SCÈNE III
GRAMMER, ANNS DE BOULEN, condaite
par des gardes.
AWWE DE BOULEN.
Me trompé-je? est-ce encor le soleil qui me luit? Hélas! de ma prison je regrette la nuit.
Cette douce clarté pour moi n'a plus de charmes; Le jour blesse mes yeux fatigués par les larmes; Et ces superbes murs, voilés de ma douleur, AToffirent partout le deuil qui règne dans mon cœur. iTai-je point vu le Roi ? Tout se tait ! tout m'accable !
* GRAMMER.
La vertu malheureuse en est plus respectable.
• ANNE DE BOULEN
Que vois -je? c'est Crammer : il ne fuit point mes pas!
GRAMMER.
Reine....
ANNE DE BOULEN
Moi, votre reine! Ah! ne m'insultez pas.
GRAMMER.
Avez -vous pu douter de mes soins, de mon zèle?
Je vous dois tout, madame, et je vous suis fidèle.
i8 HENRI VIII.
ANNE DE BODLEir.
Vous êtes donc le seul ?
CRAMMER
Non ; parmi les Anglais , Beaucoup n'ont pas encore oublié vos bienfaits; Et regrettent ces jours où vos mains fortunées Du prince et de l'état réglaient les destinées. Sous le poids de vos maux le peuple est abattu; Il exalte en pleurant votre auguste vertu :
Loin des rois , il n'a point à flatter leur caprice ; Et jusque sur le trône il blâme l'injustice.
ANNE DE BOULEN
Jje peuple doit gémir. Et cette cour...
CRAMMER
Hélas !
Vous n'avez plus d'amis au séjour des ingrats.
ANNE DE BOULEN
Les cruels autrefois adoraient ma fortune.
Mais chassons du passé la mémoire importune.
GRAIKMER.
Avec votre destin, madame, ils ont changé.
ANNE DE BOULEN
Je vous revois : mon cœur est un peu soulagé. Vous avez fui la cour aux jours de ma puissance; D'un prélat vertueux j'ai respecté l'absence ; A la cour maintens^nt qui peut vous appeler?
Vous venez pour me plaindre et pour me consoler !