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Acte m, soène ii, page a83 , vers i5 et suiv

Séjan se montré son émule exécrable, en Vin^ vitmi pour l'honneur de l'État à prolonger son règne, en lui confirmait qu'il a pour soutiens Vor^ les dignités et les proscriptions ; en kii déroulant une liste de lâches suppôts, desquels il acheta les délations passées et futures qui le servirent déjà contre Silius et Silanus, ^t qui l'aiderotit à faire des eoiq^bles de l'historien Cirémutïus^ dont il redoute le témoignage devant la postérité; du poète Scaurus, de qui les tragédies frappent d'allusions sa conscience épouvantée, et de tous les

ao ANALYSE RAÏSGNNÉE

citoyens qui méprisent encore la foule avilie dont les pensées lui sont vendues : car nulle particularité de sa lâche surveillance n'est omise; et chacun de ces détails est si bien touché dans la pièce qu'ils ne dégradent point la noblesse du cothurne.

Ici commence une des plus belles scènes entre l'Empereur et Pison : ce courtisan menacé de périr par la loi de l'État qu'il a bravée d'après l'ordre de son maître, effrayé de voir son collègue Séjan s'armer pour Agrippine, leur commune adversaire, par l'effet de ces infidélités habituelles entre les agens du despotisme; enfin, réduit par le désespoir à essayer les moyens de la témérité devant l'Empereur , qui veut le payer légalement de ses services par un procès capital ; ce courtisan, dis-je, victime de son zèle honteux, engage avec lui la conférence la plus hardie. Là, chaque interlocution , chaque repartie , tend au but le plus moralement dramatique, ainsi qu'à la peinture des moeurs de Rome. On y voit l'empire fortifier ses abus des lois judiciaires de la république, et surtout en conserver l'influence des accusations. Nous n'aurons besoin que de citer quelques frag* mens de cette scène pour en faire admirer la beauté.

César, faut-il aussi punir tous les coupables?

DU THEATRE DE CHÉNIER. x»

TIBÈRE

Sur des preuves, sans doute: ainsi le veut la. loi.

PISON

César sera puni.

TIBÈ&E.

Qui l'accuserait?

»ISON.

Moi, Ses ordres "% la main : je les ai.

Téméraire!

Vous les avez gardés?

PISON

Je connaissais Tibère.

TIBiEE.

Et des audacieux connaissez- vous le sort?

PISON

Vous ne pouvez, César, commander que ma mort. On verra si Pison brave les destinées.

Ou s'il a dans les camps perdu quarante années. Acte in, scène lu, page ^86, yen 34 et suiv.

Et plus loin , le malheureux persévérant dans le projet d'entraîner dans sa chute un monstre dont les horreurs ont lassé son esclavage :

Tibère, osant pleurer les malheurs qu'il a faits ,

Sur ses propres agens punirait ses forfaits !

Non , vous ne l'aurez point ce sanglant privilège :

Il faut que de Pbon le juge sacrilège.

Plus fidèle aux devoirs qui lui sont imposés.

Descende çn criminel au rang des accusés.

TIBÀHE.

Je n'y descendrai point: je saurai vous confondre î. Et déjà d'un coup-d'œil je pourrais vous répondre. Si l'on hait ma puissance, elle inspire l'effroi.

2 a ANALYSE RAISONWEE

pisoir.

J'abandonne mes jours : elle a fini pour moi.

TiBàaB.

Non, vous avez un fils, vous la craindrez encore.

Ibid, ihid. page a88y vers ao et suiv.

Trait admirable , qui rouvre la source de la terreur et de la pitié dont se remplit le reste de l'ouvrage. Par ces seuls mots , l'action est renouée , et l'intérêt accru. Pison, révolté d'un opprobre qui enveloppe jusqu'aux derniers membres des familles , persiste dans sa résolution : ses adieux remettent la vengeance à demain. Un seul hémistiche clôt ce débat terriUe... Adieu! dit Tibère.

i Demain ! la nuit me reste.

/^îA iéic/. , (Mkge 991 , ¥en a.

Et Séjan survient. L'Empereur, lui ordonna de faire périr son enitemi dans une sédition simulée , à laquelle les ressentimens d'Agnppine séviront de prétexte. Les ressorts du soulèvement et la promesse des salaires qu'il doit aux subalternes auteurs du crime fournissent matière à un dialogue précis et frappant.

Natta, Balbus, Afer, nos zélés orateurs?

TIBEUE.

Du crédit, des emplois d'édiles, de questeurs, Lesagens plus obscurs d'une émeute docile?

TIBERE

De Tor.

DU THÉÂTRE DE CHÉNIER. a3

Fulcinius ?

TIBÈRE

La préture en Sicile.

SÉIAN.

£t les cris importuns de ce peuple odieux ?

TIBÈRE

Du pain, les jeux du cirque, un sacrifice aux dieux.

lM.f scène iv, page 393 y vers 5 et suiv.

Ainsi, les trésors de TÉtat, ses magistratures ^ ses honneurs, les biens des proscrits, la nourri-^ tiire même de la classe indigente , deviennent le butin des scélérats et les récompenses des forfaits que les Arts et que la Religion consacrent. Quelle rapide image des résultats de la tyrannie! Celui qui l'exerce n'ignore pourtant pas l'art de la rendre aimable et de parler le langage de la vertu au sensible Cnéius , qu'il honore d'une audience intime, afin de mieux cacher ses rigueurs envers son père. Il se couvre habilement des dehors dune simplicité modeste aux yeux du jeune homme qu'il accueille; il le dispense de le nommer seigneur.

C'est aux rois que ce titre convient.

Ah ! laissez prononcer aux esclaves d'Asie Les noms avilissans qu'obtient la tyrannie. Je ne commande point, j^obéis à la loi; £t je suis à l'État: l'État «'eat point à moi.

Vous servirez, Cnéius, un pouvoir légitime Mieux que des courtisans par intérêt soumis^

îi4 ANALYSE RAISONNÉE

Amis de la grandeur , mais des lois ennemis, Et qui, toujours du prince étudiant les vices, Lui vendent des forfaits qu'ils nomment leurs services. Acte IV, toène xi, page 396, yen ix et suit.

Une si amère satire acquiert la plus grande force dans la bouche du personnage : aucim au^ tre n'eût mieux exprimé les dégoûts que lui-même éprouva de l'abjection à laquelle il réduisit les hommes. Chénier reproduit partout ce que Tacite nous en retraçait en ces termes : La route devait être bien étroite auprès (Vun maître qui haïssait la liberté autant qu'il méprisait la flatterie. La candeur de Cnéius n'est point assez novice, assez vulgaire pour se pi'endre au piège que lui tendent 3es faveurs : elle déclare, au sqrtir de ce frauduleux entretien , qu'çlle a vu Tibère tout entier. Elle implore la gépérosité, la clémepce d'Agrippine, et lui arrache le serment de retirer l'accusation portée contre son père, d'avance condamné par un conseil çsclave. Le sublime tempéré qui soulage les âmes en cet endroit y fait régner une sorte d'admiration , au spectacle du noble et attendrissant accord qui se forme entre la veuve désarmée et le fils suppliaqt. Après la fatigue d'avoir été témoin de& traités entre les persécuteurs qui se liguent, on aime à écouter ceux qui rapprochent les persécutés, que réconcilient leurs mutuelles infortunes. Mais, vains ef-.

forts de la piété du jeune homme! son père est ramené par la crainte y à la nouvelle d'une entrevue de Cnéius avec Tibère.

Je tremble, ô mon cher fils ! le tyran te caresse.

IhUL , scène iv, page 307, vers 10.

Ce beau vers porte en soi son commentaire; et le sens profond qu'il contient y rejaillit avec clarté. Jusqu'ici, mon goût n'a trouvé que des occasions de louer. J'aurais pu citer encore plusieurs morceaux excellensy détacher d'autres vers brillans de concision , tels que celui du premier discours de Pison au souverain proscripteur :

Mes jours sont-ils donnés? mes biens sont-ils promis?

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