A L'EMPEREUR
S'il vécut philosophe, il mourut pénitent.
Mais on n'imite pas cet exemple éclatant.
Tant d'obstination et m'indigne et m'irrite.
Si l'on n^t pas dévot, qu'on se fasse hypocrite!
Eh! que suis-je moi-même? Il faut suivre me^ pas,
Et penser comme moi , sinon ne penser pas.
Oui, Sire, c'est trop peu de contraindre au silence;
Il faut encore, il faut empêcher qu'on ne pense;
11 faut rompre à jamais ce lien des esprits.
Cette invisible chaîne entre Londre et Paris;
Les penseurs sont un ordre : et les bûchers du Temple
Ne vous auraient donné qu'un inutile exemple!
Qu'attendez-vous? Frappez ces nouveaux Templiers,
Fauteurs de Raynouard * et de ses chevaliers,
Qui, n'approuvant jamais que les coups légitimes,
Des vengeances des rois osent faire des crimes.
On les ménagea trop; soyons plus aguerris:
Brûlons le philosophe, et non plus ses écrits;
A ITnquisition redemandons ses flammes;
Que leur feu salutaire épure enfin les âmes;
Et que partout de joie un même cri poussé
Dise : Dieu soit béni ! La raison a cessé.
Sur nos fiers ennemis quelle illustre victoire!
I . Auteur de la tragédie des Templiers, qui obtint un succès éclatant an Théâtre-Français.