‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 28 sur 147 · ÉPITRE D'UN JOURNALISTE · texte numérisé non relu

ÉPITRE D'UN JOURNALISTE

Mais souffrez que mon zèle en partage la gloire : Sire ! j'ose prétendre à l'honneur d'allumer Le fagot trop tardif qui doit les consumer. J'aurais dans d'autres tems fondé le Saint Office; Mais, si le Ciel permet que je le rétablisse, C'est assez : je saurai faire dire de moi :

Saint'Dominique^ à peine est l'égal de Geoffroy^.

1 . Dominique (saint), fondateur et instituteur de Tordre dit des Frères prêcheurs ^ obtint la charge de grand- inquisiteur dans la province de l'Albigeois, où il était venu répandre TÉvangile. Là, plusieurs milliers d'hommes furent victimes de son fanatique enthousiasme. Le pape Grégoire lX\e canonisa en 12 35.

2 . Geoffroy ancien rédacteur du Journal de l'Empire, aujour* d'hui Journal des Débats.

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Immortel écrivain, dont les brillaus ouvrages

Enchauteut les héros, les belles et les sages;

Qui sais par le plaisir captiver ton lecteur;

Effroi du sot crédule et du lâche imposteur,

Mais du bon sens, du goût, aimable et sûr arbitre;

Voltaire, en t'adressant ma véridique Epître,

J aurai soin, pour raison, de ne pas l'envoyer

Devers le Paradis dont Céphas' est portier;

Lieu saint, mais ennuyeux, oii les ueuf chœurs des anges,

Au maître du logis entonnant ses louanges,

T)e prologues sans (in lassent la Trinité ,

Et chantent l'opéra durant l'éternité.

Rien n'est plus musical; mais l'Elysée antique,

Malgré Chateaubriand, parait plus poétique :

I . Cephas est un des surnoms de Saint-Pierre , ainsi qu'il est dit dans Xévangile de saint Jean, chap. I, vers,. 42 : « El adduxit « eum ad Jcsum. Intuitus autem euin Jésus , dixil : Tu es Siinou « filius Joua : tu vocabcris Cephas, quod inlcrpretatur Petrus. «

On s'y promène en paix sans flagorner les dieux; On y chante uù peu moins, mais on y parle mieux; Et c'est là que, du ïems bravant la course agile, Entre Sophocle, Horace, Arioste et Virgile, Tu jouis avec ev^x des honneurs consacrés Aux talens bienfaiteurs qui nous ont éclairés.

D'un âge éblouissant tu vis la décadence.

11 expirait sans gloire aux jours de ton enfance;

Et Louis n'était plus cet heureux potentat

Qui de l'éclat des Arts empruntait son éclat.

Quand Pascal et Boileau, par une habile étude.

Polissaient le langage, encor timide et rude;

Quand Molière, à grands traits flétrissant l'imposteur,

Créait la comédie, et marquait sa hauteur;

Quand, égal à Sophocle et vainqueur de Corneille,

Racine d'Athalie enfantait la merveille.

Tout avait disparu. L'écho de Port-Royal

Dès long-tems, mais en vain, redemandait Pascal;

Corneille dans la tonibe avait suivi Molière;

Racine en courtisan terminait sa carrière;

Et Boileau, sans succès faisant des vers chrétiens,

Reste des grands talens, survivait même aux siens.

Iftureux sous Luxembourg, sous Condé, sousTurenne,

Leurs soldats orphelins fuyaient devant Eugène;

Au héros de Marsaille, éloigné par son Roi,

On voyait dans les camps succéder Villeroi,

Favori de Louis plus que de la victoire,

Et grand à Tceil-de-bœuf, mais petit dans l'histoire.

li est vrai toutefois que, le sabre à la main,

On savait convertir les eufans de Calvin;

Mais des- tribus en pleurs qui fuyaient leur patrie

Vingt peuples accueillaient l'hérétique industrie.

Chaque jour la Sorbonne admirait sur ses bancs

Dlgnace et d'Escobar les doctes partisans;

U faut bien l'avouer : mais la triple alliance

D'un règne ambitieux punissait l'insolence;

Et dans Versailles même, au nom du peuple anglais,

Bolingbrocke à Louis venait dicter la paix.

Un tems moins sérieux vit briller ta jeunesse. S'amusant à Paris de la commune ivresse, Plutus ôtait, rendait, retirait tour à tour, Ses dons capricieux et sa faveur d'un jour.

Le laquais enrichi, prompt à se méconnaître.

Se carrait dans l'hôtel qu'abandonnait son maître. Et, de ce même hôtel le lendemain chassé, Par son laquais d'hier s'y trouvait remplacé. En soutane écarlate on voyait le scandale Souiller de Fénélon la mitre épiscopale :

Plus de frein : le plaisir fut le cri de la cour; De quelque Jansénisme on accusait l'amour ' ;

I . L'amour dont parle ici Chënîer est le pur et vëritable amour mis en opposition avec le libertinage effrënë qui régnait à la cour de Philippe. Quant au mot Jansénisme^ il est employé ici comme

Et Philippe, entouré de cent beautés piquantes. Semblait le dieu du Gange au milieu des Bacchantes.

Mais , couverts si long-temps du manteau de Louis, Du moins, après sa mort, les bigots moins hardis Avaient perdu le droit d opprimer tout mérite: A la ville on bernait leur emphase hypocrite; A la cour de Philippe ils n'avaient point d'accès. Déjà, vers le déclin du vieux sultan français, Bayle, savant modeste, et raisonneur caustique. Tenait loin de Paris sa balance sceptique.

A pas lents quelquefois s'avançait à propos Le normand Fontenelle, amoureux du repos.

Bel esprit un peu fade, et sage un peu timide. Montesquieu , plus profond, plus fin, plus intrépide. Amenant parmi nous deux voyageurs persans , Essaya sous leur nom de venger le bon sens :

D'Usbec et de Rica les mordantes saillies, Par la raison publique en naissant accueillies^ Couvraient les préjugés d'un ridicule heureux; Et le Français malin s'aguerrissait contre eux.

synonyme de vertu austère. C'est dans ce même sens que longtemps auparavant Boileau disait à M. de Valincourt, dans sa satire XI , en parlant du règne du bon Saturne :

La vertu n'était pas sujette à Tostracisine, ni ne s'appelait peint alors un Jansénisme.

iNinon caractérisait les prudes en les appelant les Jansénistes de ¥ amour, {Note de V éditeur.)

Tu parus. A ta voix, maint dévot sycophante Tressaillit de colère, et surtout d'épouvante, Soit lorsqu'en vers brillans, par Sophocle inspirés, Tu déclarais la guerre aux charlatans sacrés; Soit quand tu célébrais sur la trompette épique Ce Bourbon, roi loyal, mais douteux catholique. Hélas! bien jeune encor tu connus les revers; Et ta muse héroïque a chanté dans les fers !

Sortant du noir château qu'habitait Fesclavagc, Tu courus d'Albion visiter le rivage ; Et, par elle éclairé, tu revins sur nos bords De sa philosophie apporter les trésors.

Cirey te vit long-tems, sous les yeux d'Emilie, Te faire un avenir, et préparer ta vie; De Locke et de Newton sonder les profondeurs ; Soumettre la morale à tes vers enchanteurs; Ou , prenant tout à coup l'Arioste pour maître , L'imiter, l'égaler, le surpasser peut-être.

Cet aimable mondain qui vantait les plaisirs A l'austère Clio dévouait ses loisirs ; Aux mœurs des nations désormais consacrée. L'histoire n'était plus la gazette parée; Et de la Vérité le rigoureux flambeau Des oppresseurs du monde éclairait le tombeau; Ce n'était point assez : d'un ton plus énergique Ta raison, s'élevant sur la scène tragique, Du genre humain trompé retraçait les malheurs ; Et l'auditoire ému s'instruisait par dçs pleurs.

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De ces nobles travaux quel était le salaire?

Le même qu'obtenaient et Racine et Molière , Quand leur gloire vivante importunait les yeux : Des succès contestés et beaucoup d'envieux.

A force de combattre une ligue ennemie, Tu vins, à cinquante ans, en notre académie Siéger avec Danchet, Nivelle et Marivaux, Que pour l'honneur du Corps on nommait tes rivaux. Tu vainquis cependant l'orgueilleuse ignorance : Desfontaines , Fréron , n'abusaient point la France ; Si du bon Loyola ces renégats pervers jy^élzire et de Mérope outrageaient les beaux vers , Tous les soirs le public en savourait les charmes , £t sifflait des journaux réfutés par ses larmes. Caressant des bigots le crédit oppresseur, Dévotement jaloux, Crébillon le censeur, Crébillon, dont le style indigna Melpomène, A ton fier Mahomet voulait fermer la scène :

Mais bientôt d'Alembert, censeur moins timoré. Opposait au scrupule un courage éclairé.

Contre un vieux cardinal ' quinteux et difficile Tu soulevais un pape ^ , au défaut d'un concile : £t si, loin des beaux-arts, l'amant de Pompadour, Soigneux de respecter l'étiquette de cour.

T'interdisait Versaille, où, portant sa livrée.

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