‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordreChapitre 226 sur 233 · SCÈNE IV. 43i · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. 43i

un grand^être de la loi juive, reoevant l'inspiration divine au milieu de ses Lévites, et dévoilant à leurs yeux l'avenir le plus auguste ? Et vous feriez un crime à l'aiiteur d'avoir mis au théâtre un Cavdinai , en lui conservant le caractère que lui donne l'histoire ? Mais songez*vous que , si l'on admettait vos scrupules , la plupart des rois ayant confié les rênes du gouverne* méat à ceux que vous nommez Princes de l'Église , presque tous les sujets de l'histoire moderne resteraient interdits à l'art dramatique? Ne serait-il pas tems, au contraire, d'agrandir la carrière du génie? Ne sommes-» nous pas rassasiés des Grecs, des Romains, de la fable surtout, et des inépuisables aventures de la guerre de Troie ? Les nations modernes n'ont-elles pas un caractère dont il faut enfin s^emparer, et qui promet une gloire nouvelle aux habile» peintres qui sauront le saisir, et donner à l'art de

nouveaux modèles ?

Mais, du moinsf, monsieur Dorîmon, que votre zèle

pour la tragédie 4© Charles IX n'aille pas jusqu'à

vous faire publier 9 et. la faibb^ç d'açtJOQ , ^t les Ion*

giff^r^ qui d^pnorent cette pièce. C^ plan de çam-

pa^[ne de Cpligfii ÇQnt^e Pbil(î|)tpe II 9 par .exemple*..

Si vous comparez l'ouvrage à ces Itlàgédie^ éphé^ mères qu'on nous dohuak depuis long-tems, à ces pièces de pure imaginalton , ^Ui ne sttpposaieni ni

43a LA CRITIQUE DE CHARLES IX.

connaissance des hommes, ni études de morale, de politique ou d'histoire; à ces pièces où l'on voyait passer en revue, comme dans une lanterne magicpie^ une foule de tableaux accumulés par le délire, et combinés de manière à produire, d'acte en acte, de ces surprises inattendues, qu'on appelle coups de théâtre ; je pourrais convenir avec vous que la tragédie de Charles IX, comparée à ces monstres, doit, en ' effet, paraître longue dans ses détails, et faible d'action; mais Racine et Corneille m'ont appris* à ne pas appeler longueurs ce qui est la véritable richesse et le développement essentiel d'un sujet; ils m'ont appris à ne point regarder comme lenteur tout ce qui n'est pas d'un mouvement convulsîf et désordonné. Le beau plan de campagne de M ithridate , et cette route, si poétiquement tracée, qui doit le conduire, en deux mois, du Bosphore cimmérien au pied du Capitole ; cette autre scène, encore plus longue, d'A-» grippine dans Britannicus , où Racine a fondu tout ce que Tacite a dit de remarquable dans ses Annales y depuis Auguste jusqu'à Néron ; enfin , la savante scène de Pompée et de Sertorius, dans Corneille: voilà ce que vos journalistes appelleraient aujouî'd'hui des longueurs, et les dignes mi<iKlèles que l'auteur de Charles IX fera très -bien d'imiter ^ comme il paraît en avoir l'intention. - .

LA MARQUISE

Mais, monsieur l'Abbé, si la pièce est véritable-

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