ACTE 11, SCÈNE III
Qui, d'un œil de courroux, épiaient les momens D'enlever ce trésor à mes embrassemens.
Hélas! on étouffa ma voix plaintive et tendre; En accens prolongés l'airain se fit entendre; On partit:* mes tyrans coururent à l'autel, Le crime ati fond du cœur, invoquer l'Étemel. O de mes longs tourmens époque mémorable!
On célébrait le jour où, dans Sion coupable, Dieu, rédempteur du monde, et vainqueur du tombeau. De ses jours immortels ralluma le flambeau.
Qu'avez-vous dit? c'était., comblez mon espérance: Dans ce jour solennel j'ai reçu la naissance. ,
HÉLOÏSE
En quels lieux?
AMELIE.
Ici même, en ce cloître odieux.
HÉLOÏSE
Si j'^is mère encore ! achevez , justes cieux ! Et votre âge?
AMÉLIE
Quinze ans.
HÉLOÎSE.
On vous nomme...
Amélie.
> HELOISE
Ma aile !
298 FENELON.
AMELIE.
C'est de vous que j'ai reçu la vie !
HIÉLOÏSE.
Amélie! Ah! ce nom te fut donné par moi; En t'arrosant de pleurs je l'ai choisi pour toi; Ce nom seul à mon cœur te rend encor plus chère; C'est le nom, le doux nom qu'avait porté ma mère.
AMIÊLIE.
Quoi! vous êtes la mienne! ô moment trop heureux!
HÉLOÎSE.
Le ciel a mis un terme à mes tourmens affreux.
AMELIE.
•Que je baise ces mains, ces diahies révérées Que durant si long-temps ma mère a consacrées.
HÉLOÏSE
AMÉLIE
Et c'est vous qui, loin de l'Univers, Souffrez, depuis quinze ans, tous les maux des enfers!
HÉLOÏSE
Je ne m'en souviens plus. Objet de ma tendresse. Sur mon sein maternel, oh! viens que je te presse! Son* père, mon époux, d'Elmance est dans ses yeux. Oui , voilà son regard et ses traits gracieux. Viens, que j'embrasse encore et la fille et le père; O mon bien , mon trésor ! viens , c'est moi , c'est ta mère, Qui sort en ce moment des gouffres du trépas, Qui te voit, qui t'entend, qui renaît dans tes bras.