‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 10 sur 147 · Giguet, libraire, associé de Michaud · texte numérisé non relu

Giguet, libraire, associé de Michaud

SUR LES POÈMES DESCMPTIFS. Sg

Va courir TOcéan sans boussole et sans lyre;

Mais j lourd ménétrier, tremblant navigateur,

Il trompera Tespoir de Giguet l'armateur :

Il n'ira point creuser les mines de Golconde;

Ne le soupçonnez pas de découvrir un monde;

Sans même avoir l'honneur d'être battu :des flots,

IjC chantre monotone endort les matelots ,

Et, dans un calme plat faisant tous ses naufrage.

Traverse avec l'Ennui de stériles rivages.

Jusque sous l'équateur va porter les hivers.

Et gravit sur des monts moins glacés que se§ vers.

Ne sachant se borner, la Sottise étourdie Voit dans chaque matière une encyclopédie ; Elle offre en un sujet tristement alongé Du monde en raccourci l'étemel abrégé, Et, s'égarant toujours, toujours plus en arrière. Croit, en quittant la route, étendre la carrière. . Tel on vit autrefois le marseillais Dulard ' , Riche en mots superflus , et maître d'Esménard , Sur les œuvres de Dieu broder un long ouvrage : Ainsi que les Gascons, les Marseillais font rage.

I. Dùlard (Paul-Alexandre), secrétaire de TAcadémie de Marseille , et auteur d'un poème intitule : Grandeurs de Dieu dans les merveilles de la nature. Un critique a dit de cette production que c'était le Spectacle de la Nature mis en vers par le poète Ronsard.

4o DISCOURS

S'il avait voulu plaire, il eût manqué son but ;

Il était sûr au moins d'opérer son salut.

Il ennuya; d'accord : tout rimailleur apôtre

Use amplement du droit d'ennuyer plus qu'un autre.

Béni par les croyahs quand ses vers sont maudits ,

S'il ne monte au Parnasse, il monte en Paradis.

Potir vous, auteur profane, en un sujet fertile Fuyez des longs discours l'étalage inutile.

L'éloquent écrivain n'est jamais babillard :

Qui sait beaucoup dit peu, mais choisit avec art; Qui ne sait rien dit tout, hors ce qu'il fallait dire. £t ne rirait-on pas du poète en délire Qui, chantant le bel art par l'amour inventé. Et qu'au point le plus haut Raphaël a porté , Au lieu de peindre aussi nous déduirait par liste L'école, les travaux, le nom de chaque artiste. Et , poursuivant au Louvre , une plume à la main ^ Titien, Michel-Ange, et Rubens, et Poussin, Epuisant Gérard-Dow, Miéris et Van-Ostade, N'osant nous épargner la moindre bambocliade. Copiste sans génie, et même sans pinceaux, Du Muséum entier rimerait les tableaux?

Que le Pinde français laisse à la Germanie

Du genre descriptif l'insipide manie.

Thompson, chez les Anglais, l'a sans doute illustré;

Et son vers, toujours noble, est souvent inspiré.

. SUR LES POEMES DESCRIPTIFS. 4i

Un peu froid, mais facile, harmonieux et sage,

Saint-Lambert peignit moins, et pensa davantage;

Et Delille, égalant ces heureux écrivains.

Sur le ton didactique a chanté les jardins.

On retrouvait encor l'élève de Virgile ;

Si même il a depuis, plus recherché qu'habile,

Etalé dans ses vers le prestige éclatant

D'un feu qui, sans chaleur, s'évapore à l'instant,

Jaillissajit quelquefois , après mainte bluette ,

Un beau trait nous enflamme, et révèle un poète.

Quant aux plats écoliers qui, dans leurs plats essais.

Vont décrivant toujours et ne peignant jamais,

Nisas peut les guinder au-dessus des archanges ;

Mais, trébuchant bientôt sous le poids des louanges,

Us iront dans l'oubli rejoindre sans retour

IjCS romans de Fiévée , et les vers de Baour.

Amans , dignes amans des filles de mémoire , Qui dédaignez la vogue , et chérissez la gloire , Préservez vos écrits de ce goût insensé Produit par l'ignorance , et par elle encensé. Ce n'était pas ainsi que l'élégant Virgile Chantait l'art d'obtenir une moisson fertile. Sous quel astre à la vigne il faut unir l'ormeau, Par quels soins le pasteur conserve son troupeau, Et comment se maintient, dans sa ruche agitée, Le peuple industrieux, délice d'Aristée.

Ce n'était pas ainsi que l'Horace français.

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