait donc à Carlhage une officine aiïectée h. chacun des membres de la tétrarchie.
Ceci posé, il n'est pas fort malaisé de voir qu'en classant les mQvens bronzes de Rome dans l'ordre hiérarchique des princes, on obtient un résultat identique :
Diocl. aug. R.P.
P, foudre.
R, croissant, P
Maxim, aug. R.S.
S, foudri'.
S, massue.
R, croissant. S
ChloruscŒs. B.T.
T, foudre.
T, massue.
R, croissant, T
llalère ca>s. R.Q.
Q, foudre.
H, croissant, Q