ACTE I, SCÈNE I
Qu obtient le suicide au pied de vos autels ? Pourquoi ces chants cruels , ces accens funéraires , : Qui sont des cris de rage , et non pas des prières ? Pourquoi de ce cercueil le spectacle effrayant, Et d'Antoine Galas le squelette sanglant?
II saisît d'une main la palme du martyre.
Et , les doigts étendus , l'autre main semble écrire. Il devait, nous dit-on, sous les regards de Dieu, D'un culte plein d'erreur signer le désaveu : ^;
Fais au moins , Dieu puissant , que sa main sanguinaire^ Ne signe ^oint la mort de son malheureux père! ^ •
CL]ÉRAC.
Si l'on eût de l'État consulté les besoins ,
Vos yeux de ces objets ne seraient pas témoins.
Toujours les prolestans ont divisé l'empire: «
Par de sévères lois il (allait les détruire. ■),
LA SALLE
Ami de la justice, est-ce vous que j'entends?
GLiéRAC.
Est-ce vous qui seriez l'appui des protestans ? Voyez ces factieux, hardis dès leur naissance, Par vingt ans de combats affermir leur puissance; Vaincus par Médicis , quelquefois triomphans , Us ébranlaient le sceptre aux mains de ses enfans. Henri quatre et son fils reçurent en partage De ces dissensions le isanglant héritage :
Ami d'un seul pouvoir, le profond Richelieu '
Défendit la querelle et du trdne et de Dieu.
go JEAN CALAS.
Il mourut ; mais bientôt ce siècle vit paraître
Un roi qui sut parler, qui sut agir en maître,
Et qui, pour maintenir sa juste autorité.
Employa la constance et la sévérité.
Ce monarque, imposant jusque dans ses faiblesses ,.
Gouverné par la gloire , et non par ses maîtresses ,
Voulant de son royaume augmenter la splendeur,
Sous la religion fit fléchir sa grandeur :
Il connut les rigueurs de sa morale austère;
Un saint zèle dicta cet édit salutaire
Qui livrait Thérésie au glaive de la loi.
Que n'a-t-on conservé l'esprit de ce grand roi F
LA SALLE
Ainsi vous exaltez les crimes de vos princes ! Oubliez-vous le sort de ces tristes provinces ? Pontifes, magistrats dressant des échafauds.
Nos pères convertis à la voix des bourreaux , Abandonnant leurs biens, errant de ville en ville. Massacrés dans nos murs sous les yeux d'un Baville, Dans la nuit des cachots entassés par Louvois ; Quelques-uns, en troupeaux fuyant au fond des bws, Poursuivis dans les creux. des vallons solitaires. Au bruit du plomb mortel chassés de leurs repaires , Tels que ces animaux que l'homme en son loisir Égorge de sang-froid par un affreux plaisir!
Oubliez-vous enfin notre Septimanie , Jouet du fanatisme et de la tyrannie.
Déplorant les trésors de ses champs dévastés,