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SUR UNE MONNAIK ANTIQUE DE SICILE

Au droit, elle porte une tête jeune et imberbe; tournée ù jrauche, ceinte d'une couronne de feuillage, et munie de deux cornes de taureau. Devant cette tête, on voit, outre les six globules, indice de six onces de la litra d^argent, le nom IAKIN avec un iota initial parfaitement distinct.

Il y a quelques années, à propos de la monnaie de Rhégium, j'ai présenté à l'Académie quelques considérations sur les images des fleuves, et une classification méthodique de ces images. Dans ce tableau, la cinquième catégorie comprend les figures d'éphëbes taurocéros, c'est-à-dire munis de cornes de taureau. Tels nous apparaissent, sur les monnaies antiques, le Sélinus et THypsas de Sélinonte, le Sébéthus de Napics, le Gelas de Gela, THipparis de Camarina, TiËsarus de Crotone, TAufidus de Salapia, le Rhodanus de Marseille, le Symèthus d'Agyrium, TAcragas d'Agrigente, TAménanus de <iatane. Or, c'est à cette classe qu'appartient Timage que je viens de décrire, et qui est accompagnée de la légende IAKIN ; image dans laquelle je n'hésite pas à reconnaître la figure du fleuve lacis.

Si je la compare aux têtes de TAménanus et de TAcragas, je puis même constater une identité presque complète (1). On conçoit facilement que le graveur auquel est due la figure de l'Iacis ait copié le type de Catane ; il y a loin sans doute, de TEtna à Agrigente si Ton suit la côte; mais il est à remarquer que, dans les Itinéraires, nous voyons Acium et Catane reliés ^ Agrigente par une route directe et méditerranéen qui abrège singulièrement la distance; route qui, sans avoir la régulière perfection que lui donna l'administration romaine, devait exister dès une époque fort ancienne.

La lète de llacis est ceinte d'une couronne de feuillage, détail qui ne se retrouve pas dans les portraits de l'Aménanus et de FAcragas, et qui me parait se rapporter à un fait observé

(l Pour se rendre bien compU: de cette ressemblance, il ne suftit pas de ''<)a>^Qlter les planches plus ou moins inexactes des anciens recueils. — Voyez f-e monete délie antiche rillà di SicUia descnttc da Aiitouino Satinas, Palermo, '•^:î. H. XI. no 6, et pi. XIX, n** 26 à 32.

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dans Tantiquité. L'auteur des Fastes^ énumérant les lieux que parcourt Cérès à la recherche de sa fille enlevée, caractérise d'un seul mot l'aspect du fleuve :

Praoterit et ripas, lierhifer Aci, tuas (1).

La couronne de feuillage est l'équivalent exact de Tépilhète: une sorte d'adjectif plastique.

Le nom dlacis est inscrit à l'accusatif sur la médaille : IAKIN (2). C'est le résultat d'une ellipse dont les exemples sont nombreux dans la numismatique antique. Ainsi, on lira sur des monnaies, tantôt AIONYZON KTIZTHN, tantôt OEAN POMHN, tantôt le nom d'un empereur ou d'une impératrice à l'accusatif. Cette forme sous-entend le complément -fj IIoXiç ou è Aîi[jLô<; âTi[jLT^ff£ (3). Je pense que cela ne fait plus l'objet d'un doute pour aucun archéologue. Mais, au besoin, on pourrait renvoyer au mémoire posthume de Letronne sur le style elliptique des inscriptions dédicatoires, travail excellent dont nous devons la publication aux soins pieux de notre savant confrère, M. Egger (4).

Remarquons, en passant, que ce nom à l'accusatif, dans sa brièveté elliptique, constitue une formule honorative (s'il m'est permis de m'exprimer ainsi), en parfait accord avec une expression de Théocrite : "Ay-iBs; Upov iiSwp (3). L'eau sainte, l'eau sacrée est celle du fleuve que le peuple révère comme un dieu. Au revers de la monnaie, on voit une biche abattue qu'un

(1) Ovid., Fast. IV, 468.

(2) La forme accusalive se trouve dans ce vers d'Ovide :

Acin amai, prxfersque mcis amplexibus Acin,

[Metam. XIU, 8GI.)

(3) Sur la monnaie de Mytilëue de Lesbos, on trouve à l'accusaUf le nom de? personnages marquants que la ville honorait particulièrement : C6ZCT0N

HPfiA; nPOKAAN HPfilAA; NAYCIKAAN HPfilAA. Les monnaies de villes grecques portant des noms d'empereurs, ou de personnages de leur famille, à l'accusatif, sont fort nombreuses.

(4) Revue archéologique, l'o série, 1850, t. VU, p. 207. — C'est une édition considérablement améliorée d'un chapitre des Recherches pour servir à l'histoire de rÉgypte, 1823, in-8<», p. 412.

(5) Idyll.y I, V. 69*

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loup saisit à la gorge. C'est là un type qui peut être rattaché d*une manière générale à ces représentations symboliques qui se composent d'un ruminant dévoré par un carnassier, groupe dont la monnaie de Vélie, de Lucanie, offre un si beau spécimen.

Cependant, il conviendrait de rechercher encore quel rapport particulier les habitants dlacium entendaient établir entre ce type et leur ville. — La monnaie que j'examine, jrravée avec une grande hcbileté, appartient à une époque où Fart grec était encore très puissant et très fin. H me semble quil serait difficile de la classer après les monnaies d'Hicétas II et de Phintias (elle est probablement d'un demi-siëcle plus ancienne). Par conséquent, si je ne me trompe, elle est antérieure à Tépoque où furent composées les Idylles de Théoorile. Il en résulte que le nom de Tlacis n'est pas une corruption moderne de F "A/a; grec; on pourrait considérer ce nom romme une forme sicule à laquelle les Chalcidiens auront subtilué, au moyen d'une légère modification, un nom purement grec, présentant un sens clair applicable à la nature du cours d'eau qui descendait rapidement du pied de l'Etna vers la mer.

La tradition locale aura toutefois maintenu le vieux nom parallèlement au nom adopté par les poètes : et c'est ainsi que les habitants d'Iaci-Reale s'expriment encore, comme au Vemps où fut frappée leur monnaie récemment retrouvée ; pendant que les écrivains romains, suivant fidèlement la trace de Théocrite, transportaient dans le latin un mot dont les commentateurs se sont chargés de garantir la signification.

Je ne demande pas assurément qu'il soit fait le moindre changement au texte des auteurs classiques qui parlent du lleuvc Acis, mais je signale aux géographes l'antiquité d'un nom, ou plutôt d'une forme de nom qui devrait paraître relativement moderne, en l'absence de tout éclaircissement.

Lorsque les croisés du xn° siècle arrivèrent en Palestine, ils trouvèrent une antique cité (la ville de Sidon) que les Arabes nommaient Saïda. Ce nom leur rappela le mot qui dans leur

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