ACTE II, SCÈNE II. 3i
Arrêtez : de mon Dieu j entends la Toix terrible ; Il m'échauffe, il me presse, il accable mes sens. Eh bien ! j'obéirai ; c'en est fait , j'y consens : Je répandrai le sang de ce peuple perfide. Après tout, ce n'est pas le sang qui m'intimide : Je voudrais me venger ; mais , ce grand coup porté , Ma couronne et mes jours sont-ils en sûreté ?
LA RBINE-MÈRE.
Ils y seront alors.
LE ROI DE FRANCE
Vous avez ma promesse ; Mais , je dois l'avouer, soit prudence ou faiblesse , J'aurais voulu choisir un parti moins affreux. De mes prédécesseurs les ordres rigoureux Oi^t souvent, je le sais, sous des peines mortelles. Interdit aux Français ces croyances nouvelles. Je croyais rétablir les antiques édits; Je voulais au Conseil en proposer l'avis.
LB CARDINAL
Il faut les rétablir, mais après la vengeance.
Des esprits toutefois gagnons la confiance :
Proposez votre avis. Vous allez effrayer
La moitié du Conseil, surtout le Chancelier ;
Mais tout dissimuler serait une imprudence.
On peut se méfier d'un excès de clémence.
Proposez votre avis. Un si vaste projet
Veut de l'art, veut des ftoins, teut un profond secret.
Tout va bien jusqu'ici : votre épouse l'ignore;
La cour en ce moment ne le sait pas encore;
Nos guerriers l'apprendront une heure avant la nuit.
Mais, Sire, eux exceptés, qu'aucun ne soit instruit;
Que l'Amiral trompe...
3i6 CHARLES IX.
LE aOI DB FRANCE.
Je le jure, et sans peine.
Je pourrai le tromper: je le sens à ma haine. Il doit, vous le savez, me parler en ces lieux.
LA REINE-MEaB.
Oui, de projets, dit-il, importans, glorieux.
Quels que soient ces projets, il faut vous y soumettre.
Ne voulant rien tenir, vous devez tout promettre.
Ënivrez-le d espoir : quil ne puisse, un instant.
Ou voir, ou deviner le piège qui l'attend.
Il vient. Retirons-nous.