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Foyez page 194 9 tome I des Œuvres posthumes

maîtres, les rôles de Médick, de son exécrable fils, du cardinal de Lprraine, de Guise et de Coligny. Je ne crois pas qu'il ait aussi bien appliqué ses maximes au sujet de Timoléon que l'avait fait le sévère Alfiéri. Le crime d'usurper l'autorité desi lois ne peut partir d'un homme irrésolu, sensible et soumis à l'instigation d'un ambitieux subalterne. Le transport qui rend vraisemblable le meurtre d'un frère ne peut ressembler à un acte froidement médité. C'est ce que le poète italien a très -bien développé, lorsqu'il montra Timophane ne respirant que l'orgueil et la domi* nation , n'agissant que par son impulsion personnelle, et réduisant son frère , qu'il prend dans un piège , à le poignarder pour sauver l'État , et pour échapper à la complicité de la proscription des citoyens que le tyran fait immoler.

Du reste , abstenons-nous de renouveler l'examen des ouvrages sur lesquels a prononcé le jugement public. Les personnes qui voudront fixer invariablement leur estime sur les titres de Chénier, et savoir combien il eut de droits à notre souvenir, n'ont qu'à lire l'excellente notice de sa vie et de ses œuvres, composée par le goût et l'impartialité de M. Daunou.

Chénier, moins entravé que d'autres littérateurs, a joui, vivant, de sa gloire; placé entre des factions contraires, attaqué par les unes, mais soutenu par

les autres, son talent a pu contrebalancer les efforts de l'injustice et de l'envie. Si toutes les haines réunies, si toutes les rivalités sans contrepoids , s'étaient sourdement liguées pour le punir de sa supériorité, pour décrier et pour étouffer le mérite de ses ouvrages, et pour en obscurcir la publication , la critique des écrivains généreux aurait à les défendre des revers injustes qu'ils eussent essuyés; mais elle n'a pas même à prémunir les esprits contre la séduction de leurs succès équitablement obtenus , et confirmés aujourd'hui par le tems et par la lecture.

AZÉMIRE

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

REPRBSSITTÉE , A POVT&TirZBLEAU , LE 4 XTOVEMBRE X786; ET SUR LE THEATRE DE LA CO]IRDIB-PRAHr.AISE , LE 6 DU MEME MOIS.

CEuvres ancleniie<«. t, ^

LETTRE

J £ VOUS envoie, mon cher ami, la tragédie CCAzé^ mire. Vous y trouverez des passions et non des coups de théâtre; vous y trouverez, sinon les mœurs sévères de la scène grecque, du moins son extrême simplicité. Vous me direz peut-être que je n'ai pas trop bien pris mon tems; et j'en conviendrai.

Cette simplicité est si remarquable dans Sophocle et dans Euripide que nos meilleurs poètes, en présentant sur la scène française des tragédies grecques, ont presque toujours gâté leur sujet par une double intrigue , afin de remplir la mesure ' des cinq actes : mesure indispensable au jugement d'Horace , mais qu'Aristote ne prescrit point , et que la raison ne prescrit pas davantage. Vous savez d'ailleurs , mon cher ami , que les Grecs n'ont jamais connu cette règle. 11 ne faut que lire avec

I. M. le chevalier de Pange, homme de beaucoup d'esprit et d'une vaste érudition, est auteur de différentes brochures sur les premiers temps de la révolution. Il coopéra d'abord au Journal de la Société de 1789, et ensuite au Journal dé Paris. Il est mort en 1792. (Note de l* Éditeur. )

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attention leurs ouvrages pour se convaincre qu'on les représentait sans aucune interruption. Si l'on devait regarder comme des entr'actes les endroits où le chœur reste seul en scène , VOEdipe à Co' lone serait en deux actes. Le chœur ne reste seul que vers la fin de la pièce, depuis le départ d'OEdipe jusqu'au moment où Ton vient annoncer sa mort. Il se trouverait alors que le second acte aurait un peu plus de cent vers, et le premier près de dix-sept cents.

Aristote, ce grand admirateur de la tragédie^ qu'il élève même au-dessus de l'épopée, ce critique philosophe , qui a réfléchi si profondément sur la nature des arts, Aristote recommande expressément la simplicité de l'action tragique ' . Il avertit les poètes que la fable d'une tragédie ne doit pas être celle d'une épopée ; il blâme Agathon d'avoir resserré tout le plan de VlUade dans une seule tragédie*; et, véritablement, cette tragédie d'Agathon , qui ne réussit point chez les Grecs , ne pouvait être , par sa constitution , qu'un ouvrage déraisonnable.

Le même critique demande que la terreur et la pitié soient excitées par le fonds même du drame ^

I. Voyez la Poétique d' Aristote ^ traduite par Chénier, chap. Vin , page 5o3 , tome II des Œuvres posthumes.

{Note de l'Éditeur.') a. Ibid.^ Chap. XVIII, page 523. {Note de l'Éditeur,}

et non par le spectacle. Il veut qu'on puisse ou pleurer ou frémir eu fermant les yeux , et seulement en écoutant la tragédie : ce qui ne peut avoir lieu que par la vérité des situations et par l'éloquence du style. Quand l'effet ne vient que du spectacle, ajoute-t-il , tout le mérite appartient au décorateur, et non pas au poète*. M. de Voltaire a souvent développé ce principe ; mais , depuis la mort de M. de Voltaire , vous savez combien on a perfectionné la tragédie.

C'est à quoi je n'avais pas songé , mon cher ami , en composant Azémire. Elle fut d'abord représentée à Fontainebleau: j'avais alors vingt -un ans; et, comme il faut encourager les jeunes gens, la pièce fut sifflée d'un bout à l'autre. Jamais, m'at-on dit, pareille aventure n'était arrivée à Fontainebleau. Le rôle de d'Amboise fut plus sifQé que tout le reste. Les huées surtout furent très- longues, quand on en vint à ces vers :

Que diront les Français, que dira ton vieux père» Alors, qu'il apprendra, etc.

Quelques personnes , et même quelques prétendus gens de lettres avaient entendu :

Que dira Dieu le père , etc.

I. Voyez la Poétique d*Aristote , traduite par Chcnicr, cbap. Xiy, page 5i3, tome II des Œuvres posthumes.

(Note de V Éditeur,)

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On convint généralement que cette idée était bien ridicule ; et j'avoue que je suis du même avis. Dans tout cela pourtant deux choses m'éton-. liaient : l'acteur qui a rendu admirablement le rôle de d'Amboise joint au mérite si rare d'être toujours énergique et noble le mérite de prononcer nettement; et ceux, qui croyaient avoir entendu que élira Dieu le père n'étaient pas soupçonnés de manquer d'oreilles.

La pièce , représentée à Paris, réussit infiniment mieux qu'à Fontainebleau , quoi qu'en ait dit le journaliste de Paris ^ L'absence d'une actrice a longtems interrompu les représentations d'^zemire. La seconde et les deux suivantes, données dans le mois de juillet dernier, ont été beaucoup plus favorablement reçues que la première, quoi qu'en ait dit encore le journaliste dont je vous ai déjà parié.

D'autres ont été plus induigens. Parmi les écrivains périodiques qui ont parlé de cet ouvrage , il faut distinguer l'auteur de Vjénnée Littéraires^ le seul qui ait véritablement rendu compte de la pièce; et, malgré les éloges dont il m'a comblé, c'est dans ce compte même qu'on trouvera les critiques les plus sévères. La plupart m'ont paru

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