ACTE III, SCÈNE IL
FÉNÉLON
D'Elmance , épargnez votre ami.
Je n'ai point eu de gloire , et cette vaine idole , Même pour le grand homme, est une ombre frivole. On ne m'admire point; puissé-je être estimé!
Je tiens surtout, d'EImance, au bonheur d'être aimé. Je vais de mes destins vous faire confidence : Je ne murmure point contre la Providence ; Tai connu les chagrins, mais j'ai su les souffrir. Et tout homme ici bas doit pleurer et mourir. Sans &tiguer les cieux de plaintes étemelles, Nous pouvons adoucir ces épines cruelles; Dans le champ de la vie il faut semer des fleurs, Et c'est nous, trop souvent, qui faisons nos malheurs; Tai sur ces sentimens fondé ma vie entière.
Vous m'avez vu jadis entrer dans la carrière; L'indulgence accueillit mes timides essais; Même dans un autre âge elle a fait mes succès. J'ai , durant trois hivers , au bord de la Charente , Parmi les protestans traîné ma vie errante, Pour apaiser des cœurs justement irrités , Aigris par des revers qu'ils n'ont pas mérités. Là j'ai vu , mon ami , la misère publique , Tous les maux qui sont nés d'un édit Êmatique ; J'ai calmé les chagrins; j'ai converti l'erreur: Aujourd'hui de Cambrai je suis nommé pasteur : Quand de l'épiscopat les soins doux, mais pénibles,. Me laisseront goûter quelques momens paisibles^
3io FÉNÉLON.
Je veux de ramitié cultiver les plaisirs, Et d'utiles^ travaux rempliront mes loisirs.
Art de former l'enfance, intéressante étude, Tu viendras de tes fleurs orner ma solitude.
Nous avons oublié la nature et ses lois; Les cris des préjugés ont fait taire sa voix. Cherchant la vérité sous le voile des fables. Conduits à la vertu par des routes aimables.
Puissent nos successeurs, un jour plus éclairés. Dissiper les erreurs qui nous ont égarés !
Pour eux aux arts brillans j'ouvrirai mon asile; Télémaque instruira leur jeunesse docile :
Là, mauvais courtisan, je veux peindre à la fois Les misères du peuple et les crimes des rois. Là , de l'humanité je plaiderai la cause.
Au succès de mes soins si notre âge s'oppose. S'il méconnaît encore et craint la. vérité.
Peut-être on l'entendra dans la postérité.
d'eLM A.NCE.
Quelqu'un vient nous troubler.
Une femme s'avance.
d'elmange.
Une novice, hélas! presque dans son enfance, Précipite en ces lieux ses pas désespérés.