BIAS DE PRIÈNE
qu'il est bon d'en reprendre encore Tétude après M. lo général Fox, qui l'a décrite ainsi (p. 14) :
BIA. Buste d'homme barbu, drapé sur l'épaule gauche, tourné à droite; derrière II.
î^. TTPIHNEnN, Figure (Lunus), à gauche avec une lance ou un sceptre dans la main droite; la gauche étendue. JE. 3. Quand on examine attentivement le beau buste barbu représenté sur le droit de cette médaille, on reconnaît qu'il ne peut être attribué ni à Jupiter, nia Neptune, ni à Esculape. Malgré la grandeur presque idéale de ses traits, il offre un caractère d'individualité qui nous indique un personnage appartenant à l'humanité.
En outre, la légende doit être lue d'une manière plus complète et phis exacte. Le caractère placé derrière la tête et qui a été pris pour un n, est bien certainement un sigma carré, tel qu'on en voit sur diverses monnaies de l'Asie Mineure, parmi lesquelles on doit citer, pour la ville de Prîène d'Ionie, les pièces qui offrent les noms AEflNTOC, ....AXOC (incomplet), et le titre APXONTOC (1). Au lieu donc de BIA plus 11, il faut évidemment lire BIAC Ce groupe de caractères constitue le nom du personnage représenté sur la médaille.
Avant d'aller plus loin, je dois faire observer que l'usage d'isoler la première ou la dernière lettre d'un nom sur un des côtés de la monnaie, derrière une tête ou une figure entière, pendant que le reste du nom occupe la partie opposée du champ, devant le type, est établi par d'autres monuments. Jo me bornerai à citer, comme exemples faciles à vérifier :
!• AHMO — C, sur un petit bronze d'-^zani de Phrygio, appartenant au British Muséum et publié par Taylor Combe (Veter. popiiL etreg. Niimi, 1814, tab. XI, n® 14).
2<» KPONO — 2, sur une monnaie d'argent d'Himéra, de la collection de M. Imhoof-Blumer, et publiée par lui dans les Berltner Blœtter fur Mûnzk. 1869, pi. LIII, n« 9. 3" OMHPO— C, petit bronze de Chio du musée Hunter do
(I) MioDOCt, Dexcript.y t. HI, p. 188, n<»904 — Suppl., t. VT, p. 298, n»» 1379, 1381. — C. Combe, Mus. Huni., pi. i4, n» 6.
218 RIAS DK PRIÈNE.
(ilasgow, publié par Charlos Comhc [Snm. vel. poptil. et tirh.. )782,lab.XVII, n°22).
4''0— MHPOC, petit brnnze dp la même ville; musée de Vienne, publié par Kckhel (Sylloge I, nmn. ret. anecd., 1786. lab. IV, n" 7) ; M. J, Knfod Wbitle décrit ces deux dernières pièces dans sa monograpbie sur Cbio {De reh. Chior. ptibl., Copenhague, 1S38, p. 105) ; mais il ne parait pas avoir compris la disposition des légendes ; car il indique un n (croissanl renversé) et un 0 post lergum Homeri, après avoir mentionna le nom de OMHPOC complet.
5' A— NTIOC, sur un petit bronze d'Ântioche de Pisidie. de la collection du généra! Fox [Engravings of unpuhl. grefk coins, 2* partie, pi. VI, n' 120).
On me pardonnera d'insister sur ces détails; mais dans l'étude de la numismatique, il importe de ramener à la série toute particularité qui, prise Isolément, pourrait faire naître un doute.
Si la monnaie qui représente Bias était frappée à Argos, on pourrait supposer qu'elle a pour type un buste de l'ancien roi. frère du devin Melampus, dont il est question dans Y Iliade (1) et dans plusieurs chapitres de Pausanias (2) ; car les peuples de langue grecque ont assez souvent adopté pour types de leurs monnaies des figures de personnages homériques.
Mais l'origine de ta monnaie ne permet pas d'hésitation. Ce bronze fournit un excellent portrait de Bias, le sage di- Prjène ; et l'on peut dire que ce portrait, exécuté dans la patrie même de cet homme considérable dans les annales de rionie, et vraisemblablement d'après une statue qui lui avait fié consacrée par ses compatriotes, en ce sanctuaire qu'ils ;ivaient nommé Teutameum, u -/.al s-. Tlpii^v^T; lï xi-ài -.i-fsn; v,ï9;;p<iwav tô TsuTijiewv yx^i'^vni (3), » offre beaucoup plus de garanties, en ce qui concerne la ressemblance, que les hernies recueillis en Italie.
(1) Uiad., i, 296.— N. 691.
(2) Pausan., It. 18, i. — (V. 3(. 1 Pt 3S, 3, {T. Ding, Uerl,, [, V, 88.
BIAS DE PRIÈNK. 210
L*un de ces derniers, trouvé en 1780, près de Tivoli, dans la maison de campagne de Cassius (1), porte le nom : BIA2 nPHNEVI {sic), suivi de la sentence 01 nAEIlTOI AN- OPflTTOI KAKOI, cet apophthegme favori du sage de Priène que Diogëne Laërce reproduit deux fois dans sa biographie. Tn autro hermès, découvert à Rome sur le mont Cœlius, a été attribué à Bias par assimilation (2), car il ne porte pas iVinscription. Tous deux étaient enfouis avec d'autres sculptures de la même catégorie représentant des sages et des poètes. C'est assez dire qu'ils avaient appartenu à ces collections iconographiques préparées pour Tornementation des bibliothèques romaines, et où nécessairement le besoin d(* former des séries complètes, des pendants réguliers, des anlithëses littéraires devait introduire des images plus ou moins inexactes (3). C'est ainsi que, de nos jours, on peut voir des édifices publics de construction récente, décorés de statues et de bustes plus ou moins apocryphes d'hommes célèbres dont les contemporains n'avaient pas reproduit les traits, et que nos sulpteurs font revivre à l'aide d'un compromis entre leur imagination et l'étude qu'ils ont faite de la physionomie et du costume d'autres hommes du même temps. Les hermès ou bustes de bibliothèques se rattachent les uns aux autres par un certain air de famille, une certaine conformité de style qui en atténue un peu la valeur. Les monnaies, au contraire, irravées par des artistes divers de parties et d'âge, appartenant à des écoles indépendantes, nous donnent certainement des portraits plus librement exécutés et par conséquent préférables.
Au reste, malgré les différences notables dans le travail, l'effigie de la monnaie de Priène et les hermès de Bias pré-
J) VisconU, Iconogr, grecque^ t. I, p. 140, pi. X, n» 1.
(2) /Wd., p. 113, pI.X, no 3.
(3) Les Romains instruits ne se faisaient pas d'illusions à cet égard, témoin
If" texte de Pline : « Siquidem nunc in bibliothecis dicantur illi, quorum
immortales anims in locis iisdem loquuntur. Quin immo etiam que non sunt, Unguntar, parînntque desideria non traditos vultus sicnt in Homoro evenit. » Hht. nat., XXXV, 2. C.
220 BIAS DE PRIÏÏNE.
sentent, notamment en ce qui concerne une disposition très particulière de la chevelure, des rapports de ressemblance tont à fait frappants.
Sur le revers de cette monnaie parait un personnage debout, en habit militaire, autant qu'on en peut juger d'après la gravure qu'a publiée M. le général Fox. Cet antiquaire propose dubitativement de voir là une image du dieu Lunus, quoiqu'on n'aperçoive dans le dessin aucun des symboles qui caractérisent ce dieu. C'est peut-être une figure en pied de Bia*^ que Chariton, l'auteur du roman de CImreas et Callirhoé, mentionne avec le titre de ô (TzpxTq^oq Ilpirjvéwv. Sur une autro monnaie de bronze de Priène, Millingen avait reconnu la présence de Bias, et il avait communiqué une description do cette monnaie à M. Mionnet, qui Ta insérée dans le YI'' volume du Supplément de son grand recueil.
N* 1380. — Tête imberbe casquée, à droite.
Revers. nPINNEIlN. Bias, debout marchant, à droite, la tête nue et barbue, vêtu d'une longue robe ; la main gauche sur un bâton ; derrière, un trépied et quelques lettres efffacées, forte kTWOJ.. M. k\^
Quoique cette description ne soit accompagnée d'aucune note, il est facile de voir que le savant Millingen avait donné le nom de Bias à la figure représentée au revers de la monnaie, en raison du trépied qui est près d*elle.
L'éminent archéologue anglais s'était rappelé les récits de Plutarque et de Diogène Laërce (1), suivant lesquels des pêcheurs, ayant retiré de la mer un trépied d'or (Plut.), on de bronze (Diog.), sur lequel on lisait Finscription Tû cs?w, ce trépied fut envoyé à Bias, qui ne voulut point l'accepter, disant que c'était Apollon qui était le sage. Malheurcusemenl nous ne connaissons aucun dessin de la médaille autrefois en possession de Millingen; il eût été intéressant de placer ce monument en regard de celui que nous devons au général Fox.
Alors qu'il est question des documents numismatiques rela-
(1) Plut.. .<?o/on. 4. — Diog. Laert., I, V, 82.
BIAS DE PRIÈNE. 22i
tifs à fiias et à Priène, il sera permis d'ajouler une courte remarque au sujet d'un passage de Valère Maxime, qui concerne à la fois la ville ionienne et le sage auquel elle avait donné le jour. L'écrivain latin s'exprime ainsi :
« Bias autcm, cujus sapientia diutiirnior inter homines est quam patria Priene fuit (siquidem hic etiam nunc spiral, illius IM^rindc atque extinctae vestigia tantummodo extant)/ita aïebal, etc. (1). »
Quoique, en général le désir de faire une antithèse entraine reriains auteurs à sortir des limites de la vérité, et qu'à la rigueur on puisse supposer que Yalère Maxime ne possédait l>as de notions sur Priène, qu'il croyait détruite; cependant, il ost bon de noter que l'on a retrouvé des monnaies frappées par cette ville sous le règne des empereurs, depuis Auguste jusqu^à Valérien, et, conséquemment, fort longtemps après la mort de Tauteur latin.
On pourrait donc supposer que Valère Maxime n'a voulu parler que du renom de Bias sin* vivant à celui de Prièiie, et que la phrase incidente : « siquidem hic etiam, etc. >k, placée outre parenthèses par les éditeurs, est une glose, une note marginale introduite dans le texte original à une époque relativement récente, postérieure même h celle où fut rédigée la Sotice d'Hiéroclès, dans laquelle figure encore le nom de Priène parmi les villes de l'éparchie d'Asie. C'est là une question que les philologues pourront examiner, si l'emploi d'un argument tiré de la numismatique ne leur inspire pas une trop profonde aversion.
(1} Vul. Max., vu, 3.
TÉTRADRACHME D'OROPHERIVÈS
ItOI l)K CAPPADOCK.
(Kilruildu loiue Vll(iiiiuv-. ^ér.) ili^s CoMples renilui de t'A^di-if rfcs inscHptions cl betles-Mii-es, 1871, pp. 83-89.)
Uu anliquaîre, auijuel rAcadémii- a réceinnuînl (técerné !<■ prix de numismatique, M. Félix Feuardent, a voulu marquer la promière phase du rétablissement de nos communications avec l'exléiieur, en m'envoyaiit de Londres, oiî le retieDncnl depuis cinq mois les alfaires de sa maison de commerce, l'eniprcinle d'un précieux télradrachme inédit dont il a enrichi sun médaillier. Celte belle pièce porte l'effigie jusqu'à présent inconnue et le nom d'un prince Cappadocicn, Orophernès (1).
La tète imberbe est ceinte d'uu diadème, à la manière grecque; au revers, on voit le type de la Victoire ailée, accompagnée de la légende BAZIAEni OPOOEPNOT NIKHOOPOT.
Le nom d'Orophernès esl perse comme ceux de tous les rois de Cappadoce. Ces princes, dit Diodore de Sicile, fout remonter leur origine à Cyrus. Ils affirment qu'ils descendent
(I) Jui retrouvû rMi M. de Lougpérii; u'avAii pan ilonnfi la gravure- — G. S.
le bois Je cette itiéiltùllu doul il
TÉTRADHACHMK D'OROPHERNÈS. 223
ilun des sepl Perses qui firent mourir le Mage. Voici commenl ils établissent leur généalogie à paiiir de Cyrus (1).
Atossa était sœur légitime de Cambyse, père de Cyrus. Elh»
eut de Pharnace, roi de Gappadoce, un fils appelé Gallus qui
i*ugendra Smerdis, père d'Artamnës, lequel eut un fils nommé
Anaphas, remarquable pour son audace et l'un des sept Perses
meurtriers de Smerdis). C'est ainsi qu'ils se rattachent à
Cyrus et à Anaphas, qui obtint la souveraineté de la Gappa-
doce avec exemption du tribut. Anaphas eut pour successeur
un fils qui portait le même nom que lui. ('elui-ci laissa deux
fils, Datame et Arimna^e. Dalame régna avec un certain éclat,
et mourut en combattant courageusement contre les Perses.
Son fils Ariamnès, qui lui succéda, fut père d'Ariarathës et
(rHolophcrne. Il mourut après avoir régné cinquante ans sans
avoir rien fait qui fût digne de mémoire. L'ainé de ses fils,
Ariarathès, hérita du trône ; il aimait tendrement son frère et
lui conféra les plus hautes dignités. Il l'envoya au secours des
Perses eu guerre avec les Égyptiens. Holopherne revint de
cette expédition comblé d'honneurs parOchus, roi des Perses ;
(luis il mourut dans sa patrie, laissant deux fils, Ariarathès (II)
et Arysès. Son frère, le roi de Cappadoce, n'ayant pas d'en-
fauts légitimes, adopta Ariarathès (II) l'aîné de ses neveux.
Vers cette époque, Alexandre de Macédoine vainquit les Perses
••I mourut. Perdiccas envoya Eumène gouverner la Cappa-
duce. Ariarathès (le fils d'IIolopherne) ayant péri dans un
combat, la C^appadoce et les pays limitrophes furent soumis
dux Macédoniens. Ariarathès, fils du dernier roi, se retira en
Arménie. Peu de temps après, Eumène et Perdiccas étant
Miorls, Antigone et Séleucus occupés ailleurs, Ariarathès (III)
obtient d'Ardoate, roi des Arméniens, une armée, tua Amynlas,
;r»?néral des Macédoniens, et recouvra le trône paternel. Son
fils Ariamnès (II) lui succéda et eut un fils nommé Ariara-
Ihès (IV) qu'il associa à son pouvoir et qui épousa Stratonîce,
tille d'Antiochus Ucq, roi de Syrie. Leur fils, nommé aussi
Ariarathès (V), épousa Antiochis, fille du séleucide Antiochus
(I) ReL lib., XXXI. 19.
224 TÉTRADRACHME D'OROPHERNÈS,
le Grand. Celte femme astucieuse n'ayant pas d'enfants en supposa deux à l'insu de son mari, et les nomma Ariarathès et Holopherne. Quelque temps après, elle donna le jour à deux filles et à un fils qui reçut le nom de Mithridate. Elle révéla alors à son mari la supercherie à laquelle elle avait eu recours et afin que ses enfants supposés ne disputassent pas le trône à rhéritier légitime, elle fit envoyer Tatné à Rome, et le second, Holopherne, en lonie. Le jeune Mithridate prit le nom d'Ariarathès (VI) ; il se distingua par son mérite personnel el par son éducation hellénique qui lui vaut des éloges de la pari de Diodore. « C'est depuis lors, dit l'historien, que la Cappadoce, auparavant inconnue des Grecs, est devenue le séjour des érudits. »
Dans un autre fragment du XXXP livre, Diodore ajoute :
« Orophernès ('OpoçfpvYj;), ayant détrôné son frère iVriarathès (VI), n'administra pas le royaume de manière à se concilier l'affection de son peuple; il était avide d'argent et se souilla de meurtres nombreux. Il envoya à Timothée une couronne de cinquante talents et une autre de soixante-dix talents au roi Démétrius (de Syrie), promettant en outre six cents talents et s'engageant à en payer plus tard quatre cents autres. IiTité du mécontentement que manifestaient les Cappadociens, il s'appliqua à les dépouiller complètement, et confisqua au profit de son trésor les biens des gens les plus considérables. S'étant ainsi procuré des sommes immenses, il déposa en lonie, chez les Priéniens, quatre cents talents qu'il comptait trouver dans le cas où la fortune tournerait contre lui (i). »
Dès qu'Orophernès vit ses affaires décliner, il s'empressa de solder les troupes mercenaires qu'il avait à son service, dans la crainte d'une révolte. Pour subvenir à cette dépense, il pilla le temple de Jupiter situé sur le mont d'Ariadne, antique sanctuaire jusque-là respecté.
Du témoignage combiné d'Appien, de Polybe et de Justin (2),
(1) Rel. m,, XXXT, 32.
(2) Appiani de reb. Syt-., XLVH. — Polyb., Hl, v, 2; Hei, lib., XXXli, xx, 4.: Rel. lib., XXXni, xu. — Jiislini lib. XXXV, 1, 2, 3.
Mr
ROI DE CAPPADOCK. 225
il résulte que Démétrius, roi de Syrie, avait pris parti pour Olopherne (ou Orophernès, Polyb. Just.) contre son frère Ariarathës; et le premier de ces écrivains nous fait connaître à cette occasion Torigine du don de mille talents fait au Séleucide par le prince Cappadocien. Celui-ci, comme Louis XI et comme Jean Galéaz Visconti, le célèbre comte de Vertus, donnait un grand rôle à l'argent dans ses affaires politiques, et achetait les alliances à beaux deniers comptants.
C'est vraisemblablement au moment où il venait de remporter sur son frère à Taide des troupes syriennes, qu'il prit le titre de Nicéphore et qu'il fit frapper les tétradrachmes dont nous avons sous les yeux un spécimen. Si cette émission fut ordonnée principalement en vue de faciliter le compte des mille talents payés à Démétrius, il est probable que la plus grande partie des tétradrachmes fut envoyée rapidement aux hôtels des monnaies d'Antioche pour y être fondue et pour revenir bientôt dans la circulation avec l'effigie du roi Séleucide.' Ainsi s'expliquerait l'excessive rareté des tétradrachmes d^Orophemès. Quand à ceux qui subsistent au nombre de cinq, nous dirons tout à l'heure comment ils ont été sauvés de la destruction.
Orophernès avait été élevé en lonie et probablement à Priène, ce qui expliquerait le choix qu'il fit de cette ville pour déposer les quatre cents talents, qu'il réservait prudemment pour les jours de mauvaise fortune. Polybe nous apprend que, lorsqu'Orophernès fut détrôné, son frère et son vainqueur .\riarathès prétendit se faire livrer par les Priéniens les quatre cents talents qu'ils gardaient fidèlement. Mais les Priéniens répondaient que, tant qu'Orophemès vivrait, ils ne remettraient à personne autre que lui la somme qu'il leur avait confiée. On blâmait, dit l'historien, celui qui prétendait s'emparer d'un dépôt fait par autrui. On pouvait jusqu'à un certain point l'excuser, lorsqu'il avait réclamé ce qu'il croyait appartenir au trésor public. Mais on le désapprouva d'avoir persisté et d'avoir eu recours à la violence. Car, avec Taide dWtlale (roi de Pergame), il fit irruption sur les terres des
T. tu. 13
226 TÉTRADRACHME D'OROPHERNÊS,
Prîéniens qu'il livra au pillage et à la dévastation, enlevant les troupeaux, et faisant tuer les habitants jusque près des portes de la ville. Les Priéniens n'ayant pas la force nécessaire pour s'opposer à ces déprédations s'adressèrent aux Rhodiens et ensuite aux Romains. Mais cette tentative ne réussit point ; les Rhodiens et les Romains gardèrent une prudente neutralité; et les Ioniens, qui avaient fondé de grandes espérances sur le service rendu au chef cappadocien, furent entièrement déçus. — Ils restituèrent à Orophernès l'argent qu'il leur avait confié, et eurent à supporter les traitements cruels que leur fit subir Ariarathès.
Rendirent-ils les espèces mêmes qui leur avaient été expédiées de Cappadoce? Cela est vraisemblable ; c'était le fait de bons comptables, et d'ailleurs leur numéraire particulier paraît avoir été peu abondant. Les rares monnaies d argent de Priène que nous connaissons sont de petit module; on n'a point de tétradrachmes portant le nom de cette ville.
Dans tous les cas, elle conserva cinq exemplaires du tétradrachme d'Orophernès qui viennent d'être retrouvés, accompagnés de quelques petites feuilles d'or, sous le piédestal d'une statue de Minerve.
Nous n'avons reçu encore aucun détail sur la nature du monument, en sorte que nous ne pouvons discerner s'il avait été consacré à la protectrice de Priène, à l'époque où la ville assiégée par Ariarathès, abandonnée par les peuples dont elle avait sollicité l'appui, invoquait le secours de la déesse, en lui dédiant une parcelle du dépôt qu'elle avait à défendre.
Il est à remarquer que le style de la monnaie d'Orophernès est identique à celui des tétradrachmes de Ptolémée VI Philométor (181-146 av. J.-C), de Démétrius I (163-181 av. J.-C), d'Alexandre Bala (151-146 av. J.-C), et de Camnascirès, ce roi des Parthes dont le nom altéré dans les manuscrits de Lucien a pu être restitué à l'aide des légendes monétaires (1). Ces princes sont, en effet, les contemporains d'Orophernès
(1) Mémoires mr la chron. et ticoiiogt\ des tviê parthes arsac^ 1853, p. 32.