‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 139 sur 147 · LE DERNIER HYMNE D'OSSIAN · texte numérisé non relu

LE DERNIER HYMNE D'OSSIAN

Dissipe el la tempête et l'humide brouillard; Ossian va chanter: Vents, déployez vos ailes! Portez jusqu'à Fingal, aux voûtes éternelles, Les derniers accens du vieillard.

Le Nord ouvre à mes yeux le ciel qui t'environne; Des guerriers, 6 Fingal! tu n'es plus la terreur;

Une vapeur forme ton trône;

Fingal même est une vapeur.

Les yeux humides des étoiles I^ercent ton bouclier, semé de faibles voiles,

Et ton glaive à demi brûlant.

Comment a-t-il perdu sa force et sa lumière

Celui qui, durant sa carrière, Au milieu des héros marchait étincelant?

Quelquefois menaçant nos têtes. Promenant ta fureur sur le vent des déserts ,

Tu tiens en ta main les tempêtes ; Le soleil devant toi pâlit au sein des airs.

Dans les nuages qui s'assemblent

Tu caches cet astre immortel ;

Les descendans des lâches tremblent; Et la pluie en torrens fond des sommets du ciel. Slais , lorsque , t'avançant sur la voûte éthérée , De ton paisible aspect tu réjouis les cieux ,

4îi4 CHANTS IMITÉS D'OSSUN.

Le zéphyr du matin suit tes pas radieux; Le soleil te sourit dans sa plaine azurée; Le chevreuil bondit; les ruisseaux Serpentent plus brillans dans la verte prairie : Leur onde rafraîchit les jeunes arbrisseaux , Qui balancent leur tête odorante et fleurie.

Qu'entends-je? Quel bruit sourd, sorti du fond des bois.

S'élève, grossit et s'avance?

Sur le mont rayonnant c'est Fin gai qui s'élance; C'est lui : j'entends gronder les foudres de sa voix.

a Viens, Ossian! rejoins tes pères; (c Les exploits de Fingal sont assez éclatans :

« Tels que des flammes passagères ,

« Nous avons lui quelques instans.

(c Dans la plaine où nos mains ont semé l'épouvante

« Régnent le silence et le deuil ;

« Mais notre gloire, encor vivante,

a Est debout sur notre cercueil.

« Ta harpe a de Selma fait retentir la voûte; « Ossian s'est chargé de notre souvenir; « Ses chants ont pénétré dans l'immense avenir,

« Et nous en ont frayé la route. »

Attends, Roi des héros! je suis prêt, je le sens: Oui, je vais te rejoindre; oui, je vais disparaître;'

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