‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordreChapitre 174 sur 233 · ACTE II, SCENE IV, Saî · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV, Saî

L£ ROI DB FRANGE

Vous les applaudiriez dans un sujet fidèle.

LA RSlIfS-'MSRB.

Et qui pourrait compter sur la foi des pervers ?

LE RÔI i>B f AAlfOB.

De rÉtat déchiré finir les longs revers,

Me servir, me défendre est sa seule espérance.

LA REIlfB*MÈRE.

Ou son prétexte au moins.

LE ROI DE l^RANGE.

Il Semble aimer la France ; II a ce ton brûlant , ce ton de vérité Qui par les imposteurs n est jamais imité; Et, cependant, j éprouve un pouvoir intîhcible, Qui rend à ses discours mon cœur inaccessible ; Je sens que près de lui ce cœur intimidé Est convaincu sourent, mais non persuadé. L'habitude fait tout : je le hais dès Tenfance; Son zèle m'est suspect, il me pèse, il m'offense : Soit que la yérité, pour éclairer les rois , D'un ami qui leur plaît doive emprunter la voix ; Soit que de vos conseils l'autorité m'entraîne ; Soit plutôt que du Ciel la bonté souveraine, Au moment du péril me daignant avertir, D'un perfide ennemi cherche à me garantir.

LA REINE-MÈRE

Oui , c'est le Ciel qui parle ; et tant de bienveillance

Mérite bien , mon fils , votre reconnaissance ;

Mais celle que de vous il exige aujourd'hui,

C'est d'agir pour vous-même , en agissant pour lui.

Coligni veut sur nous élever sa fortuné;

Il craint tous vos amis ; votre cour l'importune.

3a4 CHARLES IX.

LE ROI DE FRANGE

Oui, VOUS m'ouvrez les yeux; il déteste ma cour«

LA REINE-MÈRE

Odieux à la France , il la hait à son tour.

LE ROI DE FRANGE

C'est le peuple quil aime.

LA REINE-MÈRE

Il le flatte, sans doute.

Il veut gouverner seul; et, s'il faut quon Fécoute, De vos aïeux bientôt nous quitterons la foi , En attendant le jour où nous l'aurons pour roi. Encore un coup , mon fils , c'est là qu'il veut atteindre. Ah ! d'un chef de parti sachez qu'il faut tout craindre : Une fois soupçonné, rien ne peut l'excuser; Et son propre salut Tengage à tout oser. Il subjugue aisément un crédule vulgaire. Le peuple aux factions ne fut jamais contraire ; Et, par un grand éclat se laissant entraîner. Il est bientôt soumis dès qu'on peut l'étonner. Nos troubles éternels nous en donnent la preuve. Demain vous en ferez une plus douce épreuye : Du coup qu'on va frapper au milieu de la nuit Vos regards , dès demain , recueilleront le fruit ; Et vous verrez ce peuple inquiet, indocile, Se réveiller soumis , respectueux, tranquille ; Rentrer, par la frayeur, sous les lois du devoir. Et d'un roi qui se venge adorer le pouvoir. Venez dans le Conseil, par une adresse heureuse. Dissiper des soupçons l'atteinte dangereuse ; Songez bien que des cœurs il faut les éloigner : Tromper habilement fait tout l'art de régner.

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