‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 3)Chapitre 63 sur 147 · NOUVELLE. 2Î · texte numérisé non relu

NOUVELLE. 2Î

Des auditeurs letonnement extrême, Quand il eut dit, Tétonnait fort lui-même :

Sans lui répondre , ils examinaient tous Ses grands yeux noirs , sa noire chevelure , Son nez romain, sa taille, son allure; Puis se disaient : Qu'est-ce? l'entendez- vous ? Quel monotone et singulier langa^!

Italien ? Comment ! cet homme-Ci ?

On s'est trompé. Que vient-il faire ici? - Son idiome est celui d'un» sauvage.

Bientôt le bruit , d'abord faible et confus , Gagne, s'étend, s'accroît de plus en plus.

Le maître parle, et soudain grand silence:

« Cet étranger n'a pas le regard bon ; « Vous le prenez pour un sauvage? Non, « Non; c'est plutôt un jacobin, je pense : « Il est venu par la route de France; « Et je crois bien qu'il a parlé gascon. »

Gascon! Ija foudre, en perçant les nuées, La foudre même eût fait moins de fracas :

Figurez-vous les cris , les brouhahas , Les quolibets, les ris à grands éclats; Sifflets aigus , effrayantes huées :

On se croyait aux pièces de Nisas.

Gascon, sandis! gascon! le misérable!

Fuis, jacobin, carmagnole exécrable; Eh! cadédis; nous crois-tu des Gascons?

Vieillards, enfans, baronnets et barons.

a3o LE MAITRE ITALIEN.

Tout s'en mêlait, voire aussi les baronnes.

Au long asisaut des injures gasconnes Avec pitié le Romain répliqua :

Oh ! che bruti! che razza tedesca !

Vite arrivé, parti plus vite encore, Aliberti j^aignait ces pauvres gens; Il s'écriait : quels pays indigens!

Us ont des feus et n'ont pas d'ellébore.

A Lunebourg le vic^omte enchanté Reste vainqueur et toujours plus fêté; Mais en Gascogne il avait lu l'histoire :

Que de héros, flattés par la victoire, Furent vaincus dans un dernier combat!

Quand n>a planète est dans tout son éclat, Craignons, dit-il, une éclipse importqnç; Il ne faut poijit fatiguer sa fortune.

D'un sort plus beau mes yeux sont éblouis :

D'être Dunois j'ai la noble espérance; On a r'ouvert les portes de la France; Dunois peut donc rentrer dans son pays.

Il va partir, et là ville est troublée.

Nombreux concours. Le héros, en grand deuif.

Se présentant à l'auguste assemblée, L'œil attristé, mais plein d'un noble orgueil. Dit , sur le ton d'une oraison funèbre ; •(Écoutez-moi, mes hôtes, mes patrons,

Page 1