LES POEMES DESCRIPTIFS
JLe Pinde a vu des jours en talens plus fertiles; Des lois y séparaient les genres et les styles; Et les chantres fameux s'empressaient d'obéir A ces lois du bon sens, du goût et du plaisir. Sa trompette à la main , l'héroïque Épopée Célébrait les exploits, les crimes de l'épée; Simple avec majesté, la Tragédie en pleurs Consacrait dans ses vers les illustres malheurs ; L'aimable Comédie au sourire pudique Offrait à nos travers un miroir véridique; L'Ode mélodieuse, et chantant tour à tour Les Dieux et les festins, les héros et l'amour, AuK élans du Génie abandonnait sa lyre; Le ridicule heureux d'une utile satire Flétrissait les méchaus , humiliait les sots ; £t la Description , se plaçant à propos , A ces genres divers sobrement départie, Venait dans chaque tout former une partie.
Aujourd'hui, nous dit-on, c'est un genre nouveau Des grimauds ini|Jtiisstaiis , dont jamais le cerveau N'a saisi les contours d'un sujet noble et riche, D'une image stérile enflent chaque hémistiche, Sur un papier rebelle, et d'un esprit glacé, Rimeiit avec effort ce qu'un autre a pensé, De vingt compilateurs compilent les merveilles , Assomment le public endormi par leurs veilles; Et chacun d'eux, vanté sans mesure et sans choix. Devient dans un journal le grand homme du mois. L'un, 'eh moitiés devers distribuant sa prose. Comptant chaque pistil dans l'œillet ou la rose. Oubliant les ^pàtfîlms , négligeant les couleurs, A l'aide de Jussieu rime un traité des fleurs. L'autre, d'an air niais qu'il prend pour de la grâce. En pleine basse-cour établit son Parnasse , Ronfle avec Panimal aux Hébreux défendu , Nasille avec l'oison dans sa mare étendu, Et, toujours au bon goût alliant l'harmonie.
Glousse avec les dindons , ses rivaux en génie.
Un bruit soudain s'élève aux marais d'Hélicon. D'où vient-il? Un Orphée, argonaute gascon', Sur la foi de Giguet^, et non pas de Zéphire,