SCÈNE IV
ment si mauvaise, daignez nous expliquer son incroyable succès.
l'abbis.
Vous savez quel public l'approuve, Madame.
LA VIDAM£.
Il faut convenir que ce n'est pas un public infiniment choisi.
LA BARONNE
On prétend que l'on n'y voit que des visages qu'on
n'a vus nulle part.
l'abbe,
La pièce , d'ailleurs , étant évidemment calquée sur
les événemens actuels...
l>ORlMON,
Oh ! point de supposition , monsieur l'Abbé : il est avéré que la pièce était reçue plus de vingt mois avant qu'on ne la jouât , et que l'Auteur l'avait commencée il y a près de trois ans.
l'abbé.
Ces dames pourront juger de la bonne foi des par^ tisans de l'Auteur par ces vers :
Ces tombeaux des vivins, ces bastilles affreuses,
S'écrouleront alors sous des mains généreuses*
Vers a6, page 3 29.
nORIMON.
Tallais prévenir l'objection. Monsieur. Il est trèsvrai, et les Comédiens vous l'attesteront, qu'aux représentations de la pièce l'Auteur s'est permis d'ajou-^
Œuvres anciennes. L 20
434 LA. CRITIQUE DE (THARf.FJi ix.
ter eoYiion douze Ters de circonstances, et, que sur le théâtre de la Nation , il a célâbré le premier cette conquête de la Bastille, qui sera Tétemel honneur de la France. Lui reprocheriez-vous de s'être donné cette liberté à l'exemple des Grecs, nos modèles et nos maîtres ? Eschyle, dans sa tragédie des Perses y ne célébrait-il pas une victoire à laquelle il avait contribué lui-même? Assurément, vous n'ignorez rien de tout cela; et Ton serait tenté de croire qu'il faudrait tout
vous apprendre.
l'a b Blé.
Je n'ai point désapprouvé ces vers ; et je conviens qu'un poète a le droit d'embellir son sujet de quelques détails que peuvent lui prêter les circonstances; mais j'ai cru voir, dans l'ouvrage que vous vantez, tant de pensées devenues triviales, tant de lieux communs, insipides à force d'avoir été reproduits, qu'il m'est impossible de partager votre indulgence.
BORIMON.
Nous pensons bien différemment. Monsieur; et, si quelque chose me fait concevoir les plus heureuses espérances des talens de PAùteur, c'est l'art qu'il a souvent de rajeunir, par l'expression, des idées qui semblaient devenues communes , à force d'avoir été bien ou mal exprimées. Tout paraissait épuisé , par exemple, sur les préjugés de naissance et de noblesse: eh bien! Monsieur, rappelez-vous ces beaux vers du chancelier de l'Hospital :