‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordreChapitre 172 sur 233 · ACTE II, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIL

La plus noble moitié de son vaste héritage. Plaignez, plaignez Philippe; il na que des soldats: L amour de ses sujets ne le défendra pas. Le Vatican sera son unique refuge.

Voulez-vous prendre aussi le Vatican pour juge ? Âh ! si Rome oubliait qu'un roi... de votre nom Réduisit Alexandre à demander pardon , Quand le Tibre et le Pô^ fiers de notre vaillance, Coulaient avec orgueil sous les lois de la France, 11 ne vous faudrait pas , imitant vos aïeux , Perdre chez les Toscans des jours victorieux ; Et ces tems ne sont plus où FEurope avilie Craignait les vains décrets du prêtre d'Italie.

LE ROI B£ FRANGB.

Tant de sagesse est rare en des projets si grands. Vous avez tout prévu: c'est assez, je me rends. Courez venger VÉtat, l'honneur de mes ancêtres. Et le sang de Carlos, et le sang de vos maîtres. Montrez aux Castillans un nouveau Doguesclin; Éteignez leur splendeur, déjà sur son déclin. Aux drapeaux des Français enchaînant la victoire , De vos heureux desseins éternisez la gloire : Par l'époux de ma sœur ils seront secondés. C'est votre digne élève, et vous m'en répondez.

l'amiral.

Sire, votre indulgence encourage mon zèle : Oui, combattons l'Espagne, et réglons-nous sur elle. Dans ses hardis projets il fisiut lui ressembler ; Pour l'effacer un jour, il la faut égaler. Sachons , il en est tems , tout oser, tout connaître ; Et qu'à la voix d'un roi, vraiment digne de l'être, Le commerce et les arts , trop long-tems négligés ,

3ao CHARLES IX.

Par mes concitoyens ne soient plus outragés.

De ces fiers Castillans surpassons les conquêtes :

Les chemins sont frayés , et les palmes sont prêtes.

Ce vaste continent qu'environnent les mers

Va tout à coup changer l'Europe et l'univers. '

Il s'élève pour nous aux champs de l'Amérique

De nouveaux intérêts, une autre politique;

Je vois dans tous les ports s'élancer des vaisseaux;

Tout s'émeut, tout s'apprête à conquérir les eaux.

L'Océan réglera le destin de la terre ;

Le paisible Commerce enfantera la guerre;

Mais, ramenant les rois à leurs vrais intérêts,

Le besoin du Commerce enfantera la paix;

Et cent peuples , rivaux de gloire et d'industrie,

Unis et rapprochés , n'auront qu'une patrie*

Le plaisir, instruisant par la voix des beaux-arts ,

Embellira la vie au sein de nos remparts. .

Ah! de cet heureux jour, qui ne luit pas encore,

Du Tibre à la Tamise on entrevoit l'aurore.

L'art de multiplier, d'éterniser l'esprit,

D'offrir à tous les yeux tout ce qui fîit écrit.

Renouvelle le monde , et dans l'Europe entière

I)éja, de tous côtés, disperse la lumière.

L'audace enfin succède à la timidité.

Le désir de connaître à la crédulité.

Ce qui fut décidé maintenant s'examine ;

Et vers nous , pas à pas , la raison s'achemine.

La voix des préjugés se fait moins écouter ;

L'esprit humain s'éclaire , il commence à douter :

C'est aux siècles futurs de consommer l'ouvrage.

Quelque jour nos Français^ si grands par le courage,

Exempts du fanatisme et des dissensions ,

Page 1