LE DERNIER HYMNE D^OSSIAN
Selma dans quelques jours ne va plus reconnaître
Ni ma trace, ni mes accens.
J'aperçois le nuage où doit planer mon ombre; Je vois l'épais brouillard de neige et de glaçons
Qui doit former ma robe sombre,
Quand j'apparaîtrai sur les monts.
Nos descendans, cachés dans la caverne obscure,
Viendront des héros, leurs aïeux, Admirer les grands corps et l'immense stature; Ils pâliront de crainte en regardant les cieux ; Ils verront Ossian marcher sur les nuages :
Dans l'abîme des airs , abaissés devant moi ,
Ils entendront avec effroi
Rouler à mes pieds les orages.
Le sommeil vient fermer mes yeux appesantis; Près du roc de Mora je repose ma tête:
Je ne crains plus que la tempête Siffle, le long des bois, dans mes cheveux blanchis. Vents ! dont le souffle humide au sein des nuits m'éveille, Vous fuirez mon tombeau paisible et respecté ; Vous ne troublerez pas le Barde qui sommeille
Dans la nuit de l'éternité.
Mais, ô fils de Fin gai ! pourquoi donc ce nuage
Qui couvre ton âme de deuil ?
Tout naît, croît et finit; la terre est un passage; Des antiques héros la gloire est au cercueil ;
4'-i6 CHANTS IMITÉS D'OSSIAN.
La mort parcourt le monde en déployant ses ailes. Ils passeront aussi les fils de Tavenir!
Remplacés par leurs fils, à des races nouvelles Ils légueront à peine un léger souvenir.
Les générations fécondes
Se succéderont à jamais,
Comme les flots des mers profondes
Ou les feuilles de nos forêts.
Ryno! j'ai vu pâlir ta beauté mâle et fière; Le tems, mon cher Oscar! a fait ployer ton bras; J'ai vu du grand Fingal s'éclipser la lumière ; Son palais a perdu l'empreinte de ses pas.
Et toi, Cbef des guerriers! toi, Chantre de la guerre! Mêlant à tes accords de stériles sanglots, Vieux Barde! tu vivrais oublié sur la terre,
Aujourd'hui veuve des héros!
Non : cédant au commun naufrage , Ossian doit passer; sa gloire restera:
De peuple en peuple, d'âge en âge.
Le nom d'Ossian grandira.
Sur les bois de Morven ainsi levant la tête.
Contemporain du monde, un chêne ambitieux Oppose son front large aux coups de la tempête,
Et rit des vents séditieux.
HOMMAGE
A UNE BELLE ACTION
JLe fait dont il est question dans cet opuscule a déjà plus de six mois; mais on ne l'a fait connaître que depuis fort peu de jours. Voici comme il est raconté dans la Gazette de France, du mardi 5 décembre dernier. D'autres journaux, le Publiais te y entre autres, et le Journal de Paris y l'ont rapporté dans les mêmes termes. « On pu- « blie le trait suivant : M. François Rémi l'aîné , «âgé de quarante - trois ans, natif de Metz, em- « ployé à l'hôpital militaire français à Neubourg , tf et présentement dans la même qualité à « Cinnstadt, vit arriver, le 27 avril dernier, à « huit heures du soii?^ sur le Danube , un bâti- « ment à bord duquel se trouvaient quarante-deux tf soldats grièvement blessés , et dont plusieurs « avaient des membres amputés. Mais le Danube (c avait grossi considérablement; la nuit était obs- « cure ; et aucun infirmier n'osait se hasarder « d'aller à bord du bâtiment , qui se tenait éloi- « gné du rivage. Cependant on entendait les cris « et les lamentations des malades , exposés à l'in-
43o PRÉFACE.
<c jure du tems. Le cœur de Rémi en fut ému : i< sans considérer la profondeur de la rivière , et «sans égard au danger qu'il courait, il se désha- « bille , se jette dans l'eau , nage vers la barque , « se charge d'un de ces malheureux , et le dépose ce sur le rivage ; retourne et rapporte un second , « et ne cesse d'aller et venir jusqu'à ce que les « quarante - deux fussent à terre : il était alors « onze heures du soir. »
Ce trait , supérieur à celui qui rendit autrefois Boussard célèbre, n'a produit cependant qu'une" sensation légère. La Fille Mendiante^ F'cdther-^ le-Cruely M. Asinard^ et d'autres nouveautés non moins admirables, quoique données sur les grands théâtres , fixaient à juste titre Fattention publique. Tout cela soutient sans doute avec beaucoup d'éclat l'honneur de la littérature française ; pardon , si l'on a cru devoir célébrer de préférence le courage et l'humanité; mais, quand les gens occupés remarquent uniqueipent ces beaux ouvrages , il faut bien qu'un oisif prenne un peu garde aux belles actions.
HOMMAGE
A UNE BELLE ACTION
\}uEL est ce Rémi géné|eux Qui, s'armant d'un courage heureux, Arrache au Danube en furie Quarante-deux vaillans soldats, Blessés au milieu des combats Qu'ont vus les plaines de Hongrie? 11 lut un Rémi qui jadis Dans la Champagne, non Pouilleuse, Reçut l'ampoule merveilleuse.
Dont il oignit, dit-on, Clovis; Mais j'ai dévotion plus grande Au. Rémi du pays Messin, N'en déplaise au dévot essaim Des amateurs de la Légende.
Au paradis des vrais croyans.
Sous les clefs de Pierre l'apôtre.
Il est juste de laisser l'autre ; Par des écrits reconnaissans
432 HOMMAGE
Il convient de placer le notre Au paradis des bienfaisans:
Doux et paisible sanctuaire , Qu'ouvrit dans le siècle dernier L'excellent abbé de Saint-Pierre, Digne d'en être le portier.
Aux sons de la trompette épique Si je pouvais unir ma voix , Je célébrerais les exploits De ce conouérant héroïque Qui, du Betis à la Baltique, Fait, protège ou punit les rois:
] 'oserais crayonner l'histoire Du chef éminent des Français , Tous ces prodigieux succès Qu'on voit, et qu'on a peine à croire; • Et je peindrais son char de gloire.
Que, par élans précipités.
Au sein des royales cités Font voler Mars et la Victoire ; Des peuples dont il est l'appui J'annoncerais les destinées; Des généraux vainqueurs sous lui Je dirais les nobles journées ; Et quelquefois je gémirais.
En voyant du Danube à l'Ebre Le laurier voisin du cyprès;
A UNE BELLE ACTION. 433
Mais c'est par une mort célèbre Que s'immortalise un guerrier :
Au milieu du champ meurtrier, Autour de la pierre funèbre, S'élève et grandit le laurier.
Cessons des efforts inutiles; Trêve à d'ambitieux discours :
11 faut un Homère aux Achilles; Et l'Alexandre de nos jours N'a trouvé que trop de Chériles.
Dans notre médiocrité, Un assez bel emploi nous reste:
Par un hommage mérité, De son injuste obscurité Consolons la vertu modeste.
Voulons-nous louer à propos?
Louons des mortels estimables :
Celui qui sauve ses semblables Est au premier rang des héros.
Vous, dont l'orgueilleuse faiblesse Hors des titres ne voit plus rien , Si le nom de Rémi vous blesse.
Un beau trait lui sert de soutien; C'est le nom d'un homme de bien :
Il a ses titres de noblesse.
Les fiers enfans de Romulus Auraient dans leur place publique
Œuvres anciennes. HI. 2 O
434 HOMMAGE A UNE BELLE ACTION
Posé U couronne civique Sur le froiU de Remigiua ; Et, pour des naticoos sensées, Quelques vertus récompensées Valent bien les roniana nouveaux , Les opéras à grands chevaux, Les lamentables comédies , Les pitoyables tragédies, Intarissables rapsodies.
Qu'attendent les prix décennaux.
Chez vous. Français! nul bûcher n'est dressé! On ne rompt plus ! le bon tems est passé.
C'est grand pitié ! Cadet braille et s'enroue. Si vous avee {)eu de goût pour le jeu , Si vous craignez d'écarteler un peu.
Soyez humains : accordez -moi la roue.