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TROUVÉES AU MONT-BEKNY (OISE

dans la forêt de Compiëgne, M. Albert de Roucy a découvert au Mont-Bemy, vers la fin de 1864, un nouveau plomb qui a pour types, au droit, un cerf entre deux plantes; au revers, le petit rameau au-dessous duquel on litME*-0 — S en deux lignes. Malheureusement une exfoliation du métal a détruit une parlie de la légende.

Mais le Irou qu'elle a produit a précisément la largeur nécessaire pour contenir les caractères DI; en sorte qu'on pourrait restituer la légende sans beaucoup de hardiesse, et y voir 3IE [DI] O, surtout alors que le petit rameau relie la pièce qui porte cette légende à celle qui a été décrite plus haut, et 'qui nous a fourni le mot indubitable MEDIOL.

La lettre S qui se voit dans le champ de la dernière monnaie, à la seconde ligne, est difficile à rattacher au nom des Medioianenses ; c'est peut-être la marque d'un semis. La série des tiécoavertes n*est sans doute pas épuisée, et il vaut mieux attendre la venue de quelque nouvelle monnaie que d'insister sur une explication qui laisse des doutes dans l'esprit.

Il nous reste à chercher à quel Mediolanum appartiennent les trois plombs du musée particulier de Compiègne.

Mediolanum est un nom gaulois commun à un certain nombre de lieux. On connaît, outre le Mediolanum de la (laule transpadane, aujourd'hui Milan, Mediolanum Sanlonum (Saintes), Mediolanum Aulercorum (Evreux), Mediolanum entre Rodumna (Roanne) et Forum (Feurs), Mediolanum entre Argenton et Néris (Château-Meillan), Mediolanum entre Eclaron et Saint -Dizier (Moëlain), Mediolanum Ordovicum en Grande-Bretagne, etc.

Est-ce à Tun de ces Mediolanum qu'il faut attribuer les mon« naics que nous étudions? cela me parait extrêmement douteux.

iOO MONNAIES DE PLOMB DE MEDIOLANLM

On sait que les espèces de valeur inlime onl une circulation très restreinte. De savants voyageurs, entre autres MM. Waddington et de Saulcy, ont remarqué que sur le site des villes antiques on ne rencontre guère, en fï^it de monnaies de cuivre, que des pièces frappées dans ces villes même. J'incline donc à penser que les pièces déterrées en trois fois au Mont-Berny sont originaires du pays où elles avaient été enfouies, c'est-à-dire d'un Mediolanum situé sur la lisière de la forêt de Compiègne.

Le Mont-Berny, comme le camp de Saint-Pierre, se trouve * à la pointe orientale de cette forêt, sur la voie antique qui conduit à Champlieu. Toute cette partie du pays, dans une* longueur d'environ huit mille mètres, présente de distance on distance des ruines antiques d'un grand intérêt.

Un théâtre, un beau temple dont les restes dénotent une grande recherche dans l'ornementation, des bains et de nombreuses habitations indiquent que là vivait une population assez considérable.

Parmi les ruines, on a exhumé des outils de toute sorte, des monnaies d'argent en grand nombre, des bijoux, des armes, des inscriptions. Des coquilles marines recueillies en certaine quantité montrent que les habitants aimaient le luxe de la table, ce que confirme encore l'élégance des ustensiles domestiques.

A coup sur la localité où se trouvent toutes ces choses, accumulées maintenant dans le musée de TËmpereur, a porté un nom. La Garenîie du roi, la Canière du roi^ Queue-Saint- Etienne j et d'autres appellations analogues ne peuvent pas avoir une bien grande ancienneté, et indiquent toute autre . chose que des lieux habités.

Je me suis donc pennis de faire part à l'Académie des ins- |S I criptions et belles-lettres du fait dont j'entrevois Texistence.

Le lieu anonyme qui a laissé subsister tant de vestiges consi- !3||j dérable à Torient et au sud de la forêt de (^ompiègne se nom-

mait Mediolanum. Plus ce nom est commun dans les Gaules, \ 'j et plus il me parait permis de l'attribuer aux ruines parmi les-

; ij quelles ont été déterrées les trois monnaies de plomb que j'ai

TROrVÊKS AT MO.NT-HERNY (OISK). lOt

décrites. Jo dis monnaies, comme je Tavais déjà fait en 1861, parco que depuis cette époque, j'ai publié des pièces de plomb recueillies par Marietlo-Bey au Sérapeum de Memphis, pièces sur Tune desquelles se voit la marque de valeur non équivoque B OBOAOI (1).

Notre savant collaborateur M. Huillard-BréhoUes, frappé de TintérAt qu'offre pour l'histoire de nos Pagi, la collection des pièces de plomb qui tend à s'accroître, a bien voulu faire, do son côté, quelques recherches dont il a eu l'obligeance de me communiquer le résultat.

a Dans la carte de Cassini (n"" 44), parait un Ru Melaine (Rae Melaine dans la carte de l'état major, n^'SS), indiqué comme un lieu habité entre Pierrefonds et l'écart de Fontenoy . a J*ai vainement cherché, ajoute mon confrère, dans les litres de la Châtellenie de Pierrefonds la mention de cette localité; je crois que le nom de Melaine s'applique plutôt au ruisseau qui sort de l'étang de Pierrefonds, passe à Fontenoy au pied du Mont-Berny, alimente ensuite les étangs de Saint- Lazare, Batigny et Vieux-Moulin, et va se jeter dans l'Aisne au pont de Berne où il prend le nom de Ru de Berne. Dans une charte du pape Alexandre III, un Mediolannm est mentionné comme appartenant à l'abbaye de Saint- Waast d'Arras, Mt placé à côté de noms de lieux du comitatus de Beauvais (2) . » Il est très évident que si nous avions à traduire en latin Ru-Melaine, la première expression que la déduction philo-

' I ; Revue numism., 1861 , p. 407, pi. XVIII, n^ 1. — P. 507 et pi. XI, ii* 1 du tome 11 de» (JKucres de A. de Longpérier.

(2) Méni, de fAcad. d'Arras^ t. XXI, 2* partie, Herhej'ches sur l'abbaye dr Saint'Vaastt par M. Tuillier.

Page 351. Privilège de Charles, empereur, ver.-^ 877 : « In pago VormandoDBi Mf^diolaoas, Valiez, Puteas-aquas. »

Page 359. Privilf^ge du roi Eude», 891 : '« lu pago Belvacongi Mediolaims, Ptiteaa-aquas, Angili curtem, Vallès. »

Page 366. Ad née 1024, privilège de Benoit VIII : « Val$i, Puteas-aquas, Me- (liolanum, Breni, Senous, in pago fiatuano, » etc.

Page 394. Auoée 1169, privilège d'Alexandre III : » Puteas-aquas, Anilinum, Bubircurt Bef-ny, Meurchin, Moylens (qui paraît bien identique avec Meiliolanum), Vallès super summam pluvium,' » etc. ,

Il est anssi question, en 1115, des moulins de Meanllens.

(A'o/e de M, HuîUard-BréhoUes,)

MONiNAIES DE PLOMB DE MEDIOLANUM.

logique nous conseillerait serait Itivus Mediolani. La chute des consonnes dentales à l'intérieur des mots étant une des conséquences les plus habituelles de la durée de ces mots chez nous, il est certain que Melaine est bien plus voisin de Mediolani que Milan et Moëlain de Mediolanum. Le rappro- (chôment établi par M. Huillard-BréhoUes est donc fort séduî- $anl. Toutefois, je ne puis m'empêcher de remarquer que nous ignorons encore si le nom de Ru-Melaine a quelque antiquité, s'il ne tire pas son origine de quelque nom d'homme apporté de loin. Cela, sans doute, est peu probable ; mais l'abus des lieux-dits m'épouvante. Et je préfère, dans une certaine mesure, suspendre mon jugement sur une question présentée avec la plus grand réserve par un savant plein de critique, que de me jeter sur le terrain des lieux-dits si fertile en extravagances. Les bonnes preuves d'ailleurs nous viendront peut-être à l'appui d'une proposition qui est très ingénieuse.

Je dois faire observer que la pièce découverte en 1864 a pour type un cerf entre deux plantes ou arbrisseaux, sujet qui convient parfaitement à une localité sise sur la lisière d'une forêt. Le petit rameau tracé au revers est identique à celui qu'entoure la légende MEDIOL.

J'insiste encore sur un point : Les pièces de plomb trouvées au Mont-Berny se rattachent étroitement à celles qui proviennent d'Alise et de Perthes, et nous montrent comme plus certaine encore l'existence d'un monnayage particulier dans la Gaule, à une époque assez avancée de l'empire que nous indique la forme des caractères, très semblables à ceux des monnaies romaines du m' siècle. Cette époque s'accorderait fort bien avec le style du temple de Champli^u.

Déjà au temps de Galba la Gaule avait émis des monnaies autonomes (1). Les troubles qui survinrent en Italie depuis le règne de Septime Sévère jusqu'à celui d'Aurélien ont laissé plus d'une fois aux provinces l'occasion de manifester leur indépendance.

(1) Revue numism., 1862, pi. VU, n* 4.

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