XXVI SUR M. J. CHÉNIER
Her le gouvernement. Fouché, pour qui la persévérance dans les opinions républicaines était d'ailleurs un reproche, crut qu'à laide de ces opinions même il réussirait à engager Chénier dans une fausse démarche, et à ramener à se compromettre avec son parti par dévouement pour ce parti. Montrant à son ancien collègue rétablissement de l'Empire comme un événement avantageux pour les révolutionnaires , en ce qu'il empêcherait le rétablissement de Tordre de choses renversé par la Révolution , il ajouta que l'Empire était plus compatible qu'on ne pensait avec la Liberté; qu'il maintenait des institutions salutaires; que, si, privé de ses membre les plus énergiques , le Tribunat était annihilé , le Sénat subsistait, et que les indépendans, quoiqu'ils y fussent en minorité , n'y étaient pas sans crédit ; que cette minorité qui déjà s'était opposée utilement aux envahissemens du pouvoir, pouvait être fortifiée par de bons choix; et pourquoi lui, Chénier, qui avait siégé dix ans dans les législatures , et qui de plus s'était placé, par ses ouvrages, au premier rang des littérateurs de 1 époque, n'arriverait -il pas au Sénat, où Napoléon voulait que toutes les professions qui contribuent à l'éclat de la gloire nationale fiissent représentées ; où Ducis avait été appelé sans autre titre que celui de poète ? Célébrer l'événement du jour n'était-ce pas se créer de nouveaux droits à la bienveillance de l'Empereur, qui avait toujours estimé Chénier, et n'aurait plus' de motif pour craindre un républicain qui se serait attaché à lui par un acte aussi manifeste ?
Chénier se laissa éblouir : six semaines après cette conversation , Cyrus était fait.
A L'ÉDITEUR. xxvii
Cyrus n eut pas de succès ; mais il faut moins l'attri* buer aux défauts de cette tragédie qu a la fausse situation où s'était mis i auteur, et au contraste qui existait entre sa démarche et ses actions antérieures. Pour comble de disgrâce, son caractère, peu flexible, ne lui avait pas permis d abjurer ses principes dans une circonstance où il y dérogeait. Aussi, se reproduisent-ils fréquemment dans cette œuvre de complaisance , où les éloges même sont des conseils. Ghénier n'atteignit donc pas son but ; mais Fouché avait atteint le sien 4 les éloges déplurent au public ; les conseils ne plurent pas à l'Empereur ; et la, porte du Sénat ne s'ouvrit pas pour Ghénier, qui perdit sa réputation d'indépendance par celui de ses ouvrages qui peut-être devait le plus la lui mériter. C'est dans Cyrus que se trouvent ces vers :
Que , respectant des lois les volontés suprêmes, Le prinee ait des amis et non pas des sujets ; Sans craindre les combats, qu'il chérisse la paix ; Que les pleurs des vaincus désarment sa yictoire ; <2H*il aione le mérite et permette la gloire : L'estimer 4aiis autrui c'est déjà Tobtenir; Prompt à récompenser, qu'il soit lent à punir ; Tels sont les vœux publics.
C'est dans Cjrrus aussi que se trouve ce serment prononce par le prince à son avènement au trône :
Toi ! qui lis dans les cœurs , et pqni$ le paiiure. Sur ton autel sacre c'est par toi que je jure D'obéir à la loi, d'aimer la vérité; De donner pour limite à mon autorité Ce qui peut l'affermir : la justice éternelle , Les intérêts, les droits du peuple qui m'appelle; D'aller oherohei*, d'«tteindr&, en versant des'bien&its. L'infortune mjuette «t les roaUiour& secrets; Père des citoyens, juge pour les entendre,