DES
( Extrait ilu louie Xlll (uuuvelle série) de lu Revue numismatique, 1868^
pp. 395-396. }
M. le comte de Salis opère en ce momenl au Musée Britannique un nouveau classement des médailles romaines qui \Mirait devoir introduire une sorte de révolution dans nos études. Jusqu'à présent, dans la plupart des grandes collections, ces monuments étaient rangés par ordre alphabétique «les revers, et divisés suivant leur module et le métal dont ils sont faits. C'est un système commode pour la conservation matérielle des monnaies ; il épargne la place, il permet de trouver très rapidement la pièce dont on a besoin à un moment donné. Mais, il faut le dire, ce système est fort nuisible à i^avancement de la science. Il produit des résultats vraiment ridicules, car il intervertit Tordre de fabrication des monnaies, brouille tous les événements historiques, fait dans le même règne succéder les portraits du jeune homme à ceux du vieillard, et nous montre, grâce à Tordre alphabétique, Tempereur parlant pour la guerre (Profectio) après sa mort {Consecratio), Eckhel nous a laissé un admirable cadre à Taide duquel les monuments numismatiques sont répartis dans un ordre parfaitement logique quant à la chronologie ; mais son élude n a pas été assez complète, en ce sens qu'il ne s'est pas suffisamment enquis de Torigine géographique des monnaies dites de coin romain. Charles Lenormant, dans ses Lettres à M. de
2IÏ CLASSKHEiNT DES MOiNNAlBS HOMAENES.
Saitictj insérées dans la Revue, de 1848 à 18S4, a montré pour le Bas-Empire une voie nouvelle dans laquelle M. de Salis est entré résolument;' M. Vaux, conservateur du Médaîllcr Britannique, lui a confié le soin délicat d'appliquer sa doctrine â la collection publique, et le Numismatic Chrouide nous fait connaître l'état du travail entrepris. Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à se tenir au courant des observations éminemment intéressantes publiées par notre savant con&^rc de Londres. En combinant les données historiques indiquant dans quelles contrées certains empereurs ont régné {Aibïn, Niger, Postume, Caransius et Allectus, etc.) avec les marques d'ateliers et les légendes des pièces coloniales. M. de SaJîs arrive à déterminer les caractères physiques qui distinguent les productions monétaires des diverses provinces de l'Empire, et même des villes en particulier. 11 a déjà obtenu des résultats fort importants sur lesquels nous aurons à revenir plus d'une fois. Quand les opérations seront complètes, et lorsqu'elles auront subi le contrôle de l'examen et de la criliquc raisonnée des travailleurs, on pourra comprendre l'origine géographique des monnaies, savoir si un type a été adopté plus ou moins généralement, ou bien restreint à quelques localités. Il sera donc, en certains cas, plus facile de savoir à quels événements, à quelles idées il se rapporte, et chaque contrée de l'Europe utilisera pour son histoire des documents qui lui appartiendront en propre. On voudra s'eniliiérir comme M. de Salis, des causes qui firent qu'un atelier a (ïiii ouvert à telle époque et fermé à telle autre. La numisnial ique romaiue prendra un nouvel aspect, et acquerra, j'ose W: litre, un nouvel attrait. Formons donc des vœux pour que le savant antiquaire puisse conduire à bonne fin la tâche considérable qu'il s'est courageusement imposée.
A oTicB sur deux bustes (T Auguste et de Liviey récemment
acquis par le musée du Louvre.
C Extrait du lome IV (douycUc série) des Comptes rendus de f Académie des inscriptions et beUes-lettres, 1868, pp. 322-324.)
Le Musée du Louvre a récemment acquis deux bronzes antiques très précieux, qui étaient pendant de longues années restés inconnus des archéologues. Ce sont des bustes d'Auguste et de Livic, trouvés, vers 1815, dans le sol du domaine de Bretagne, commune de Neuvy-le-Réal (Allier). Ds furent découverts par un paysan qui creusait le sol d'un chemin.
Le premier représente Auguste, la tète nue ; les yeux sont incrustés en émail blanc avec pupille noire. Ce buste s'ajuste, au moyen d'un goujon fixé à la partie inférieure de la poitrine, sur une base circulaire haute de 4 centimètres (diam., 13 cent.) décorée de cercles en relief tracés autour, et percée d'une mortaise.
Sur le devant de cette base, on lit entre deux moulures :
CAESARI 0 AVGVSTO ATESPATVS • CRIXI ' FIL • V ' S ' L • M
Le second buste est celui de Livie. Les cheveux sont relevés autour du front, formant saillie sur le devant, et chignon sur la nuque. Deux grandes mèches fondues à part sont fixées dans deux trous pratiqués en arrière des oreilles et tombent
21 i NOTICIÎ
sur les épaules. Uno petite draperie couvre la poîlrine. Los yeux sont incrustés. Sur la base circulaire, on lit :
LIVIAE AVGVSTAE ATESPATVS • CRIXr FIL ' V • S * L ' M
Les deux bronzes ont été évidemment exécutés parle mémo artiste et consacrés à la même époque, car les caractères des deux dédicaces sont identiques.
Cette époque se place entre Tan de Rome 727 (27 avant J.-C), date du changement d'Octave, et 767 (14 de J.-C), date de la mort de l'Empereur.
Il était encore vivant lorsque les bustes furent dédiés, puisqu'il ne reçoit pas dans l'inscription lo titre Divtis. Livie no prit le nom Julia qu'après la mort d'Auguste, et en vertu du testament de son mari, pendant l'existence duquel elle n'a pas porté légalement le titre Atigusla, Cependant ce titre lui était donné dans quelques provinces ; témoin rinscrîpticn :
LIVIAE • DRVSI • F ' AVGVSTAE ' MATRI " CAESARIS ' ET • DRVSI • GERMANICI ' SVPERAEQVANI ' PVBLICE
gravée alors que Tibère n'était encore que C^e^ar (Romanelli. Topogr. hist. delregno diNap., t. III, p. 134).
Atespatus est nouveau dans le catalogue des noms gaulois où figurent Atcssates, Ateporix, Atepillus, Atepomarus, Atopo, Ateciritus, etc., etc. Au contraire Crixus est célèbre. Porté par un Gaulois compagnon de Sparlacus dans la guoiTo des esclaves (Tit. Liv., Epit., XCV, 7 ; XCVH, 1, 2 ; —cf. Gros., V, 24), il appartient encore à un chef des Boïes (Sil. Ital., IV, V. 248).
La formule Votvm Solvit IJbenter Merito indique très positivement que ces curieux bustes, bien que représentant des personnages vivants, ont été consacrés aux deux Augustes considérés comme divinités. Ils ont dû figurer dans unlaraire, de même que cette image de bronze que conservait Suétone (Oct,^ 7), et qui portait le nom de Thurinus (premier nomd'Au-
SUB DEUX Bt'STES D'AUGUSTE ET DR LIVIE. 213
^iiste) iocrusté en caraclères que l'hiatorien croyait é^'c de fer. mais qui étaicnl bien plus probablement d'argent noirci par le Ifmps, ce qui est plus conforme aux habitudes des anciens.
Les bustes trouvés près de Neuvy-Ie-Réal, outre leur mérito d'exécution, leur état admirable de conservation, offrent encore une grande utilifé pour les archéologues, en ce qu'ils montrent l'usage auquel étaient destinés d'autres bronzes de même dimension qu'on avait recueillis sans leur base, et par conséquent sans inscriptions.