ACTE V, SCENE IIL
Et ne sut massacrer son peuf^ au nom des Giaux.
LA RBINE-MÈRi:.
Ce discours maintenant peut semblei^ témët^ire ; Et ce qu'on a fait, Prince, il a fallu le faire. Le Roi vous devait-il compte de ses projets ? ' •
LE ROI DE NAVARRE
Non ; mais il est au moins comptable à ses sujets ; Il est comptable au Ciel /qui venge le parjure.
LE CARDINAL
Penseriez-vous qu'au Ciel on ait fait une injure?
Le culte sacrilège est bientôt aboli ,
Et rhonneur des autels à la fin rétabli.
Pour Coligni, ce mot va vous blesser peut-être, .
Mais c'est la vérité : Coligni fut un traître.
LE ROI DE NAVARRE
Lui ? Coligni !
LE DtTC.
Lui-même ; et son cœur dès long-tems Méditait...
LE aOI DE NAVARRE.
U est mort : nètes-vous pas contensi^ Vous regorgea, cnieis, et votre bouche impie Ose encore attenter à leclat de sa vie ! Vous lui rendez justice : un nom si:^lorieùk' A mérité l'honneur de vous être odieux. Voilà donc les héros, les stMitiens; de la. FraiM^e ! Quelle exécrabk joie ! ou quttiie indiffétsenee l Quoi ! je fais dans ce Louvre éclater mes douleurs , Sans trouver nu Français qui réponde à mes pleurs 1 •
LA RBINB-MÈBE.
D'un indigne regret si votre âme est atteinte , Du moins...
36o CHARLES IX.
LE ROI DE NAVARR9
N'attendez plus de servile contrainte :
Cet art, à nos Français si long-tems étranger, De flatter sa victime avant de Fégorger. Que ne le laissiez-vous au fond de l'Italie , Cruelle ? ainsi par vous la France est avilie ! Ainsi vous flétrissez le nom de Médicis , Vous renversez nos lois , vous perdez votre fils , Vous perdez tout TEtat, reine et mère coupable ! Consommez vos destins , monarque déplorable. Ah ! des devoirs d'un roi qui ne serait jaloux ? Rendre son peuple heureux est un bonheur si doux ! Et vous, de vos sujets destructeur inflexible^ Roi d'un peuple vaillant , bon , généreux , sensible , Vous vous rendez l'effroi de ce peuple indigné , Et, sur le trône assis, vous n'avez point régné. D'un forfait sans exemple infortuné complice , Vous n'éviterez pas votre juste supplice : Il commence ; et je vois dans vos yeux égarés Le désespoir des cœurs en secret déchirés. Eh bien! vous n'avez fait que la moitié du crime : Je respire ; il vous reste encore une victime : Prenez-la. Mais bientôt le Ciel va vous punir ^ A tant d'infortunés le Cid va vous unir. Votre front est marqué du sceau de sa colère ; Un repentir tardif vous parle et vous éclaire : Ce sentiment affreux précipitant vos jours , Au sein des voluptés en corrompra le cours. Vous craindrez et la France , et vous-même , et la vie ; A Coligni mourant vous porterez envie ; Le sommeil , ce seul bien qui reste aux malheureux , N'interrompra jamais vos ennuis douloureux.
'ACTE V, SCÈNE IV. 36 r
Pour de nouveaux tourmens vous veillerez sans cesse \
Et , quand la mort viendra frapper votre jeunesse ,
Vous chercherez paitout des yeux consolateurs ;
Et vous verrez, non plus vos indignes flatteurs ,
Mais de vos attentats Tépouvantable image ,
Mais votre lit de mort entouré de carnage ,
Vos sujets massacres s'ëlevant contre vous ,
Le juge incorruptible enflammé de courroux ,
La France , applaudissant au trépas de son maître ,
A vos derniers soupirs commençant à renaître ;
Et votre nom royal à l'opprobre livré,
Et lëtemel supplice aux méchans préparé.
Vous gémirez alors : vos plaintes inutiles ,
Vos remords impuissans, vos souffrances stériles,
Vengeront les Français et le Ciel offensé ;
Et vous rendrez le sang que vous avez versé.