‹ Œuvres ... réunies et mises en ordreChapitre 84 sur 280 · A PAR IF · texte numérisé non relu

A PAR IF

( Exlrnit du tome XXXl (nouvelle sMp) de la Revi/e archéologique, 1S13, a» partie, pp. 259-262.)

Lp 2 octobre, étant allé, sur l'invitation de M. Théodore Vacquer. l'intellig-ont et dévoué conducteur des travaux de la

Ville, assister à rexploration des sépultures antiques qu'il découvre dans les terrains voisins de la rue Nicole, à l'extrémité, du faubourg Saint- Jacques, j'ai pu prendre part à la trouvaille d*une stèle antique déterrée tout près de là, dans le jardin de Port-Royal, dépendant aujourd'hui de Thospice de la Maternité.

Grâce à Fintervention du directeur de cet établissement, M. Francière, un bloc de pierre calcaire chargé de caractères, retiré du sol du jardin, était sauvé, au moment même où des ouvriers maçons le scellaient dans un mur en construction.

Je me suis empressé de faire un croquis de la stèle, qui a 0",60 de hauteur sur 0"*,27 de largeur et 0",23 d'épaisseur.

Dans un cadre creusé au centre, au-dessous d'un fronton triangulaire, on lit en caractères de trois centimètres : GEMI- NIVS SOLIMARI Filius VESTIARIi/s Hic Situs. Le mot qui compose la troisième ligne est maintenant fort altéré par les coups de pic que la pierre a reçus lorsqu'elle fut arrachée à la terre. Hais en l'examinant attentivement, et en tenant compte des traces importantes qui subsistent, on acquiert la conviction qu'il y a bien là effectivement le terme de métier vestiarius. Le nom du père de Geminius est gaulois et déjà connu, notamment dans une inscription de Gustavsburg, près du Rhin : TOGITIO II SOLIMARI FIL (1); il rappelle immédiatement la Snlimara qui parait en tête d'une inscription célèbre, trouvée à Bourges en 1687, publiée d'abord par La Thaumassièrc dans son Histoire du Berry^ et depuis souvent reproduite :

SOLIMARAEIISACRVMIIAEDEM CVM SVISlIORNAMENTISO HRMANA C - OBRICI ' FOMATERIID . S ' D. On a fait de cette Solimara une divinité qu'on assimilait à

Epona et qui aurait été l'éponymc des Solimariacenses.

Solimariaca est connue par l'Itinéraire d'Antonin, qui place

cette localité sur la voie qui conduisait d'Andematunum

(Langres) à Toul. On l'identifie avec Soulosse, village des

Vosges (2). Le nom des Yicani Solimariacenses se lit, en effet,

(1) Steiner, Codex Inso; roman. Rheni, Darmstadti 1837, t. I^ p. 188, n° 324.

(2) Il existe de belles monnaies d*or gauloises, portant la légende SOLIMA,

au commencement d'une inscription encastrée dans le pont de Soulosse : lOVI ' O ' M || VICANI SOLIMARI II ACENSES FA- CIENDMIICVRAVERVNT MDDVllGNATVS ATEGNIAE • F ET IISERENVS SILVANI LIB.

Mais si Solimara est une divinité, comment expliquer le

titre MATER que prend Firmana en lui dédiant une chapelle?

Hagenbuch, suivi par Orelli, suppose qu'il s'agit d'une prêtresse Mater sacrorum (1). Mais, dès 1740, Muratori, en donnant l'inscription de Bourges, ajoute : « Mihi suscipio est, non agi heic, de votiva tabella, sed quidem de sepulcrali titulo, ef Solimaram nomen esse mulieris, cui Firmana fuerit mater (2) . >» Ce n'est pas à Solimara, mais à Jupiter que les Vicani Solimariacenses ont fait leur dédicace. Il est vrai que le culte local n'exclut pas les honneurs rendus au grand dieu. Toutefois, le rapprochement du nom des habitants de Soulosse et de la Solimara Biturige n'implique pas un rapport direct.

Dans l'inscription de Paris, comme dans celle de Gustavsburg, nous voyons le nom paternel au génitif, SOLIMARI. Le nominatif est-il Solimarus, le masculin de Solimara, ou bien Solimarius ?

Steiner, après avoir reproduit dans le texte de ses Inscriptions du Rhin la vieille dédicace : DEO INTARABO II EX IM-

PERIO QIISOLIMARIVSIIBITVS AEDEM CVM SVIS ORNAll MIINTIS CONSA || CRAVIT ' L * M, corrige dans sa table le nom de la troisième ligne, qu'il présente sous la forme Solimarus (3). C'est aussi la forme adoptée par M.' Zeuss dans la table de noms gaulois insérée à la fin de sa Grammatica celtica.

Il est possible qu'en 1619 on ait mal copié cette inscription de Niersbach, comme on a mal copié, à Vérone, le nom du Biturige Virdomarus, que Muratori imprime (870,3) sous la forme singulière Yirdonarius. C'est vraisemblablement à cette

qui ODt été attribuées à Ce village. La Saussaye, Revue numismatique, 1838, p. 408.

(1) JnscripL lat, t. I, p. 358, n» 2050, note.

(2) Nov. Thés, inscr., CXIV, 1.

(3) Inscr. Rheni, H, p. 128, n* 907 et p. 238.

STÈLE AiNTlQUE DE PORT-ROYAL-EN-VILLE. 249

mauvaise copie que MafTei fait allusion, lorsqu'il dit : « Yiridomari nomen tam nitide scalptum, priscisque scriptoribus non ignotum, cur tam misère corruptum in quibusdam editionibus spcctamus (1) ? »

Lors même que Tinscription de Niersbach serait correctement publiée, Solimarus ne serait pas pour cela à rejeter. Solimarius serait seulement une forme secondaire, un dérivé conslituaut un nomen que compléteraient le prxnomen Quintus

et le cognomen Bitus.

La famille des noms gaulois terminés par le suffixe marus

est nombreuse. Je pourrais citer quarante exemples à l'appui

de cette observation. Il me suffira d'en détacher quelques-uns,

à litre de spécimen.

Addedomarus (médaille de la Grande-Bretagne). Atepomarus (inscriptions de Narbonne et d'Orléans). Cannitogimarus (inscr. de Limoges).

Combaromarus (vase d*argent de Berthouville). Dagomarus (vases rouges de Moulins, Nimëgue, Londres.) Dannomarus (inscr. de Nîmes).

Dinomogetimarus (inscr. de Saint-Pons, Hérault). Elviomarus (médaille de Pannonie).

lliomarus (vase de Fleuri, près Orléans). Induciomarus (Caesar, Bell. GalL, V, 3, etc.). Nertomarus (inscript. d'Autun et de Cilly). Segomarus (vase de Marsannay, et inscr. de Brescia). Venimarus (inscr. de la Grau d'Aubagne). Victomarus (inscription de Gologne).

Ces noms ont leur féminin, et après Solimara, nous pouvons encore citer Atismara, Bellatumara, Ghiomara, Litumara, Smertomara, elc. On a donc de fortes raisons de croire que Solimarus doit être admis. Quant à Solimariaca, garanti par une inscription antique et par de bonnes leçons de l'Itinéraire,

(i) Mus. Veronense, p. 122, et gravure de la stèle de Tragurlum, p. 123. 3.

ce nom géographique peut avoir pour racine un nom d'homme tout aussi bien qu^un nom de divinité.

Vestiarius indique tantôt un métier, celui de fabricant de vêtements, tantôt un emploi, lorsqu'il s'agit d'un serviteur chargé du soin des bardes d'un maître. Mais comme, ici, ce mot n'est suivi d'aucune expression qui en délimite le sens. il est probable qu'il s'applique à la profession.

La partie supérieure de la stèle a été creusée en forme de table de libations quadrangulaire. Le rebord, en grande partie détruit, est cependant encore très reconnaissable. H était beaucoup trop peu élevé pour faire supposer que le sommet de la stèle constituait une urne cinéraire, comme cela se voit quelquefois. Il est donc probable qu'en certaines occasions les parents du défunt accomplissaient sur cette sorte d'autel des rites en l'honneur des m&nes.

Nouvelle inscription décomrerte â Pai'h

au Champ Saint-Marcel.

; Extrait dn tome I (4^ série) des Comptes rendus des séances de l'Académie

des inscriptions et belles-lettres, 1873, p. 288.)

M. de Longpérier fait connaître une nouvelle inscription découverte au champ Saint-Marcel^ entre les quatre piliers de la vieille tour. Cest une pierre tumulaire qui évidemment était là avant la construction de l'édifice religieux. Elle a été consacrée à un vétéran, Ursinius, par sa femme Ursinia. Ce vétéran est dit de Menapis et non exMenapis, comme on aurait pu s'y attendre. L'inscription est en caractères de la fin de l'empire. Elle n'a pas un grand prix en elle-même, mais elle vient ajouter à ce qu'on a trouvé déjà de monuments de ce genre dans le sol de Paris. La petite collection épigraphique de Paris se reforme et elle pourra prendre une certaine importance, si Von continue de recueillir avec soin les pierres antiques que les fouilles rendent au jour.

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