AMÉLIE, ISAURE
ISAnR£.
Vos vœux seront comblés: bientôt, jeune Amélie, Vous allez partager le saint nœud qui nous lie ! Vos sermens solennels^ prononcés devant nous, Fermeront la barrière entre le monde et vous. L'épreuve nécessaire est enfin achevée , Et du nouveau prélat on attend l'arrivée.
Mais votre cœur soupire , et vous baissez les yeux ! Pourquoi ces longs regards qui parcourent ces lieu^L? J'ai quelques droits peut-être à votre confiance ; Ne vous contraignez pas, rompez ce dur silence; Tout m'annonce un chagrin que vous voulez celer, Et je vois que vos pleurs demandent i couler.
27i FÉNÉLON.
AMÉLIE
Isaure, il est trop vrai, je ne puis m'en défendre: Un sentiment nouv^u chez moi se fait entendre; Par moi-même en secret mon cœur interrogé Soupçonne à peine encor comment il a changé.
Dans ce cloître sacré je dois passer ma vie; C'est là mon seul asile, et ma seule patrie; J'ignore les mortels qui m'ont donné le jour, Et mes yeux en s'ouvrant ont connu ce séjour. Toi-même fus témoin de mon impatience; Au destin de nos sœurs- je m'unissais d'avance; Je partageais leurs soins; ma bouche, à tout moment, D'accord avec mon cœur prononçait le serment Mais, dût-on m'accuser d'erreur ou de caprice, Llieure approche, tout change; et ce grand sacnJ^jK) Qui fut long-temps l'objet de mon plus doux espoir, N'est désormais pour moi qu'un funeste devoir.
ISAURE
Vous me voyez surprise , et bien plus consternée.
Il faut gémir encor sur une infortunée.
D'un riant avenir votre œil était séduit ;
Ce jour brillant et pur s'est perdu dans la nuit.
AMIÉLIE.
Déjà depuis six mois de ma raison plus mûre -
Je voulais vainement étouffer le murmure.
On me vantait la paix que l'on goûte en ce lieu ,
£t ce lien sacré qui nous unit à Dieu.
Est-ce bien dans ces murs qu'est le bonheur supràne ?