‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 126 sur 259 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

DRU8US, à.lâ tribiUM*

Mon zèle est pur, Caîus , il n'est point adieté ; Je ne sers que l'Etat , la raison , l'écpiité : Mais vous,Roniains, mais vous, quelleest votre faiblesse ! Quels sont donc les héros ({ue vous vantez sans cesse? Deux tyrans plébéiens, jaloux des sénateurs.

Deux frères que l'orgueil a rendus novateurs. Renversant par degrés la liberté romaine.

Factieux par instinct, par intérêt, ^r haine, Infectant vos esprits de leurs préventions, £t pour vous subjuguer flattant vos pussions: Voilà les grands exploits de Caius, de son frère. Ces bienfaits exceptés, dût ma franchise austère D'un parti qui succombe irriter le courroux, Toserai demander ce qu'ils ont fait pour vous.

(Dratos s'assied dans la trUnme.)

F U L V I U S , acoonrant à la tribune.

Ce qu'ont fait les Gracchus pour le peuple de Rome ! Est-il vrai? Dans ces murs on peut trouver lin homme Qui parle des Gracchus, et demande aujourd'hui Au peuple rassemblé ce qu'ils ont fait pour lui ! Eux tromper les Romains! c'est toi qui les égares* Citoyens, alliés, étrangers, et barbares.

Tout des grands, des préteurs t'apprendra les for&its; Tout de nos deux héros t'apprendra les bienfaits. J'ai suivi les Gracchus du jour qui les vit naître : L'Univers les connaît; j'ai dû les mieux connaître; Â leurs divins travaux je fus associé ,

iga CAIUS GRACCHUS.

Et ma plus grande gloire est dans leur amitié.

Ton châtiment sera le récit de leur gloire.

Voici ce qu'ils ont fait; gardes-en la mémoire :

Contre les magistrats les faibles protégés,

Par d'utiles moissons les pauvres soulagés;

Ces moissons dans nos murs s'accumulant d'avance,

Tous les ans aux Romains assurant l'abondance;

Des chemins somptueux s'ouvrant de toutes parts;

La cité d'Annibal relevant ses remparts;

Enfin des monumens plus sacrés, plus augustes,

Des abus renversés , des lois saintes et justes ,

Qui dans le monde entier fondaient la liberté.

Si le sénat romain n'avait pas existé.

LE PEUPLE

Les Gracchus ont aimé le peuple pour lui-même : Eux seuls ont mérité que le peuple les aime.

D RU s U s , toiijoiirs à la tribime.

Fulvius, si tu veux vanter les deux Gracchus, Nomme les nations, les rois qu'ils ont vaincus; La fuite des Gaulois fut-elle leur ouvrage ?

Ont-ils dompté Pyrrhus et subjugué Carthage?

Ces durs patriciens , ces cruels sénateurs , Voilà nos généraux et nos triomphateurs.

Je vois de tous côtés des nations sujettes, Contentes sous nos lois de leurs propres défaites; Des rois fiers de tenir leur sceptre de nos mains , Et de monter au rang de citoyens romains; La république au loin s'étendant par la guerre,

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