ACTE II, SCENE II. loi
G L £ R A C , k madame Galas.
Et VOUS ?
MADAME CALAS
Tai VU le jour chez un peuple vanté Pour ses lois , pour ses mœurs , et pour sa liberté.
GLÉRAG.
Ce peuple, quel est-il? ce n'est pas me répondre.
MADAME GALAS
£h bien! je suis Anglaise, et je naquis dans Londre.
CLÉRAG.
£t le nœud qui vous joint dure depuis trente ans ?
JEAN CALAS
Il est vrai.
GLÉRAG.
Vous avez encor plusieurs enfans?
MADAME CALAS
Grâce à notre union, bien tristement féconde, Six malheureux de plus ont gémi dans le monde; Deux filles, quatre fils.
GLERAG.
Et ceux qui sont vivans Habitent-ils ces lieux? sont-ifs tous protestans?
JEAN GALAS
L'un d'eux est catholique; et, dans son premier zèle^
Ayant voulu quitter la maison paternelle ^
De ses parens encore il éprouve les soins :
Un tribut annuel suffit à ses besoins ;
Il traîne sur ces bords sa pénible existence.
102 JEAN CALAS
Le second de nos fils est en votre présence; Et le troisième enfin, le plus jeune de tous, Sur les bords genevois fut envoyé par nous.
MADAME CALAS
Mes filles nou$ rendraient nos malheurs supportables. Sous le champêtre toit de parens respectables, Leurs beaux jours s'écoulaient loin du toit paternel, Lorsqu' Antoine a conçu son projet criminel.
Cependant, comme nous, elles sont prisonnières: Mes filles, s'abreuvant de larmes solitaires. Expirent jour et nuit dans un cloître inhumain, Loin de leur mère, hélas! qui les appelle en vain.
G L £ R A C , à Pierre Calas.
Parlez, fils de Calas; il faut aussi connaître
Et votre âge et les lieux où le sort vous fit naître.
PIERRE CALAS
Je suis né dans ces murs; j'ai vingt ans accomplis,
CLERAC, à Lavaïsse.
Et VOUS?
LAVAÏSSE.
Un an de moins; Toulouse est mon pays«
CLERAC
Est-ce de vos parens la demeure ordinaire?
LAVAÏSSE.
C'est là que de tout temps a résidé mon père.
CLERAC
Ses jours ne sont-ils pas consacrés à la loi?