‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 50 sur 280 · SUR LES DRAGONS DE L'ANTIQUITÉ. M · texte numérisé non relu

SUR LES DRAGONS DE L'ANTIQUITÉ. M

avait bâti là-dessus une fable : un sanglier ailé avait ravagé les terres de Qazomènc (1). C'est un bon fonds de légende qui implique toujours un héros libérateur. Depuis Bellérophon jusqu'à Dieudonnéde Gozon qui tue le dragon ailé de Rhodes, le roman se présente toujours de la même manière. Une anomalie apparente, résultant de conceptions philosophiques, engendre une histoire fantastique.

M. de Longpérier regrette l'absence de son savant ami M. Maury, si compétent en cette matière, qui, dans un livre remarquable, a étudié tout particulièrement l'influence des représentations de l'art sur les légendes du moyen âge. Ce qui sVsl produit dans l'antiquité au sujet des héros s'est répété au moyen âge au sujet des saints, ces héros d'une nouvelle croyance. Au sanglier ailé de Clazomène, il faut assimiler lo dragon que réduisent et enchaînent tant de saints pcrsonnages, saint Romain à Rouen, sainte Marthe à Tarascon, etc. De pieux artistes les avaient peints traînant enchaîné le dragon de Terreur, le paganisme vaincu. C'était une idé(» toute morale, ingénieusement symbolisée. Mais, plus tard, des gens ignorants qui ne pouvaient élever leur esprit jusqu'à la conception primitive, ont cherché à ces compositions une cause matérielle, et Içs récits de monstres dévastant les environs d'une ville ont été remis en honneur. Ainsi naissentdans tous les temps ces légendes toujours postérieures aux représentations de l'art, et qu'on ne rencontre pas dans les écrits contemporains des personnages auxquels on les rattache. La question des légendes constitue un sujet immense qui ne saurait être exposé ici, dit l'orateur, qui s'excuse de l'avoir même effleurée en passant. Mais il lui a semblé utile de dégager l'étude des temps préhistoriques d'une recherche dans laquelle la connaissance des animaux antédiluviens ne lui parait devoir apporter aucun éclaircissement.

(i) Oe animalium natura, lib. XII» cnp. xxxvui.

LSAGE DES HONNAIRS

5, — ('fin»i4^ralions sur l'usaye des monnaï^f ft/tni In hatit^ antiquité <pp. 305-307).

V. Af, Longpérier demande à l'assemblée la permission Af. \m Koumcltre quelques remarques au sujet des communîrtdiitn* qui viennent d'i^tre faites et qu'il a écoutées avec un vif înl/îrAl,

y.n parlant des cimetières antiques de la Savoie, de celui d'Ilalliilalt, on a constaté que les sépultures ne renfermuenl fM% ilf monnaien. Il ne faudrait pas tirer de cette utile observation la flonséqucnce rigoureuse, absolue, que les sépulture» r( par iniit(' Ip» objets qu'elles renfennaient sont antérieurs h rinvKnlion de la monnaie ; même, ce qui est encore différent, il l'iiftnge do la monnaie, soit dans les contrées voisines <lii llnniibo, noit dans la région des Alpes. En Italie, dans In ((ftirln, on firbro, un a souvent ouvert, sans y rencontrer une Hi'ulit monnaie, des tombes appartenant notoirement à des <<|p<)qtioH ofi le numt^raire était abondant. D'autre part, les Krnriiln dépAls d'as très antiques, d'«£ rude, auxquels il a élé fuit iilliiflion, ont été trouvés, non dansdes tombes, mais dans di'H itnurci'», des fontaines, comme à la Falterona et à Vicarollo. On les y avait jetés pour se rendre propices les divinités des PRHX. '

LVk rude n'a pas circulé en dehors de l'Italie ; comment aurait-on pu trouver des pièces appartenant à ce système dans les tombes de la Savoie et de Hallslatt ?

D'ailleurs, la monnaie est le résultat d'une invention peu ancienne, .Son ialmduclion n'a pas été partout également rapide ou iad\f. Onoique le goùl des richesses soit assez général, il ne «'e»t pas toujours traduit par une sympathie bien vive pour les métaux marqués d'une empreinte officielle. De très grandes monarcbîes. comme celles de l'Egypte, de la Babylonie, de l'AMvrie, ont occupé dans le monde une place éminente sans avoir mi recours à la monnaie. Ce signe d'échango Mt né chez de» jietils princes, comme les rois de Lydie, de

DANS LA HALTE ANTIQUITÉ. loi

SamoSy do Macédoine el dans certaines petites républiques de Iltalie méridionale. Longtemps encore après l'invention de la nionnaie, l'Egypte négligeait d'en faire usage. De nos jours même, il est en Asie, en Afrique, de vastes contrées où le signe d^échange n'est pas métallique, où l'on se sert de coquilles, de sel, en guise de monnaie. En Chine, on préfère les lingots aux espèces monnayées.

Quant à la Germanie, où^e sont retrouvés les grands dépôts d'armes et d'ustensiles d'Hallstatt, la monnaie n'y a été connue que fort tard. Celle dont on a fait usage, d'abord près du bas Danube, puis successivement jusque vers les sources de ce fleuve, était une imitation plus ou moins dégénérée de la monnaie macédonienne du rv" siècle ; et ce n'est guère qu'au m* siècle avant notre ère qu'on en fabriqua dans les pays occidentaux qui représentent l'Allemagne et la Gaule. On aurait donc tort de s'attendre à recueillir des monnaies dans les sépultures germaniques antérieures au règne d'Alexandre, époque assurément très historique. L'observation du savant M. Cari Vogt relativement au laps de temps pendant lequel on a continué à pratiquer des inhumations dans le cimetière d'Hallstatt est très juste et très importante. Il est possible qu'on retrouve plus tard quelques indices concernant l'âge des divers monuments qu'on y a recueillis. En attendant, on pourrait déjà signaler un élément chronologique qui n'a pas encore été mis en œuvre. Dans quelques tombes d'Hallstatt ont été recueillies des épées à poignées d'ivoire d'une forte dimension. C'est là un fait nouveau. Or les peintures de vases à figures noires, appartenant au v® siècle avant notre ère, nous montrent des épées dont la lourde poignée à gros pommeau est peinte en blanc (1). Cette couleur n'est employée par les artistes de cette époque que suivant certaines règles et avec un grand discernement. Le blanc sert à exprimer l'ivoire quand il est appliqué aux lyres. Il en doit être de même pour les poignéesd'épée dont la forme rappelle celle des armes d'Hallstatt. Sans

(I) Voir, par exemple. E. Gerhard, Auserlesene gn'ech, VasenhUd,, t. II, pi. 108, 119.

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